Mercredi 27 octobre 1875 (B)

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1875-10-27-B pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-10-27-B pages 2-3.jpg


Chérissima Maria[1]

Depuis longtemps je n’ai plus dit de bonjour à mon gros bébé que j’aime cependant bien ; mais aussi c’est carissima petite[2] qui fait la correspondance & est ton secrétaire particulier.
J’ai reçu de vos nouvelles hier & remercie bien ma petite chérie de son activité à ne pas oublier son papa.
Je puis vous assurer que ce dernier va bien, il devient même très mondain, il va dans le monde & s’y amuse.

Avant-hier soir j’ai passé ma soirée chez les Stoecklin de 8 à 10. Oncle et tante Georges[3] y étaient & lorsque je suis arrivé j’ai trouvé jeunes & vieux autour de la table de la salle à manger.
L’on causait ménage & ménagère, des économies que fait Mme Stoecklin[4] depuis qu’elle est au Vieux-Thann. Trésorisant & ne voulant pas dire ce qu’elle compte faire de toutes ses richesses. puis le tour des Messieurs car Mme Stoecklin se défendait bien & le mari n’avait qu’à bien se tenir, puis le tour de Tante Georges à dire son petit mot.
Nous avons beaucoup beaucoup ri comme depuis bien des années je ne l’avais fait. Conversation gaie, douce aimable, souvent de l’esprit & surtout beaucoup de bonne & franche gaîté. Marie Stoecklin brodait au métier un coffre à bois. Jeanne[5] nous a quittés à 9h sans se faire prier elle s’amusait cependant bien.
Mme Stoecklin resterait bien volontiers à Vieux-Thann mais son mari qui a travaillé toute sa vie ne peut se faire à cette existence de rentier, il est encore trop actif pour rester ici sans rien faire.
Je le comprends.

Par contre Dimanche dernier j’ai si peu quitté la maison, j’étais tout seul, que je n’ai pas songé à quitter mes pantoufles ; un instant j’avais quelque remord mais la paresse de m’habiller pour faire des visites était plus forte que dame raison & je suis resté dans mes livres. du reste je n’ai vu personne ce jour-là & ne me suis nullement ennuyé, la journée était même beaucoup trop courte.

Nous voilà de nouveau au beau temps hier le soleil éclairait si bien le Rangen qui paré de tout son feuillage d’automne était charmant à regarder & à admirer pour la 100 millième fois. & c’est encore beau, & sera toujours beau.

M. et Mme Duméril[6] doivent être depuis hier au soir à Morschwiller. J’irai faire ma visite demain matin.

C’est demain aussi que oncle & tante Georges vont aller passer quelques jours à Strasbourg, cette pauvre tante a une grosseur dans la bouche, qui la gêne considérablement, & elle va se faire opérer ; tu vois que ce n’est pas un voyage agréable que l’on va faire, cependant tante montre beaucoup de courage. C’est la seconde fois, il y a quelques années c’est le docteur Conraux qui a opéré, elle connaît donc déjà ce qui l’attend.

Des Zaepffel[7] je ne sais rien, je pense qu’ils sont à Nancy depuis quelques jours déjà.

Notre curé[8] est de nouveau sur pied, le bruit court qu’il désire quitter Vieux-Thann.

Dimanche dernier l’on a tiré la loterie au Kattenbach. Je n’en sais pas plus.

Pour ne pas perdre l’habitude hier Mme Stoecklin est venue avec une sœur Damien de Mulhouse (même ordre de Niederbronn) & me voilà de nouveau intéressé à une nouvelle loterie. vous voyez que ces chères sœurs ne m’oublient pas. cette sœur était dans le temps à Thann, connaissait bien petite mère[9] & bonne-maman Mertzdorff[10].

Je n’ai rien à te dire du Ménage si ce n’est que la lessive se range peu à peu, que Nanette[11] est un peu honteuse d’avoir dit & fait, etc. Je pense dans quelques jours à l’occasion des comptes lui parler & il faut qu’elle me promette d’apprendre la cuisine à Thérèse[12].
Je n’ai pas encore pu comprendre pourquoi elle m’a dénoncé sachant bien qu’elle ne partirait pas.

Dans les nouvelles du ménage autre aussi une vache vendue & une Vache achetée. Sous peu ce seront les chevaux de Vogt[13] qu’il faudra réformer ! ce qui est plus grave si je pouvais en même temps réformer le cocher ! Melcher[14] est toujours rayonnant dans son nouveau ménage je n’ai pas encore vu la nouvelle portière !

La fabrique va bien.

& voilà, ma chérie, toutes les nouvelles qui se présentent à ma plume, il ne me reste plus qu’à t’embrasser bien fort pour qu’à ton tour tu embrasses bien tante & Oncle[15] & petite sœur[16] aussi

tout à toi
ton père qui t’aime     
Charles Mff


Notes

  1. Lettre sur papier à en-tête professionnel.
  2. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  3. Georges Heuchel et son épouse Elisabeth Schirmer.
  4. Elisa Heuchel, épouse de Jean Stoecklin, négociant.
  5. Jeanne Heuchel.
  6. Charles Auguste Duméril et sa sœur Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  7. Edgar Zaepffel et son épouse Emilie Mertzdorff, sœur de Charles.
  8. Louis Oesterlé, curé de Vieux-Thann.
  9. Caroline Duméril (†), première épouse de Charles Mertzdorff.
  10. Marie Anne Heuchel (†), veuve de Pierre Mertzdorff.
  11. Annette, cuisinière chez Charles Mertzdorff.
  12. Thérèse Neeff, domestique chez Charles Mertzdorff.
  13. Ignace Vogt, cocher de Charles Mertzdorff.
  14. Melchior Neeff, concierge chez Charles Mertzdorff, veuf, vient de se remarier avec Anne Zimmermann (la « nouvelle portière »).
  15. Aglaé Desnoyers et son époux Alphonse Milne-Edwards.
  16. Emilie Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 27 octobre 1875 (B). Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_27_octobre_1875_(B)&oldid=51764 (accédée le 8 août 2022).

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