Mardi 25 juillet 1876

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Cauterets) à ses beaux-parents Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité (Morschwiller)


original de la lettre 1876-07-25 pages 1-4.jpg original de la lettre 1876-07-25 pages 2-3.jpg


Cauterets Mardi 25 Juillet 76.

Mes chers Parents

Jusqu’à présent j’ai laissé le soin aux Enfants[1] & à Aglaé[2] pour vous tenir au courant de nos faits & gestes. Par votre dernière je sais que vous êtes enfin arrivés à Vieux-Thann & je vous assure que j’aimerais bien être à la maison pour vous y recevoir & ne pas laisser aux deux Jeunes[3] [le] soin de vous installer chez vous au moulin.

Par ces chaleurs j’espère que bonne-maman[4] profitera de Vogt[5] qui le plus souvent n’a rien à faire, elle doit déjà assez se fatiguer sans encore faire ce chemin si souvent & parfois par les plus grandes chaleurs. C’est à Léon[6] à veiller à cela & je crois déjà lui en avoir parlé.

Vous connaissez déjà notre installation & le genre de vie que nous menons ici ; je n’y reviendrai pas & comme nous ne sommes pas trop mal, grâce à la grande Maîtresse le temps passe assez vite car voilà Marie à son 15e bain & tout ce qui l’accompagne.

La chère Enfant a un peu meilleure mine qu’en arrivant. les premiers dix jours nous avons constaté un mieux assez sensible, mais par une cause que nous ne pouvons deviner sa gorge est de nouveau un peu plus rouge sans cependant qu’elle tousse bien plus ou qu’elle ait plus mauvaise mine. Aurions-nous fait quelques promenades un peu trop longues, cependant jamais elle ne se trouvait fatiguée en rentrant. Comme dans cette étroite vallée l’on ne peut sortir sans monter, & monter toujours, l’on transpire facilement & aurait-elle pris froid dans une de nos haltes qui durent généralement une ou 2 heures, car les uns travaillent & Emilie lit. Enfin est-ce les eaux qui excitent, c’est ce que le Docteur[7] nous dira demain, mais nous avons à faire à une vieille croûte qui n’offre pas grande sécurité dans ses conseils. d’abord il voit trop de monde & ne peut pas se rappeler l’état de son malade deux jours durant. Généralement me dit-on ces Eaux sont très excitantes & le bien qu’elles procurent ne se fait sentir qu’après. il se peut bien que la douche d’Eau pulvérisée qu’elle prend depuis 4 jours aide aussi à rougir un peu l’arrière-gorge qui est toujours la partie malade probablement avec une partie des bronches, car lorsque l’on demande Marie ce qui la fait tousser elle montre toujours les bronches. L’état général est bon, elle a de l’entrain & bon appétit.

Emilie a une mine à faire envie, son plus grand bonheur est nager dans la grande piscine où elle fait toutes les prouesses d’un jeune marsouin. C’est le type de l’Enfant bien portant & le boute-en-train de la petite bande.

Aglaé suit assez religieusement, comme moi du reste, & nous tous, le traitement, mais elle aussi n’a pas toujours bonne mine, elle se sent trop souvent fatiguée sans motif & je crois qu’elle va reprendre les douches d’Eau froide, avec cela elle a bon appétit & généralement dort bien me dit-elle.

De grandes excursions nous les réservons pour la fin de la saison s’il y a lieu en ce moment il faut modérer l’envie des Enfants de voir toutes les beautés du pays.

J’ai reçu la lettre de Léon & voulais lui répondre à propos d’une question qu’il me fait pour placer Martin Stackler à Vieux-Thann. Je ne verrais aucunes difficultés autre que dans ses appointements ; [qu'il était à] Morschwiller avec des appointements d’employé & nous ne pouvons en faire un contremaître sans augmenter considérablement les nôtres qui réclament depuis longtemps. C’est à quoi il faut avoir égard en le plaçant à Vieux-Thann.

Nous vivons un peu en ours ici ; Aglaé n’aime pas le monde & nous le fuyons, ce n’est que dans les diverses stations où toute la foule se rencontre pour la boisson ou le gargarisme que l’on se voit & l’on se borne à des petits bonjours. Les Alsaciens sont assez nombreux ici & sont généralement ensemble. Soit à jouer au croquet ou au Whist ; deux jeux que je ne connais pas & franchement je préfère rester avec mes enfants qu’avec des personnes que je connais à peine.

Ce n’est pas la 1ere saison que fait M. J. Roederer DelaRoche[8] ici, il y était déjà l’année passée. Du reste il n’a pas une mine florissante, il loge à l’hôtel de France & j’irai lui rendre ma visite. Un nouvel arrivant que j’ai rencontré hier c’est Reinhardt le confiseur (Siraudin[9] à Paris).

Je vous embrasse & suis chargé de mille caresses de tout mon monde pour vous.
votre dévoué Chs Mff


Notes

  1. Marie et Emilie Mertzdorff.
  2. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (la « grande maîtresse »).
  3. Georges Duméril et Léon Duméril.
  4. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  5. Ignace Vogt, cocher de Charles Mertzdorff.
  6. Léon Duméril.
  7. En 1877 on compte 20 médecins indépendants à Cauterets, ainsi que deux médecins inspecteurs des eaux, le docteur Cardinal et son adjoint le docteur Évariste Michel. (René Flurin, Histoire de Cauterets, Éditions Créer, 2006).
  8. Jules Emile Roederer.
  9. Paul Siraudin.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 25 juillet 1876. Lettre de Charles Mertzdorff (Cauterets) à ses beaux-parents Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité (Morschwiller) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_25_juillet_1876&oldid=40890 (accédée le 13 août 2022).

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