Mercredi 3 octobre 1888

De Une correspondance familiale


Lettre de Félicité Duméril, veuve de Louis Daniel Constant Duméril (Brunehautpré) à sa petite-fille Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris)


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Brunehautpré 3 Octobre 1888.[1]

Je ne puis assez te dire, ma bonne petite Marie à quel point tes lettres me causent de douce émotion. Je suis entourée par mes enfants et petits-enfants, de témoignages de tendresse qui me vont au cœur. Mon bon mari qui est au Ciel[2] vous bénit tous des adoucissements que vous apportez à la douleur de la pauvre veuve. Ne sachant pas à quoi on en est par rapport à Monsieur Citerne[3], j’ai demandé à Léon[4] s’il avait correspondu avec lui au sujet des droits à payer. J’ai appris hier par une lettre d’Alsace qu’on n’avait reçu aucune communication à cet égard. Marcel[5], mon bon Marcel qui s’est occupé si intelligemment et avec tant de dévouement de cette triste affaire, aurait-il la bonté de voir M. Citerne afin de régler avec lui les frais de succession et lui faire accepter le prix de ses honoraires. Nous avons des fonds à la société Générale et chez M. Desmarest et Ducoing[6] et là on aurait l’argent nécessaire au paiement des sommes dues. De plus c’est le quinze de ce mois qu’il faut payer le trimestre de notre appartement montant à 275 francs, je ne sais pas si je serai de retour à Paris pour cette date et c’est donc encore à Marcel que j’aurai recours dans cette circonstance. Enfin mes chers enfants, vous voyez comme je m’appuie sur vous pour me tirer de difficultés. Remercions Dieu que Marthe[7] aille si bien et que sa petite fille soit dans de satisfaisantes conditions avec une bonne nourrice, puissions-nous en trouver une telle que nous le désirons pour notre chère petite Émilie[8] dont j’admire chaque jour la vaillance et l’intelligence. Que de prières ferventes j’adresse à Dieu et à la Sainte Vierge pour la réussite en toutes choses de la vie concernant mes chers enfants. Comme toi je désire vivement que sœur Camille[9] soit à Douai le 8 Janvier au lieu du 15. J’ai de bonnes nouvelles de la famille, ma chère parente Fröhlich[10] qui vient d’avoir 81 ans se trouve très bien de son installation à Chantilly et du bon air qu’on y respire. Marie[11] vient de partir pour Cherbourg pour y faire le déménagement des meubles qui leur appartiennent et qui seront transportés à Chantilly où chaque année ces dames y feront un séjour dans la belle saison.

Notre bonne parente Gastambide[12] vient de m’écrire une lettre précieuse, je vais me donner le plaisir de te copier le passage suivant : Comme je sympathise avec vous, ma bonne amie, et comprends ce que vous ressentez en vous trouvant seule dans ce jardin, dans ce bois, dans cette chambre où chaque année vous veniez deux ! Tous les changements de lieu, toutes les circonstances de la vie ravivent la plaie, mais, quand même l’oubli serait possible, nous ne le souhaiterions pas. Il vaut mieux garder fidèlement et précieusement le cher souvenir qui remplit l’âme avec son mélange de souffrance et de douceur ; la seule consolation est dans les espérances d’en haut.

Je te quitte ma chère enfant en t’embrassant comme je t’aime. J’embrasse Marcel et tes bons petits enfants[13].

Félicité Duméril

Jacques et Lucie[14] sont fort gentils et bien portants.

Rappelle-moi je te prie, au bon souvenir de Mesdames de Fréville[15] et de la Serre[16].

Ci-joint la lettre pour toi de ma chère belle-fille[17].


Notes

  1. Lettre sur papier-deuil.
  2. Louis Daniel Constant Duméril est décédé le 5 mars 1888.
  3. Alfred Citerne.
  4. Léon Duméril, fils de la signataire.
  5. Marcel de Fréville.
  6. Les banquiers Eugène Desmarest & Ducoing.
  7. Marthe Pavet de Courteille, épouse de Jean Dumas, dont la petite Cécile Dumas vient de naître.
  8. Émilie Mertzdorff-Froissart accouchera le 4 février 1889 de Madeleine Froissart.
  9. Sœur Camille, religieuse qui a secondé Marthe Pavet de Courteille-Dumas lors de la naissance de Cécile Dumas.
  10. Éléonore Vasseur, veuve d'André Fröhlich.
  11. Marie Fröhlich, fille d'Eléonore.
  12. Émilie Delaroche, veuve d'Adrien Joseph Gastambide.
  13. Jeanne, Robert, Charles et Marie Thérèse de Fréville.
  14. Jacques et Lucie Froissart.
  15. Sophie Villermé, veuve d'Ernest de Fréville.
  16. Louise de Fréville, épouse de Roger Charles Maurice Barbier de la Serre.
  17. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original.


Pour citer cette page

« Mercredi 3 octobre 1888. Lettre de Félicité Duméril, veuve de Louis Daniel Constant Duméril (Brunehautpré) à sa petite-fille Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_3_octobre_1888&oldid=55416 (accédée le 13 août 2022).

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