Samedi, mai 1864

De Une correspondance familiale


Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à son jeune frère Julien Desnoyers (Montmorency)


original de la lettre 1864-05-21 pages1-4.jpg original de la lettre 1864-05-21 pages2-3.jpg


Samedi[1]

11 h

Je vois, mon cher Julien, qu’il faut que je vienne encore une fois te relancer pour que tu ne prennes pas la mauvaise habitude de ne pas m’écrire. Toi, mon cher Ami, je ne te gronde pas de ce que la plume ne griffonne pas plus souvent à mon intention ; je sais qu’elle ne reste pas pour cela presseuse, et, qu’en traçant des lignes algébriques, des problèmes, voire même en faisant de rrravissantes compositions françaises (que je voudrais bien voir encore !!), elle prépare un grand homme à la patrie, aussi je ne te ferai pas l’affront des timbres poste !!! C’est bon ça pour tante Aglaé[2] qui écrit toujours à la hâte, sur petit papier comme si elle croyait que tout ce qui l’occupe elle, vous, votre entourage, votre jardin && tout cela n’était pas des sujets qui m’intéressent toujours beaucoup.

Je viens de recevoir la lettre de ma bonne petite mère[3]. Dis-lui tout le plaisir que me fait sa chère écriture, je ne savais où lui adresser ma lettre cette semaine c’est ce qui m’a empêchée de lui écrire. Au reste en t’écrivant je cause aussi avec elle, tu es son fidèle chevalier du Dimanche avec notre bon père[4] et c’est à vous trois que je fais une petite visite en ce moment, je vous vois dans le jardin[5]. Peut-être aurez-vous Aglaé et Alphonse[6], je l’espère ; leur compagnie est agréable pour tous et la réciproque.

Cette semaine rien de nouveau dans mon nouveau pays[7], je m’habitue de plus en plus, je passe tout mon temps avec les enfants[8] qui ne veulent plus me quitter surtout Mimi, quant à Founichon ça commence ; la petite Gribouille a une petite tête qui ne sera pas si facile à mener. Que je serai contente de vous voir ici, comme tu trouveras à employer ton temps mécaniquement et agréablement pour tes jambes et ton cœur, à quand cette chère visite ? Où en es-tu de tes travaux ? A quelle époque penses-tu passer ton examen ? Tu laisses je pense de côté le concours ? Dis-moi tes petits succès littéraires j’y applaudis des deux mains. Et tes amis Duverger ? Il me semble qu’on s’en donne chez eux et que notre petit dernier sait mener tout de front, c’est fort bien.

Mme Zaepffel[9] a passé le commencement de la semaine ici, ton beau-frère[10] a dû aller à Mulhouse et à la ferme[11] et ta sœur[12] n’a pas quitté la maison ou le jardin ; Il y a 2 jours il y a eu de la glace et les jardiniers qui se plaignent dans ce pays comme dans tout autre prétendent que la végétation est arrêtée et que tout recule, ce qui n’empêche pas que la campagne est admirable et que nous avons des légumes excellents et de tout espèce. Le jardin de François[13] doit être bien joli. Comment va ce pauvre Ovide[14] ?

Je n’ai pas eu de réponse d’Alfred[15]. Je lui ai écris il y a 15 jours pour lui rappeler la visite qu’il doit nous faire vers la fin de Mai ou le commencement de Juin.

Dis à Maman que le contenu de la caisse était tout à mon goût et que je vous remercie tous. la revue britannique < >

les albums sont arrivés à bon port, la petite Aglaé[16] a été très heureuse de retrouver sa famille et la réciproque &&

Adieu, mon cher Julien, je t’embrasse bien fort et je te prie d’être mon interprète auprès de tous les nôtres

Sœur affectueuse

Eug. M.

Charles[17] dit qu’il est toujours moitié dans tout ce que je vous écris d’aimable.

On pleure pour s’habiller, il faut que je me rafistole pour le dîner, l’heure me presse, je pense que nous allons faire des visites.

Les Founichon et Cie t’embrassent, la maman à la tête.

J’ai écrit aux Duméril[18] pour leur demander de venir demain Dimanche, tu vois que nous avons presque toujours quelqu’un le Dimanche


Notes

  1. Cette lettre non datée est à situer avant la fin mai (allusion à une possible visite d’Alfred à cette époque-là).
  2. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards, sœur d’Eugénie et de Julien.
  3. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers, qui possiblement séjourne à Montmorency, où fils et époux la rejoignent le dimanche.
  4. Jules Desnoyers.
  5. Probablement le jardin à Montmorency (plutôt que le Jardin des Plantes de Paris auprès duquel habitent les Desnoyers, rue Cuvier).
  6. Alphonse Milne-Edwards.
  7. Eugénie, mariée depuis un mois, a suivi son époux Charles Mertzdorff en Alsace.
  8. Marie (Mimi) et Emilie (Founichon, Gribouille) Mertzdorff, filles du premier mariage de Charles, âgées de 5 et 3 ans.
  9. Emilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel et sœur de Charles.
  10. Charles Mertzdorff.
  11. Propriété de Charles Mertzdorff, à Cernay.
  12. Eugénie Desnoyers elle-même.
  13. François, jardinier chez les Desnoyers.
  14. Personne non identifiée.
  15. Alfred Desnoyers, frère aîné d’Eugénie et Julien.
  16. Probablement une poupée des fillettes.
  17. Charles Mertzdorff, époux d’Eugénie.
  18. Louis Daniel Constant et Félicité Duméril, à Morschwiller.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi, mai 1864. Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à son jeune frère Julien Desnoyers (Montmorency) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi,_mai_1864&oldid=43140 (accédée le 14 août 2022).

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