Samedi 15 et dimanche 16 août 1874

De Une correspondance familiale


Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) à Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Port-en-Bessin)


original de la lettre 1874-08-15 pages 1-4.jpg original de la lettre 1874-08-15 pages 2-3.jpg


Morschwiller 15 Août 1874[1]

Chère et bonne Aglaé,

Quoique mes lettres soient rares tu sais sans que je sois obligée de venir te le dire que ma pensée est presque toujours avec vous tous. J’aime à vous suivre dans l’emploi de votre temps et assiste à tout ce que vous faites.

La bonne lettre de ma chère petite Marie[2] nous a fait bien plaisir, j’y ai répondu de suite mais elle ne lui est peut-être pas parvenue parce que l’adresse a pu n’être pas suffisante ayant omis d’y ajouter près de Bayeux.

Dans cette lettre je parlais du vif contentement que nous avions éprouvé en recevant ici nos bons parents M. & Mme Delaroche[3] accompagnés de leur plus jeune fille[4] âgée de dix-sept ans et qui est charmante de toutes manières. Malgré le coup cruel qui vient de frapper M. & Mme Delaroche on les voit courageux, résignés et pleins de sollicitude pour chacun. Ce sont de belles natures qu’il est bien doux de voir de près et auprès desquelles on se laisse aller à faire des réflexions si utiles qui sont si utiles dans les difficultés de la vie. Céline Delaroche a exprimé le désir d’aller à Vieux-Thann, elle a donné le nom de pèlerinage à ce petit voyage car dans la maison ses yeux se sont remplis de larmes et sa pensée était tout entière avec les deux femmes chéries que nous avons perdues[5].

Suivant ton intention et celle de ta bonne mère[6] le paquet que tu m’as envoyé le jour de mon départ a été remis à ma cousine Dufételle[7], et voici ce qu’écrit Eugénie Dufételle à ce sujet.

Nous avons reçu un carton pour mon frère[8] contenant des effets de M. Desnoyers fils[9], pauvre jeune homme, mort si jeune ! Il y a un habit de cérémonie, une redingote, 2 gilets, des gants et cravates blanches. Ma chère cousine, c’est le cœur serré, et les larmes aux yeux, en pensant à cette pauvre mère[10], si cruellement affligée, que nous considérions ces beaux habits qui vont à mon frère comme s’ils étaient faits pour lui. Que Madame Desnoyers veuille bien recevoir l’expression de nos remerciements et de notre reconnaissance.

(Du 16) Je reprends cette après-midi ma conversation avec toi, ma bien chère Aglaé, hier j’ai interrompu ma lettre pour aller faire avec mon mari[11] une promenade dans les champs ; nous sommes seuls au logis dans ce moment, mon frère[12] accompagné de Georges[13] a profité des deux jours de vacance pour aller faire une excursion en Suisse ; les plus vives instances avaient été employées pour nous décider à faire partie de ce voyage mais nous avons résisté, je ne puis te dire combien nous jouissons de voir les progrès qu’a faits la santé de mon frère depuis que nous avons le plaisir de le posséder ici, je désirerais tant que ma sœur[14] pût venir à Morschwiller pendant qu’il y est, ce serait ainsi une bonne réunion de famille, je n’oserais pas le demander si je ne savais que notre chère Adèle[15] va bien et qu’elle a auprès d’elle une brave domestique aussi douce que dévouée. Quelles nouvelles as-tu de tes bonnes sœurs[16], où sont-elles dans ce moment ? Nous jouissons tant des détails que nous recevons de Port-en-Bessin, que de fois dans la journée je vous suis tous par la pensée, je vois Marie, Émilie[17], et petit Jean[18] accourir vers leurs chers parents demandant des explications ou apportant quelque chose qu’on a trouvé ; nous sommes heureux de savoir que les mines sont parfaites et respirent la bonne santé. Adieu bien chère Aglaé je t’embrasse de tout cœur ainsi que nos chéries. Mille amitiés à tes chers parents[19] à Charles[20] à M. Alphonse[21]. J’embrasse bien ta bonne mère et petit Jean.

Félicité Duméril

Léon[22] est parti vendredi après-midi pour aller faire une tournée dans les Vosges en compagnie de M. Alfred Stoecklin.


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Sa petite-fille Marie Mertzdorff.
  3. Henri Delaroche et son épouse Céline Oberkampf.
  4. Gabrielle Delaroche.
  5. Caroline Duméril (†) et Eugénie Desnoyers (†), première et seconde épouses de Charles Mertzdorff.
  6. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  7. Henriette Hourdel, épouse d’Eugène Dufételle (l’aîné).
  8. Eugène Dufételle.
  9. Julien Desnoyers (†).
  10. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers, « Madame Desnoyers ».
  11. Louis Daniel Constant Duméril.
  12. Charles Auguste Duméril.
  13. Georges Duméril, son fils.
  14. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  15. Adèle Duméril, épouse de Félix Soleil et fille d’Eugénie.
  16. Les belles-sœurs d’Aglaé Desnoyers : Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas et Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  17. Marie et Émilie Mertzdorff, « nos chéries ».
  18. Jean Dumas.
  19. Jeanne Target et son époux Jules Desnoyers.
  20. Charles Mertzdorff.
  21. Alphonse Milne-Edwards.
  22. Léon Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 15 et dimanche 16 août 1874. Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) à Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Port-en-Bessin) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_15_et_dimanche_16_ao%C3%BBt_1874&oldid=56918 (accédée le 16 août 2022).

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