Mardi 24 et mercredi 25 novembre 1874

De Une correspondance familiale



Lettre de Marie et Emilie Mertzdorff (Paris) à leur père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1874-11-24 pages 1-4.jpg original de la lettre 1874-11-24 pages 2-3.jpg


Mardi soir 24 9bre 74.

Mon bon petit Père,

Combien d’excuses n’ai-je pas à te faire ! Comme Dimanche j’ai laissé passé l’heure de la poste mais aujourd’hui il n’était plus temps du tout. Mon cher petit papa n’es-tu pas trop mécontent de ta pauvre grosse ? c’est la dernière fois, elle sera bien exacte maintenant. J’ai bien pensé à 3h ½ à t’écrire mais je récitais mon <Pautex> à tante[1] et j’ai remis la chose pensant avoir encore bien le temps puis Lucile Denormandie est arrivée et est restée fort longtemps, bref 6h sonnait quand j’ai de nouveau pensé à toi et toute poste grande ou petite était passée.

Il est 8h je t’écris par avance car demain Mercredi je crains de n’en pas avoir le temps ayant encore pas mal de leçons à repasser vieille habitude que tu connais et dont on ne peut pas se défaire.

Nous sommes en haut dans notre chambre car oncle[2] a dîné chez M. Grandidier[3] avec lequel il va aller au spectacle voir le tour du monde en 80 jours[4] pour lequel avoir cette loge M. Grandidier est inscrit depuis 3 semaines tant la chose est courue.

Hier Lundi nous avons fait une bonne course car il faisait bien beau. Après avoir travaillé et avoir fait dans mon style des dissertations philosophiques sur le but de la vie nous sommes parties chez Mme Bureau[5]. Mais nous l’avons rencontrée sur le pont de la Tournelle. Alors nous avons dirigé notre course vers Mme Vaillant[6] où nous avons carillonné vainement sans arriver à bonne fin nous avons ensuite été chez Mme Dumas[7] pour lui souhaiter sa fête mais elle était sortie et nous avons fini par Mme Camille Trezel[8] qui est toujours souffrante elle tousse beaucoup et en a paraît-il encore bien pour une quinzaine de jours au moins.

Nous étions ici à 3h ½ juste pour Mlle Bosvy. Je crois que tu étais encore là lors des grandes discussions sur les mots pétaie et ablustre figurant dans ma grammaire, et inconnus à tout le monde, et qu’oncle pour cette raison appliquait à tout. Le premier est une faute d’impression en recherchant bien nous avons vu pétale mal imprimé quand au second nous continuons nos recherches mais elles sont infructueuses tous les dictionnaires de la maison y ont passé (et certes il y en a) et nul ne répond.

Aujourd’hui nous avons été passer une heure chez Mme Pavet[9] où nous avons beaucoup sauté à la corde Jeanne[10] va mieux mais est toujours au lit. Bonne-maman D.[11] n’est pas encore bien rétablie, elle ne tousse pas mais se lève à peine une heure par jour est encore très faible cependant M. Dewulf[12] ne voit rien d’inquiétant.

Tante n’a eu personne aujourd’hui si ce n’est Mme Denormandie[13] et sa fille, jeune fille très gentille dont je crois t’avoir parlé. Ce soir il fait un temps splendide mais il fait bien frais.

Ce matin nous avons eu Mlle Poggi[14]. Jean[15] part se coucher. Je ne sais si demain matin je vais avoir le temps d’aller chez le dentiste[16] je le désirerais assez car hier j’ai une dent qui s’est un peu cassée hier elle est maintenant terminée d’une manière tellement aiguë que cela me fait mal à la langue.

Bonsoir, mon petit papa mignon, à demain matin un petit bonjour encore. Qui sait peut-être que juste en ce moment tu penses à nous, tu nous écris, car je crois que les cent lieues de distance n’empêchent pas notre nos pensées de se rencontrer bien souvent.

Mais j’oublie de te remercier de ta bonne et excellente lettre qui nous tu le sais nous a fait énormément de plaisir.

Bonjour mon petit papa chéri as-tu bien dormi nous nous sommes acquittées de ce devoir et nous sommes toutes prêtes à partir en cours. Je t’écris en attendant Mlle Duponchel[17]. Il fait un temps splendide et du soleil etc. mais ce matin il faisait bien froid.

Mon papa chéri voilà Mlle Duponchel qui est là et je viens te dire de la part de Marie[18] et de la mienne que nous t’embrassons bien bien fort et que nous te chargeons d’en faire autant à ce cher bon-papa et à cette chère bonne-maman[19]. <   > tante Georges[20]. Papa chéri je te recommande bien de ne pas oublier <   >

J’espère bien que je ne manquerai pas au cours mais c’est tout de <  >

As-tu les <     >

Tes filles qui t’aiment et t’embrassent bien bien encore   

M et E Mertzdorff


Notes

  1. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  2. Alphonse Milne-Edwards.
  3. Probablement Alfred Grandidier.
  4. Le Tour du monde en quatre-vingts jours est une pièce écrite par Jules Verne et Adolphe Dennery, d'après le roman du premier, représentée pour la première fois le 7 novembre 1874 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin.
  5. Marie Decroix, épouse d’Édouard Bureau.
  6. Henriette Jeanne Hovius, épouse de Léon Vaillant.
  7. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  8. Louise Ida Martineau, épouse d’Antoine Camille Trezel.
  9. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  10. Jeanne Pavet de Courteille.
  11. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  12. Le docteur L.J.A. Dewulf.
  13. Marguerite Amélie Guyot-Sionnest, épouse de Victor Paul Denormandie et mère de trois filles, dont Lucile.
  14. Mlle Poggi, professeur de piano.
  15. Jean Dumas.
  16. E. Pillette, dentiste.
  17. Marie Louise Duponchel, professeur de dessin.
  18. Marie Mertzdorff.
  19. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  20. Elisabeth Schirmer, épouse de Georges Heuchel.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 24 et mercredi 25 novembre 1874. Lettre de Marie et Emilie Mertzdorff (Paris) à leur père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_24_et_mercredi_25_novembre_1874&oldid=51784 (accédée le 8 août 2022).

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