Lundi 19 novembre 1877

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1877-11-19 pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-11-19 pages 2-3.jpg


Paris 19 Novembre 1877.

Mon Père chéri,

Comment vas-tu ? Es-tu bien fatigué ? Si tu savais comme nous avons pensé à toi hier matin après avoir passé une bonne nuit bien tranquille dans nos lits tandis que toi tu roulais encore ! Tu es vraiment trop gentil d’être venu nous voir et je ne sais si nous t’en avons assez remercié ; pourvu que tu n’en sois pas fatigué ! Comment as-tu trouvé tout le monde là-bas ? Tante Marie[1] va-t-elle mieux ? Et bonne-maman[2] ? Ici nous continuons à être ce que nous étions avant ton départ ce qui ne doit pas t’étonner quoiqu’il me semble qu’il y a un siècle que tu nous as quittées.
Maria[3] est toujours aussi souffrante ; elle a appris hier la mort d’un de ses oncles ce qui n’a pas contribué à la remettre.

Hier nous avons eu du monde toute la journée ; bonne-maman Desnoyers[4], Mmes Dumas[5] et Pavet[6], Jean[7], Marthe[8] et Jeanne Brongniart, aussi nous n’avons pas fait grand’chose ; j’ai écrit à Louise Soleil pour la remercier de sa pelote puis j’ai eu de l’anglais, mon livre me passionne je ne puis plus m’en arracher. Après le dîner j’ai joué aux dames avec oncle[9] ; nous avons fait trois parties, j’ai été battue 3 fois ; Emilie[10] a fait 2 parties elle a été battue 2 fois ; tu vois que ce n’est guère encourageant mais nous nous acharnons toujours et nous recommençons avec une ardeur toujours nouvelle.

Ce matin avant le déjeuner nous avons été avec oncle dans la ménagerie voir les oiseaux de paradis qui sont superbes et se portent à merveille dans leur nouvelle demeure ; nous avons assisté à leur repas ils mangent de tout et avec avidité. De là nous avons été voir la petite panthère qui est douce et aimable et qui joue avec M. Huet[11] sans lui faire de mal. L’orang-outang est mort cette nuit.

Nous allons dans un instant partir chez M. Flandrin[12] je suis bien moins agitée que d’ordinaire et cela m’amuse assez. Je ne sais plus ce que je te dis oncle est là, tout le monde parle et j’écoute car cela m’amuse, cependant il faut que je me dépêche, je te supplie donc de me pardonner les contresens que je peux faire.

Demain Hortense[13] viendra, elle passera l’après-midi avec nous puis elle couchera et ne repartira que Mercredi. Je me réjouis beaucoup car il y a longtemps que nous ne l’avons vue.

Samedi soir après ton départ nous nous sommes mises à lire, j’ai fini l’Enéide[14] ; Turnus est tué après avoir violé les traités Enée reste seul vainqueur en possession de l’Italie. J’ai lu aussi de Cicéron ce qui m’amuse encore plus ou plutôt ce qui m’intéresse beaucoup car ce n’est pas d’une gaîté folle. Je vais commencer Tacite. Il n’y a rien de nouveau pour le cours de chimie ; tante[15] a envoyé le programme à Mme Arnould[16].

Au revoir, mon bon Père, à bientôt, je compte t’écrire le plus souvent possible car Emilie a bien à faire. Je t’embrasse de toutes mes forces, c’est le commencement de la provision que nous allons faire pendant tout un mois. Ta fille qui t’aime de tout son cœur
Marie Mertzdorff

As-tu fait notre commission à bonne-maman et l’as-tu remerciée pour nous de sa jolie pelote ? Je l’embrasse bien fort ainsi que bon-papa[17].


Notes

  1. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.
  2. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  3. Maria, domestique chez les Milne-Edwards.
  4. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  5. Cécile Milne-Edwards, épouse de Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  6. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  7. Jean Dumas.
  8. Marthe Pavet de Courteille.
  9. Alphonse Milne-Edwards.
  10. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  11. Probablement Joseph Huet.
  12. Le peintre Paul Flandrin donne quelques leçons à Marie Mertzdorff.
  13. Hortense Duval.
  14. L’Énéide, épopée de Virgile : dans le douzième et dernier chant, Enée sort vainqueur du combat contre Turnus, roi des Rutules et le tue.
  15. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  16. Paule Baltard, épouse d’Edmond Arnould.
  17. Louis Daniel Constant Duméril, époux de Félicité Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 19 novembre 1877. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_19_novembre_1877&oldid=42482 (accédée le 11 août 2022).

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