Mercredi 8 et jeudi 9 mars 1876

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1876-03-08B pages 1-4.jpg original de la lettre 1876-03-08B pages 2-3.jpg


Mercredi soir 8 Mars 76

Ma bien aimée Marie

Tu voudras bien remercier ta sœur[1] de sa bonne lettre reçue hier. & tu lui diras que j’approuve beaucoup l’idée qu’elle avait de m’écrire en [2] elle ne s’en tire pas mal & de temps en temps une petite page ne fera que [bien].

Quant à toi, ma chère amie, je sais que tu vas bien & que tu as été assez contente des épreuves que l’on a encore eu la bonté de te faire passer[3]. Il n’y a donc pas lieu de s’effrayer de ce malencontreux examen, qui arrive à grands pas & qui en somme n’est pas bien effrayant pour toi. Je t’assure que je connais quelqu’un qui sera joliment heureux lorsque ce sera fini.

D’ici, je n’ai pas grand chose à te marquer, il pleut à peu près toujours & quoique chaud, le temps le plus désagréable possible, pour quiconque a le moindre petit rhumatisme.
Je me soigne beaucoup en évitant de prendre froid, aussi ne suis-je pas mal du tout. Voilà mes jeunes gens[4] qui me remplacent à la fabrique & j’espère que ce sera avec grand avantage, cela me permet de rester plus au bureau & tout bien compté, je trouve que je ne fais plus grand chose, ce qui n’est pas un mal.

J’attends maintenant un temps un peu meilleur pour me mettre en route, ce sera, je l’espère, au commencement ou vers la fin de la semaine prochaine.
Vois-tu, ma bonne grosse chérie, si je ne suis pas plus actif voyageur, ce n’est certes pas l’envie qui me manque. Je t’assure que j’ai bien besoin de vous embrasser tous & de sortir un peu de dessous mon rideau noir, sous lequel je persiste à me tenir ; mais aussi je crains les bobos & me crois forcé de ne plus trop exiger de la vieille machine. Il faut espérer que ce mauvais temps ne va plus continuer longtemps, pour la campagne ce temps ne vaut pas plus que pour les hommes.

Je pensais aller à Mulhouse aujourd’hui mais un mal de tête m’en a empêché ; du reste Léon & Jaeglé[5] y sont, & comme tu vois, je suis très bien représenté. avant de quitter d’ici je voudrais voir tout décidé pour l’intérieur du blanchiment qui est à refaire & je n’obtiens pas toujours ce que je voudrais ; suis-je trop difficile je n’en sais rien, mais je fais parfois recommencer, ce qui n’amuse pas, & moi, moins encore que les autres.

Cependant l’usine a beaucoup à travailler & rien ne chôme, il y a même une grande activité dans l’ensemble. C’est Vogt[6] qui fait maintenant le service entre le Moulin & ici, ce sont deux & 3 voyages qu’il fait par jour, pour porter & ramener les toiles qui sont à marteler & à se lustrer sous la grosse pierre. Cette dernière machine va recevoir une sœur dans le courant de cet été, c’est très probablement M. Berger[7] qui va la faire.

Malheureusement je ne sais pas si l’on s’est bien amusé pendant ces jours gras, je ne suis pas sorti & n’ai vu personne qui aurait pu me conter des petites histoires.

A Morschwiller[8] l’on va bien Léon y passe sa soirée pour ne rentrer que demain matin. Nos bons parents étaient ici il y a 2 jours & ont passé une partie de la journée au Moulin avec Louis Buisson ingénieur de Morschwiller qui est chargé de pousser les travaux de réparations comme ce ne sont que des consolidations & peu de changements à faire je pense que cela ira vite & que les peintres s’y mettront encore ce mois.

Hier toutes nos montagnes étaient blanches, le Roosberg seul a conservé son panache blanc, les autres sont bien lavées, aussi voit-on dans les vignes quantité de petits murs écroulés & je t’assure que mes vignes ne font pas exception.

L’oncle Georges[9] va assez bien pour être au bureau du matin au soir, mais l’on voit qu’il souffre parfois beaucoup, la tante[10] aussi n’est pas exempte de ces bobos.

Jeudi matin. Me voilà très bien ce matin quoique le temps ne soit pas plus favorable qu’hier, au contraire le baromètre a baissé de 20 millimètres ce qui nous promet encore bien du mauvais temps. Les rivières sont toujours très fortes.

Embrasse bien sœur & tante[11] pour moi, mille amitiés à l’Oncle[12] & un bon bec sur tes deux joues de ton père qui t’aime bien
CharlesMertzdorff


Notes

  1. Emilie Mertzdorff.
  2. Faut-il lire « Kurrentschrift » (écriture gothique manuscrite du XIXe siècle) ? ou « Fraktur » (gothique d’imprimerie) ?
  3. Examen blanc organisé au cours.
  4. Léon Duméril et Georges Duméril.
  5. Léon Duméril et Frédéric Eugène Jaeglé.
  6. Ignace Vogt, cocher de Charles Mertzdorff.
  7. Louis Berger.
  8. A Morschwiller où vivent les « bons parents » Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  9. Georges Heuchel.
  10. Elisabeth Schirmer, épouse de Georges Heuchel.
  11. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  12. Alphonse Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 8 et jeudi 9 mars 1876. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_8_et_jeudi_9_mars_1876&oldid=51676 (accédée le 19 août 2022).

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