Samedi 6 janvier 1810

De Une correspondance familiale

Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à ses parents François Jean Charles Duméril et Rosalie Duval (Amiens)


Mes chers parents

Je vous écris à la hâte. Vous aurez appris la malheureuse affaire du général Dejean[1], il a été forcé de donner sa démission le trois. Il n’a rien à se reprocher cependant il a voulu prendre sous sa responsabilité un très grand désordre trouvé dans la division des habillements que dirige M. Jullien l’inspecteur aux revues. L’Empereur outre la lettre honorable qu’il a écrite au général, lui a promis verbalement une place de sénateur et de plus d’augmenter ses appointements de grand trésorier de manière qu’il n’aurait pas à regretter son traitement de ministre. Mais n’est-ce pas promesse de cour.

Le général que j’ai vu hier deux fois a beaucoup de calme. Je le quittais à dix heures et demie je n’avais pas alors de nouvelles d’Auguste[2]. Il m’avait témoigné ses alarmes sur son silence et le tendre intérêt qu’il lui portait. En rentrant je trouvais un paquet énorme qui contient tous ses comptes en état et dont il a dû vous parler dans la lettre que M. Cumont[3] m’a annoncé qu’il vous avait adressée. Je reviens de chez le général. Il m’a dit après avoir parcouru des yeux les comptes, et demandé quelques renseignements verbalement : « C’est bon ; heureusement ces papiers sont encore arrivés à temps, laissez-les moi, je vais m’en occuper et je me charge d’en parler à M. Lacuée. »

Je ne pourrais vous rendre tout le sincère intérêt qu’il me porte. Ce matin il ramenait toujours la conversation sur moi, sur les intérêt de notre famille ; le jour même où il devait remettre le portefeuille il m’envoya deux énormes paniers de vin de liqueurs, de liqueurs fines dont il avait remis la note et le détail du contenu. Je n’avais pas encore trouvé l’occasion de l’en remercier que ce matin. Mais je suis tellement pressé que je n’ai que le temps de vous embrasser tous de la part de tout ce qui m’entoure et se porte très bien.

Votre tout dévoué fils

C. Duméril

6 janvier 1810


Notes

  1. Jean Girard Lacuée remplace Jean François Aimé Dejean à l’Administration de le Guerre le 3 janvier 1810.
  2. Auguste (l’aîné), frère d'André Marie Constant Duméril.
  3. Jean Baptiste Cumont, beau-père d’Auguste Duméril (l’aîné).

Notice bibliographique

D’après le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 3ème volume, p.51-53)

Pour citer cette page

« Samedi 6 janvier 1810. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à ses parents François Jean Charles Duméril et Rosalie Duval (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_6_janvier_1810&oldid=35638 (accédée le 2 juillet 2022).

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