Samedi 11 mai 1833

De Une correspondance familiale

Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à sa nièce et future belle-fille Félicité Duméril (Lille)

Original de la lettre 1833-05-11-page1.jpg Original de la lettre 1833-05-11-page2.jpg Original de la lettre 1833-05-11-page3.jpg Original de la lettre 1833-05-11-page4.jpg


Paris 11 Mai 1833

Je viens de suite ma chère et bonne félicité vous remercier de l’excellente et si aimable lettre que j’ai reçue de vous aujourd’hui. Vous avez tenu la promesse que vous nous aviez faite de ne pas nous écrire plus tard que le jeudi et nous en sommes tous reconnaissants. Dans l’impatience où nous étions d’avoir de vos nouvelles et de celles de votre chère maman[1] et de vous savoir arrivées à bon port, nous comptions les jours et les moments, et cependant pendant la durée de votre voyage nous gémissions de sentir que chaque heure mettait plus de distance entre vous et nous ; ce sentiment était bien naturel dans la tristesse et le vide que nous laisse votre départ ; plus on vit avec vous, ma bonne félicité, plus on vous aime et plus on doit être chagriné quand vous n’êtes plus là. Depuis votre départ je m’occupe, je me remue dans la maison, je vais souvent au jardin des plantes, pour me distraire de mes regrets mais j’y réussis mal et je sens que cet été que mes journées seront plus longues que j’aurai moins de visites et d’allants et venants, je sens que la société de ma chère nièce me manquera encore plus que pendant que je vais être très occupée par les travaux de notre nouvelle habitation.

Vous nous regrettez aussi ma chère petite et nous mettons du prix à ces regrets-là puisqu’ils sont une nouvelle preuve de votre affection pour votre famille de Paris. Soyez bien persuadée de cette idée, c’est qu’en cherchant à rendre agréable votre séjour près de nous, j’ai suivi un besoin qui était extrêmement naturel et qu’il eût fallu combattre à grand peine, si quelque circonstance particulière m’aurait forcée à faire autrement ; ma santé si variante aurait pu venir barrer notre petite mondanité à laquelle pour ma part je trouvais vraiment du plaisir, heureusement, qu’à part les petits malaises nerveux auxquels je suis si sujette elle a été très bonne et tout l’ensemble de ce genre de vie de cet hiver lui a été est je crois plus utile que nuisible. La satisfaction du cœur est en général une bonne médecine et si on pouvait la donner en pilule, messieurs les docteurs guériraient bien plus souvent et bien plus promptement leurs malades.

Combien je comprends la joie que vous avez eue à revoir votre papa et cette gentille Eugénie[2], et qui à ce qu’il parait se développe d’une manière si satisfaisante pour vous tous. J’espère que vous lui avez bien fait mille amitiés de ma part, je désire qu’elle trouve à son goût les petites bagatelles que je lui envoie et qui partent aujourd’hui. faute d’avoir le carton, l’emballage n’a pu se faire < >. C’est Constant[3] qui s’en est chargé et qui y a mis tout le soin dont il est capable. Il n’y a que l’adresse qui ne soit pas de lui, c’est son Père[4] qui s’en est chargé ; le carton ne pourra sortir de la caisse qu’en la reversant, tant sa place y est juste. Le bougeoir n’a pu être là, sa place nous vous l’enverrons par la première occasion qui se présentera. Ceux de nos amis que j’ai vus me plaignent de notre séparation et je leur dis qu’ils ont bien raison. Jeudi dernier nous avons eu plus de monde que le jeudi précédent, les Dames Comte (Pauline était bien jolie[5]) les Dames Dumont[6] et Mme Valenciennes ; et puis un certain nombre des Messieurs qui viennent nous voir ce jour-là. Lundi après le triste moment où nous venions de vous voir partir, je suis allée au jardin des plantes avec Eugène[7] et Auguste[8], et Constant à la bourse. Le soir nous avons tâché de rire un peu pour ne pas avoir des mines trop allongées, mais cela ne réussissait pas du tout. le mardi j’ai été occupée à différentes choses à la maison et j’ai écrit au Havre[9] et à St Lô, deux lettres qui ne pouvaient être reculées ; Le soir je me promenai avec Constant et nous fûmes voir Mme Clément. le mercredi je suis encore allée au jardin, j’ai été voir Mme Lamouroux[10] qui quoique très chagrine a un peu moins mauvaise mine. Jeudi je ne suis pas sortie et hier je suis allée encore au jardin où j’ai passé quelques heures avec mon ouvrage au milieu de nos beaux lilas. Je n’ai pas vu Eugène qui est fortement enrhumé et qui était probablement resté à son hôpital. Aujourd’hui je ne suis pas sortie, Constant est venu dans la matinée, il a lu votre lettre avec bien de l’intérêt et sachant que j’allais vous répondre de suite, il m’a recommandé de vous exprimer combien il a eu de plaisir à savoir votre heureuse arrivée et combien il est sensible aux amitiés que vous lui envoyez, et prie son aimable cousine d’en recevoir de sa part < >

Il est bien de ceux qui trouvent dans la maison un grand vide que nous ne savons <souvent remplir >. Votre oncle[11] et Auguste me chargent aussi de mille choses aimables et affectueuses pour vous et nous nous réunissons tous pour envoyer à votre maman l’expression de toute notre affection et de notre dévouement. Dites-lui bien à quel point nous avons joui de son séjour près de nous et combien nous désirons que chose semblable puisse se renouveler. Nous disons mille choses aussi à votre bon Père.

J’embrasse Eugénie en bonne tante et je vous prie de penser à nous donner des nouvelles du rhume de M. Fabre, nous apprendrions avec bien du plaisir qu’il en soit débarrassé. Veuillez lui présenter nos compliments très empressés.

Adieu ma bien chère nièce, en m’écrivant parlez-moi de vous, de ce que vous faites, parlez-moi aussi de votre amie[12] et de votre famille. Je vous embrasse de tout cœur. Auguste a dû aller <   .>


Notes

  1. Alexandrine Cumont, épouse d’Auguste Duméril l’aîné.
  2. Eugénie Duméril, jeune sœur de Félicité.
  3. Louis Daniel Consant Duméril, fils d’Alphonsine.
  4. André Marie Constant Duméril.
  5. Pauline Comte est la fille aînée (née en 1818) d’Adrienne Say et de Charles Comte.
  6. Rosalie Rey, épouse de Charles Dumont de Sainte-Croix, et sa fille Zoé.
  7. Eugène Defrance.
  8. Auguste Duméril, fils d’Alphonsine.
  9. La famille de Michel Delaroche, frère d’Alphonsine, habite Le Havre.
  10. Rose Henriette, fille aînée de Charles Dumont de Sainte-Croix, épouse d’André Pierre Charles Lamouroux.
  11. André Marie Constant Duméril, et son fils Auguste.
  12. Thelcide Duméril, cousine et amie de Félicité.

Notice bibliographique

D’après l’original

Annexe

Mademoiselle F. Duméril

rue des Arts, 34

Lille

Nord

Pour citer cette page

« Samedi 11 mai 1833. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à sa nièce et future belle-fille Félicité Duméril (Lille) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_11_mai_1833&oldid=35309 (accédée le 8 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.