Dimanche 30 juillet 1876

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) à Aglaé Desnoyers (épouse d’Alphonse Milne-Edwards) (Cauterets)

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Du Moulin 30 Juillet 1876.

Mille remerciements, ma bien chère Aglaé, pour ta bonne lettre que j’ai reçue avec tant de plaisir. Celle de notre chère petite Marie[1], celle de son bon père[2] nous ont procuré également de bien bons moments.

Ce séjour à Cauterets aura avec le temps une heureuse influence sur notre chère enfant[3], Léon[4] nous disait que pendant la durée du traitement on ne se sent pas soulagé, les eaux étant très excitantes le bien qu’elles procurent ne se fait sentir que plus tard. Je vois d’après ce qu’a dit Charles que nous ne pouvons guère espérer avoir le bonheur de vous posséder en Alsace cet automne, malgré cette déception, je suis la première à dire qu’avant tout, il faut songer à la santé. Bonne chère Aglaé, nos chères petites[5] trouvent en toi, une jeune mère aussi tendre qu’éclairée et dévouée. Dans nos épreuves tu es venue à nous comme un bon ange. J’ai bien des excuses à t’adresser pour le retard que j’ai mis à t’écrire, mais cela n’est nullement ma faute, un déménagement[6] tel que le nôtre n’est pas une petite affaire, enfin à présent nous voilà au Moulin ; peu à peu les choses s’éclairciront et permettront que nous soyons fort bien installés ici grâce aux bontés continuelles de notre cher Charles qui n’a rien négligé pour rendre notre nouvelle habitation commode et agréable.

Combien nous sommes profondément touchés, bonne Aglaé, de la demande que tu nous fais d’habiter chez toi la première fois que nous irons à Paris. Je t’en remercie mille fois et du fond du cœur. Ici nous allons tous fort bien pour la santé, ma sœur[7] m’écrit qu’elle, et toute sa famille[8] se plaisent beaucoup à Granville où l’on trouve toutes les facilités de la vie et où l’on jouit d’un magnifique panorama. Leur appartement est aussi commode qu’agréable. Les enfants ne peuvent se baigner, mais l’air de la mer les fortifie, et on espère qu’Adèle en retirera un bon effet. La petite Louise ressent déjà le résultat qu’on espérait du changement d’air et des stations prolongées au bord de la mer : son appétit est excellent, et elle prend de bonnes joues avec les couleurs de la santé. Elle et sa sœur sont presque débarrassées de la maladie de la  coqueluche, les trois garçons toussent encore fréquemment, quoique les quintes commencent à devenir moins violentes. Félix Soleil arrive le samedi soir et retourne à Flers le Dimanche soir, il aura prochainement son congé annuel de trois semaines. Marie Fröhlich accompagnée de sa femme de chambre va arriver à Granville chez ma sœur pour y passer un mois. Quant à mon frère[9] nous savons indirectement qu’il est à Vichy avec Clotilde et qu’il doit y rester jusqu’au 10 Août. Nous voyons souvent en pensée nos chères petites nageant à qui mieux mieux. Ce bon teint coloré et hâlé de notre petite Emilie nous fait tant de plaisir parce que c’est la marque de la santé. Elle est le petit boute-en-train animant et égayant tout son monde.

Quand tu écriras à Paris rappelle-nous au bon souvenir de chacun, embrasse pour moi ta bonne mère[10] dis à M. Alphonse[11] que je suis contente de penser qu’il va bientôt vous arriver avec le bon petit Jean[12] pour la santé duquel je fais aussi bien des vœux. Ce séjour à Biarritz lui sera bon, je l’espère bien.

Je te quitte, ma bonne Aglaé en t’embrassant comme je t’aime ainsi que Charles et les chères enfants.
Félicité Duméril

Quelle agréable et charmante visite que celle de Madame Arnould[13] accompagnée de Mlle Mathilde.
Ce sera probablement à la fin de la semaine prochaine que nous quitterons la maison de Charles pour venir au Moulin. M. Heuchel[14] a mis bien de l’amabilité et de l’empressement dans notre affaire de déménagement.


Notes

  1. Marie Mertzdorff, petite-fille de Félicité Duméril.
  2. Charles Mertzdorff.
  3. Marie Mertzdorff.
  4. Léon Duméril.
  5. Marie et sa sœur Emilie Mertzdorff, filles de Caroline Duméril (†).
  6. Les Duméril ont quitté Morschwiller.
  7. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  8. Adèle Duméril, son époux Félix Soleil et leurs enfants : Marie, Léon, Pierre, Louise et Auguste Soleil.
  9. Charles Auguste Duméril, père de Clotilde, épouse de Charles Courtin de Torsay.
  10. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  11. Alphonse Milne-Edwards.
  12. Jean Dumas.
  13. Paule Baltard, épouse d’Edmond Arnould et mère de Mathilde Arnould.
  14. Georges Heuchel.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 30 juillet 1876. Lettre de Félicité, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) à Aglaé Desnoyers (épouse d’Alphonse Milne-Edwards) (Cauterets) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_30_juillet_1876&oldid=52364 (accédée le 26 juin 2022).

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