Mardi 26 février 1861

De Une correspondance familiale


Lettre de Félicité Duméril (Vieux-Thann) à son époux Louis Daniel Constant Duméril (Paris)


Vieux-Thann 26 février[1]

Mon bon petit mari

Comme de coutume j'ai d'excellentes nouvelles à te donner de notre bonne fille[2], il lui a été permis d'aller se mettre hier sur le canapé où elle a passé quatre heures. A son réveil notre petite Miky[3] apercevant sa mère levée a poussé des cris de joie ; un peu plus tard vers les deux heures, j'ai promené cette enfant sur la route du Moulin[4] je ne saurais te dire combien je jouissais de l'avoir ainsi tout à fait auprès de moi, elle a été on ne peut plus sage, m'embrassait quand je la tenais un instant dans mes bras, et en entendant le bruit du chemin de fer, elle s'est écriée : Méhil bon-papa bon-papa au chemin de fer ; notre promenade a duré une heure 1/4, il était temps que nous rentrions car on s'ennuyait de cette charmante petite dont chacun aime tant à s'occuper ; lorsque notre petite Emilie sera arrivée à cet âge ce sera plaisir de les voir toutes deux ensemble, en attendant la petite Emilie vient à souhait, elle grossit déjà et on s'aperçoit que sa nourrice a de bon lait. Caroline est si heureuse de la nourrir mais il est bien entendu qu'elle devra se soigner mieux qu'elle ne l'a fait la première fois. Quel bonheur pour nos amis Dunoyer que leur fils Charles[5] soit entré en convalescence, exprime leur bien la part que nous avons prise à leur peine et dis à M. Dunoyer tout le regret que j'ai eu de manquer sa bonne visite. Je comprends tous les soins qu'exige la santé de ce pauvre Charles, hélas ! que de chagrins il y a de tous côtés ; notre excellente amie[6] éprouve de grandes inquiétudes pour la santé de son mari, c'est Mlle Maria[7] qui vient de me l'écrire, cependant heureusement M. Rainbeaux venait d'avoir un bon sommeil de quelques heures qui lui avait fait grand bien, espérons que le mieux continuera ; je viens d'écrire à cette pauvre Cécilia pour la prier de me donner des nouvelles par l'entremise de Mlle Maria car cette pauvre amie est prise maintenant par les maux de tête qui l'empêchent de dicter une lettre. Mon Dieu comme nos amis sont éprouvés ! Voici maintenant le grand jour qui approche pour notre pauvre Léon[8], puisses-tu avoir la main heureuse ! cela nous préoccupe bien.

Donne-moi des nouvelles de mon oncle et ma tante Vasseur[9], je ne sais nullement ce qu'il y a sur le tapis par rapport à cette bonne famille.

Odillon De Craecker ferait-il quelque chose en sa faveur, maman[10] je le crois bien, lui en aura parlé. Eugénie[11] est bien bonne de nous faire ainsi ces jolis cadeaux de reliure et d'autres choses, quant aux couteaux à lames d'argent je croyais en effet que nous les partagerions car tu sais que nous n'en avons pas et pour le fruit il est agréable d'en offrir. Comment va notre bonne Adèle[12] ? donne-nous-en bien des nouvelles. Penses-tu que la place laissée vacante par la mort de M. Bommart[13] puisse donner quelque espoir à notre bon frère[14] d'être appelé à Paris ? As-tu vu la famille Desnoyers depuis la lettre que tu nous as écrite ? Caroline espère bien qu'Eugénie[15] ne tardera pas à lui écrire ; dis à M. Desnoyers que Charles[16] le remercie mille fois de tous les soins éclairés qu'il a donnés à ses médailles qui en ont acquis pour lui un double prix, mais qu'il songe avec peine au grand travail que cela lui a donné. Je suis bien contente que maman aille bien, fais-lui de notre part les plus tendres amitiés et recommande-lui de se soigner et de faire un peu d'exercice.

Au revoir mon bon petit mari nous t'embrassons bien fort et te chargeons de nos meilleures amitiés pour Eugénie Auguste et Adèle

Tout à toi

F. Duméril

J'ai écrit à Mme Constant Say[17] au sujet de la mort de sa belle-mère[18].

Mille choses bien affectueuses à la famille Desnoyers. As-tu fait la remarque que les noms de nos petites-filles sont ceux de Mesdemoiselles Sergent.


Notes

  1. La lettre est rédigée sur papier deuil.
  2. Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff, a accouché de sa seconde fille, Emilie, le 14 février.
  3. Marie Mertzdorff, fille aînée de Caroline.
  4. Le moulin de l’Enchenberg où doivent s’installer les parents de Caroline.
  5. Charles Dunoyer le jeune, fils de Charles Dunoyer (1786-1862).
  6. Cécilia Sévelle, épouse d’Emile Rainbeaux.
  7. Mlle Maria non identifiée.
  8. Léon Duméril, fils de Félicité et Louis Daniel Constant.
  9. Théophile (Charles) Vasseur et son épouse Fidéline Cumont.
  10. Alexandrine Cumont, veuve d’Auguste Duméril l’aîné.
  11. Eugénie Duméril, épouse d’Auguste Duméril, sœur de Félicité.
  12. Adèle Duméril, fille d’Eugénie et Auguste.
  13. Alfred Edmond Alexandre Bommart, né à Douai en 1815, mort à Paris le 19 février 1861, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.
  14. Charles Auguste Duméril, frère de Félicité et Eugénie, ingénieur à Alençon.
  15. Eugénie Desnoyers.
  16. Charles Mertzdorff, gendre de Félicité et Louis Daniel Constant Duméril.
  17. Emilie Wey, épouse de Constant Say.
  18. Constance Maressal, veuve de Louis Say.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Mardi 26 février 1861. Lettre de Félicité Duméril (Vieux-Thann) à son époux Louis Daniel Constant Duméril (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_26_f%C3%A9vrier_1861&oldid=40905 (accédée le 18 août 2022).

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