Samedi 3 août 1872 (A)

De Une correspondance familiale

Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Launay) à sa sœur Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris)


original de la lettre 1872-08-03A pages 1-4.jpg original de la lettre 1872-08-03A pages 2-3.jpg


Launay

3 Août 1872

Ma chère bonne Gla,

Nous t'avons tous reconnue à la démarche si dévouée que tu viens encore de faire pour nous tous ; nos remerciements s'adressent aussi à M. Edwards[1] qui a bien voulu t'accompagner, enfin ma Chérie, nous sommes un peu confus et nous aurions voulu pouvoir t'éviter cette nouvelle fatigue. La colonie reconnaissante se réserve <de> t'exprimer sa reconnaissance par un vote patriotique en l'honneur de son chef, car ce titre t'appartient.

Le choix que tu as fait de Port-en-Bessin me paraît rentrer tout à fait dans nos goûts de sauvagerie, la vue sur la mer et la pêche seront deux bonnes distractions ; jusqu'ici nous n'avions pas eu de bateaux de pêche et on le regrettait, c'est donc du nouveau et de l'amusant. J'emporterai les (18) couverts et les (12) (12) <> couteaux pochon, couteaux de cuisine, petites cuillères ; mais c'est pour toi que sera la peine à cause du linge ; je puis prendre 2 douzaines de ces petites serviettes rouges elles serviront à la toilette.

Quel jour et par quel train penses-tu partir ? Tu dis qu'on pourrait arriver Mercredi. Viendras-tu par Launay laissant tes bonnes aller directement avec les bagages. Nous allons regarder les heures d'arrivée en passant par le Mans afin que tu décides ce que tu préfères, car nous ne voudrions pas te laisser voyager seule.

Tu dois être bien contente d'avoir réussi avec tes petites orphelines, j'aurais bien aimé visiter avec toi ces maisons, ce sont bien ces sortes de choses qui plaisent et intéressent ; je me réjouis de passer un bon temps avec toi et tout en promenant notre jeunesse, nous tâcherons de trouver le temps de travailler.

Maman[2] est mieux, elle se dépêche après ses petits bonnets ; cette bonne chère mère on voudrait trouver quelque chose qui puisse lui redonner un peu de joie, mais hélas on ne trouve pas. Papa[3] partira demain soir à 8h pour être à minuit à Paris, maman restera avec nous jusqu'à notre départ, écris-nous encore ici.

Notre temps a été très bien occupé jusqu'ici, les soins du ménage nous occupent le matin, puis nous travaillons, nous nous sommes peu promenées, laissant ces Messieurs errer chacun de leur côté, papa à ses pierres dès 5h du matin, et Charles[4] allant sur la butte, à la ferme, en ce moment il compte avec Michel[5]. Nous sommes, comme toi, très contents des Michel, ce sont de braves et honnêtes gens qui font de leur mieux. La mère Michel[6] a aidé Cécile[7] à la cuisine et ça a marché très bien. Les femmes de chambre de circonstance[8] commencent à se lasser de leur métier, nous les taquinons.

1h Après avoir repris des forces à l'aide de quelques tranches de gigot nous venons d'examiner l'indicateur et avec notre désir de voyager avec toi voilà ce que nous décidons : Papa partira demain soir et sera à minuit à Paris. Maman et nous quitterons Launay Mardi matin à 7h40, nous nous arrêterons quelques heures à Chartres pour faire les honneurs de la cathédrale à ceux qui ne la connaissent pas, et nous serons au Jardin des Plantes à 4; papa écrit à Alfred[9] pour faire préparer à dîner. Notre intention serait de repartir Mercredi matin à 9h gare St Lazare pour être à Bayeux à 3h12 avec toi.

Voilà un programme qui demande ton approbation. Si au contraire tu préfères venir nous trouver ici en partant à 7h44 du matin de Nogent pour le Mans on est à 6h35 à Bayeux. Envoie-nous demain une dépêche pour nous dire ce que tu souhaites que nous fassions ; car c'est le moins que nous puissions faire que de prendre la route que tu préfèreras. Nous te remercions encore pour toute la peine que tu prends pour toute chose. Je vais redonner à maman ma robe de soie noire, la trouvant inutile au bord de la mer.

Si tu veux prendre 2 plumes, elles seront utiles pour réparer mon chapeau rond au retour, mais ne voyant personne les défrisées suffisent.

Les blés sont magnifiques ; voici seulement depuis 2 jours une pluie bien contraire.

Hier nous avons eu la visite de la famille de Torsay[10], nous avons offert à goûter et les enfants te diront que ce n'était pas de trop. La petite fille est très gentille.

Adieu, ma Gla, nous t'embrassons de tout cœur comme nous t'aimons tous. Amitiés à ton mari[11]

Eugénie M.

Pour le moment il ne nous restera pas l'argent nécessaire pour rembourser tout ce que tu as déjà payé pour nous ; prends donc suffisamment si nous ne passons pas par Paris.

Amitiés à Alfred. Je puis charger Alfred d'aller prendre 2 000 F chez Offroy qu'il te remettrait si tu viens nous retrouver ici.

Je pense que tu ne feras pas voyager Élise et Estelle[12] en express, alors fixe les choses comme tu voudras. Si tu aimes mieux ne partir que Jeudi dis-le. Une dépêche <Dimanche une lettre> Lundi


Notes

  1. Henri Milne-Edwards.
  2. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  3. Jules Desnoyers.
  4. Charles Mertzdorff.
  5. Louis Michel Pieaux.
  6. Louise Jeanne Françoise Peltier, épouse de Louis Michel Pieaux.
  7. Cécile, bonne des petites Mertzdorff.
  8. Marie et Émilie Mertzdorff.
  9. Alfred Desnoyers.
  10. Charles Courtin de Torsay, son épouse Clotilde Duméril et leur fille Marguerite Courtin de Torsay.
  11. Alphonse Milne-Edwards.
  12. Élise et Estelle, bonnes d’Aglaé Desnoyers-Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 3 août 1872 (A). Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Launay) à sa sœur Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) », Une correspondance familiale (D. Poublan et C. Dauphin eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_3_ao%C3%BBt_1872_(A)&oldid=56945 (accédée le 25 avril 2024).

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