Mercredi 16 novembre 1870

De Une correspondance familiale

Lettre de Jules Desnoyers (Paris) à sa fille Eugénie, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1870-11-16 pages1-2.jpg original de la lettre 1870-11-16 page3 et adresse.jpg


Paris, le[1] 16 Novembre 1870

mercredi 4 heures

Ma chère Eugénie

L'intention de ta bonne mère[2] était de t'écrire aujourd'hui mais l'heure avance et je ne sais si elle sera rentrée avant l'heure de la poste. Il part demain un ballon et nous risquons toujours, sans certitude de succès, de vous transmettre de nos nouvelles en attendant que nous ayons le bonheur tant désiré de recevoir des vôtres.

Vous avez appris par nos lettres de Lundi la mort de notre pauvre ami M. Auguste Duméril et vous aurez sans doute, si elles vous sont parvenues, annoncé cette triste nouvelle comme ma femme vous en priait de la part de Mme Auguste[3] à nos amis[4] qui en auront été bien affligés quelque préparés qu'ils fussent.

Les obsèques ont eu lieu hier. une très nombreuses assistance d'amis, de collègues, d'employés & a suivi le convoi jusqu'au père Lachaise où plusieurs discours ont été prononcés : par m. Larrey[5] pour l'académie des Sciences, par m. Gervais[6] pour le Muséum, par m. de Quatrefages[7] pour la Société d'acclimatation, <puis> par M. ch. Coquerel[8] pour la religion, chacun de ces discours a pleinement rendu justice en des points de vue différents aux mérites, aux vertus, aux travaux scientifiques et aux excellentes qualités de notre ami. Ces discours seront imprimés et quand cela sera possible vous les recevrez.

Mme Auguste et sa fille[9] sont très courageuses ; Ta maman vient de les voir, celle-ci, Mme Auguste était sortie. Nous ne croyons pas qu'elle ait déjà encore écrit à sa sœur[10] au milieu des douleurs et des inquiétudes générales, les chagrins de famille sont aussi bien pénibles. Que nous serions heureux d'apprendre que vous êtes tous quatre[11] bien portants, de savoir où vous êtes et quel a été votre situation depuis l'heureux temps où nous recevions si exactement de vos chères nouvelles ! nous vous avons indiqué dans notre dernière lettre, deux moyens à tenter pour nous en donner ; on nous en indique encore une autre : celui du télégraphe ordinaire s'il marche encore de Vieux-Thann à Tours. Il suffirait de nous expédier une dépêche à notre adresse à Paris. cette dépêche serait centralisée à Tours et de là envoyée à paris <> photographiée <microscopique>. Plusieurs centaines de dépêches sont ainsi, dit-on, arrivées hier.

Quelle serait notre joie, mes chers enfants, d'avoir de vous signe de vie et de bonne santé ! nous n'oublions pas les anniversaires de famille que ce mois-ci nous rappelle, ma chère Eugénie ; Ta fête aujourd'hui et ta naissance dans peu de jours. Tu sais combien nous t'aimons et nous savons combien tu nous le rends, ainsi que ton excellent mari. par quelles épreuves il doit avoir passé pendant ces derniers temps ! pourvu que les santés soient restées bonnes ! Pour nous nous sommes tous bien portants et bien courageux, point malheureux si ce n'est d'inquiétude pour la patrie et pour la famille. Julien[12] est toujours parfait au poste et très entrain, très occupé et très entiché du Commandant du Génie avec lequel il travaille au fort d’Issy. Sans les dangers que court ce cher enfant, nous dirions que la guerre lui est favorable. Alfred[13] est <     > dans une compagnie de guerre de la garde nationale il a aussi très grand courage et est prêt à défendre Paris et le pays. Alphonse[14] reste simple garde national jusqu'ici du moins : il a été un peu souffrant mais va bien en ce moment. Ta bonne mère qui est toujours <  >, si dévouée si prudente, si prévoyante <pour tous les besoins>

cette pauvre françoise[15] vient de perdre son mari. Mme <Vikorff> est <  > <plusieurs membres de l’Institut>. On est toujours sans nouvelles de <M. Pavet[16]> <  >

ta bonne mère s'unit à moi, Chère Eugénie, pour vous embrasser tous bien tendrement et du meilleur cœur

d'espérance, on a eu des succès à <Orléans>, <  > de l'armistice, ayons donc confiance.


Notes

  1. Mention imprimée.
  2. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  3. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  4. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  5. Hippolyte Larrey (1808-1895), Institut de France. Académie des sciences. Discours prononcé aux obsèques de M. Auguste Duméril, le 15 novembre 1870, Firmin-Didot, 1870.
  6. Paul Gervais (1816-1879), Discours prononcé sur la tombe de M. le professeur Auguste Duméril, Paris, 1870.
  7. Armand de Quatrefages, Discours prononcé aux obsèques de M. Auguste Duméril, 1870.
  8. Il s’agit probablement du pasteur Athanase Josué Coquerel.
  9. Adèle Duméril, épouse de Félix Soleil.
  10. Félicité Duméril.
  11. Eugénie Desnoyers, son époux Charles Mertzdorff et les petites Marie et Emilie Mertzdorff.
  12. Julien Desnoyers.
  13. Alfred Desnoyers.
  14. Alphonse Milne-Edwards.
  15. Françoise, domestique chez les Desnoyers.
  16. Daniel Pavet de Courteille, blessé à Gravelotte.

Notice bibliographique

D’après l’original

Annexe

par ballon monté17

Madame Charles Mertzdorff

Vieux-Thann

département du Haut-Rhin

Pour citer cette page

« Mercredi 16 novembre 1870. Lettre de Jules Desnoyers (Paris) à sa fille Eugénie, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_16_novembre_1870&oldid=41154 (accédée le 10 août 2022).

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