Samedi 16 mars 1918

De Une correspondance familiale

Lettre collective dactylographiée de Damas Froissart (Paris) ; exemplaire (en partie illisible) à son fils Louis Froissart (mobilisé)

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Paris, le 16 MARS 1918

Mes chers Fils,

J’ai le sentiment que si vous voyez dans les journaux d’aujourd’hui la nouvelle d’une grande explosion, ayant transformé, en paysages un peu lunaires la région de la Courneuve, vous pouvez être quelque peu inquiets de ce qui a pu se produire chez votre ami Corpet forcément voisin du lieu de l’explosion[1]. Je suis heureux de vous apprendre que s’il y a d’assez nombreux blessés, ils le sont sans gravité mais l’usine a subi des dégâts matériels assez importants, un mur renversé, toitures enlevées d’où résultera forcément un certain chômage. Moins blasés que vous ne l’êtes, peut-être, sur les bruits de violentes explosions, nous avions été un peu impressionnés par le bruit violent des explosions, se succédant à 10 secondes d’intervalle immédiatement suivies de l’apparition dans le ciel d’un magnifique nuage blanc toujours grossissant, à quelques millièmes à droite du dôme de MONTMARTRE ET d’une éclat blancheur spéciale grâce, sans doute, à l’éclat du soleil []. Il y a, de ce chef, des vitres cassées dans tout PARIS, MAIS il n’y en a pas davantage quand on regarde, par exemple, aux abords de la gare du Nord où je me suis rendu pour me fixer, avec la conviction que j’allais trouver des dégâts importants : j’étais, en cette circonstance, pessimiste !

Plus d’un, au bruit de la détonation avait cru à l’arrivée de quelque Gotha et pensait à gagner une partie de l’appartement, presque inconnue jusqu’à ces derniers temps parce que peu gaie et modérément hygiénique, à savoir sa cave : nous ne désespérons pas de vous faire les honneurs de cette précieuse [retraite] à votre prochaine permission ! Elle a fait un brin de toilette : on y trouve maintenant des sièges autres que des débris de caisses : on a tiré une pièce de ce que vous appelez du nom peu poétique de Pinard ; on y a une table susceptible de recevoir une lampe ! NOUS NE REGRETTONS qu’une chose c’est de ne pouvoir offrir l’hospitalité aux Degroote autour de qui sont tombées huit bombes à Meudon et qui n’ont pas 7 étages au-dessus de leur tête. Les COLMET DAÂGE

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de l’Inde avec leur armée du front de Russie et leurs prisonniers de Sibérie ! Ils ont au moins l’espoir d’inquiéter les Anglais et de les pousser à dégarnir leur Front !

A Bamières, on est moins convaincu que nous ne serons pas attaqués et même sévèrement, me dit Jean[2] qui m’écrit de son école de Sompuis[3] d’où il ne lui serait pas désagréable de sortir sous-lieutenant (pour une Compagnie [de mitraillette,] toutefois). Il ne faudrait pas qu’une [attaque se produise, nous aurions] à craindre qu’on utilise nos prisonniers éventuellement contre nous, comme on paraît compter sur ceux de Sibérie ! J’avoue que j’aimerais mieux remplacer mes Boches par des réfugiés des pays évacués, mais je n’arrive pas à trouver des familles où il ait des hommes hors d’âge et des gamins utilisables[4] ! Je compte que, s’il faut un jour évacuer Dommartin, vous demanderez tous une permission, au titre agricole[5] pour venir renouveler la marche du 41e sur Rouen !

Savez-vous que M. Georges Vandame a été atteint par les dernières prescriptions tendant au rajeunissement ? Il est condamné à n’être que député : [ ] il s’est décidé à venir habiter […] transféré son siège à Amiens.

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Savez-vous que les boches vendent, comme ils l’avaient annoncé, depuis quelques semaines, des

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D. Froissart


Notes

  1. L’usine Corpet est rue Gambetta à La Courneuve.
  2. Jean Froissart.
  3. L'ouest du territoire de la commune de Sompuis est occupé par le camp militaire de Mailly, créé en 1902 ; il est très utilisé pendant la guerre de 1914-1918 en particulier pour entraîner le Corps expéditionnaire russe en France en 1916.
  4. La recherche de main d’œuvre agricole est une préoccupation récurrente de Damas Froissart (voir par exemple sa lettre du 30 octobre 1915).
  5. Voir ce type de demande en 1916 pour Louis Froissart.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 16 mars 1918. Lettre collective dactylographiée de Damas Froissart (Paris) ; exemplaire (en partie illisible) à son fils Louis Froissart (mobilisé) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_16_mars_1918&oldid=53797 (accédée le 8 août 2022).

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