Samedi 15 et dimanche 16 décembre 1877

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1877-12-15 pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-12-15 pages 2-3.jpg


Paris 15 Décembre 77

Je suis vraiment bien fâchée, mon Père chéri, que tu te sois ainsi tourmenté à mon sujet ou plutôt au sujet de ma mâchoire et si je ne t’en ai pas parlé c’est que je croyais qu’Émilie[1] t’avait donné des détails suffisants. Je te dirai que je n’ai pas attaché grande importance à l’extraction de cette dent ; c’était ce n’était plus qu’une vieille racine et cela ne m’a pas fait grand mal ; j’aime même mieux ce genre de mal que celui beaucoup plus agaçant qu’on éprouve quand on vous plombe une dent.

Décidément mon Père chéri, il est dit que je ne t’écrirai jamais de la maison. Jeudi j’étais au cours maintenant me voilà chez Mme Foussé[2] où je suis arrivée trop tôt et je cause avec Henriette[3] au lieu de t’écrire ce qui est très mal.

Nous avons eu hier la visite de Georges[4]

(Dimanche 16 Xbre) J’ai tant et si bien causé [  ], Père chéri, que le cours a commencé avant que je sois arrivée à t’écrire deux mots ; c’est vraiment bien mal de ma part et je te demande bien pardon. C’est la 1ère fois, je crois que nous manquons à notre envoi régulier de tous les deux jours. J’espère que tu ne t’en alarmeras pas et que tu le mettras seulement sur le compte de notre paresse.
J’ai cependant bien des choses à te dire et tout d’abord à te remercier pour cette longue lettre que nous avons reçue hier matin ; que de choses tu nous dis ! si tu savais avec quelle joie nous avons aperçu le grand papier il y avait bien longtemps que nous n’en avions pas vu et tu sais que nous avons un grand faible pour ce format-là.

Hier nous avons eu une journée des plus agitées surtout pour cette pauvre tante[5]. Figure-toi qu’à 8h du matin Victorine, la bonne de Mme Dumas[6], arrive pour prévenir dire que Jean[7] est très souffrant ; qu’il a passé toute sa journée de Vendredi à l’infirmerie du collège[8] et qu’on l’a ramené en voiture à 4h ; qu’il a eu la fièvre toute la nuit (140 pulsations) et que sa pauvre mère qui ne se levait encore que quelques heures dans la journée a passé une grande partie de sa nuit debout à le soigner. Tante est partie aussitôt ; M. Dewulf[9] y est allé aussi et a trouvé que ce n’était qu’un simple mal de gorge qu’on devait soigner mais qui n’avait aucune gravité. Il a passé toute sa journée au lit et de peur qu’il n’ait encore de forts accès de fièvre tante a été y passer la nuit. Jean ce matin ne va pas mal ; M. Dewulf trouve sa gorge bien mieux et il n’a plus de fièvre mais par contre sa pauvre maman a pris froid et s’est trop fatiguée et la voilà ce matin avec des douleurs de tête affreuses et vomissant continuellement on est vraiment tourmenté de la voir ainsi pourvu que ce ne soit pas une maladie qui commence. Tante Louise[10] y a passé toute la matinée et va y retourner après son déjeuner ; Marthe[11] est venue à la messe avec nous et va venir de nouveau après le catéchisme passer sa journée ici ; nous n’allons pas chez Jean parce que quoiqu’il n’y ait rien à prendre mais tante fait cela par excès de prudence. On voudrait bien envoyer de nouveau tante Cécile à Cannes où le collège Stanislas a une succursale. L’y décidera-t-on ?
Tu vois que de ce côté-là tout est loin de marcher à souhaits par contre ici nous nous portons à merveille, tante seule est enrhumée et continue à se fatiguer pour tout le monde.

Que je plains nos pauvres amies[12] d’avoir à loger et à héberger leurs maîtresses et combien je me trouve gâtée moi qui ai en ce moment (je viens de les compter) 13 leçons et cours par semaine toutes plus amusantes les unes que les autres. En pensant à cela et en me rappelant toute la peine qu’on se prend pour moi depuis ma naissance je suis vraiment honteuse de n’être que ce que je suis. Je suis bien aise de savoir quelle est l’opinion de tante Marie[13] sur nos amies B. Son avis a toujours été le mien et Marie m’a toujours bien plus plu que sa sœur. Elle est plus sérieuse et je crois que si on avait besoin d’elle on la trouverait toujours prête à rendre service. J’aurais aussi bien plus confiance dans son jugement. Mais je t’en prie ne dis cela à personne car je les aime bien toutes deux et je serais désolée que l’on sut ce que je viens de te dire.

Adieu, mon Papa chéri, que j’aime, je t’embrasse de tout mon cœur, si tu savais comme je me réjouis de te voir. Viens avec Noël je t’en pris !!!
J’embrasse bien fort bon-papa et bonne maman[14].


Notes

  1. Émilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  2. Céline Silvestre de Sacy, épouse de Frédéric Foussé, donne un cours d’anglais.
  3. Henriette Baudrillart.
  4. Georges Duméril.
  5. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  6. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  7. Jean Dumas.
  8. Le collège Stanislas.
  9. Louis Joseph Auguste Dewulf.
  10. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  11. Marthe Pavet de Courteille.
  12. Marie et Hélène Berger.
  13. Marie Stackler épouse de Léon Duméril.
  14. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 15 et dimanche 16 décembre 1877. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_15_et_dimanche_16_d%C3%A9cembre_1877&oldid=55861 (accédée le 19 août 2022).

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