Lundi 9 et mardi 10 septembre 1816

De Une correspondance familiale

Lettre d’Alphonsine Delaroche (Le Havre) à son mari André Marie Constant Duméril (Laon) via sa mère à Paris

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Lundi 9 Septembre 1816

Maman[1] t’aura dit, mon cher ami, que j’ai reçu ta bonne lettre avant-hier au moment où je lui écrivais : Je te remercie beaucoup des divers détails qu’elle contient ; mais j’ai appris avec regrets que tes maux de tête avaient duré depuis mon Départ ; Maintenant qu’ils ont pris congé j’espère que tu ne les laisseras pas revenir. Je suis bien contente que ton cours[2] soit fini, puisque tu as tant d’autres occupations. Je pense que le dîner d’hier à la maison se sera bien agréablement passé ; Je serai bien aise de savoir comment on aura pris la nouvelle du voyage de Mlle de Carondelet. J’ai regret que vous ne partiez pas plutôt le 16 à 5 à cinq heures du soir que le 17 au matin ; il me semble qu’il est plus agréable d’arriver le soir que dès le matin ; Néanmoins nous serons tous prêts pour vous recevoir ; et nous ferons la convention avec la voiture dont on se sert ordinairement chez mon frère[3], qu’elle vous attende à l’arrivée du vélocifère pour vous amener de suite ici avec vos malles et paquets. Il me semble que cet arrangement vous sera très commode, le cocher auquel vous aurez affaire est très honnête. Tu me fais grand plaisir en m’apprenant que tu t’es commandé habits, culottes et gilets ; Je voulais justement te reparler de cela. Je suis très sensible à la manière détaillée dont tu me parles des recettes et des dépenses. Si réellement on vous paye à l’Ecole de médecine, j’en serai extrêmement contente. Je crois bien t’avoir prié à mon départ de régler le compte du domestique, tu auras trouvé réunies les notes de ses dépenses ; Je lui avais payé son premier mois le jour de mon départ. Tu voudras bien ne pas partir sans remettre à maman de l’argent pour le ménage. Tu voudras bien aussi m’en apporter un peu car tu sais que j’en avais emporté très peu, j’en aurai besoin ici à mon départ ; Je pense que ce qui m’est dû par Cécile[4] et par M. Duroveray[5] me sera remis en mandats chez sur MM. Delessert. Tu ne me parles point du payement fait à Mlle Romane, je pense que cette somme aura été prise sur le billet changé, ou prêté par maman à qui tu as peut-être oublié de le rembourser. Si cela est, veuille je te prie réparer cet oubli. J’ai oublié jusqu’à présent de vous parler d’Alphonse de Carondelet que j’ai vu trois fois ; le lendemain de mon arrivée il est venu l’après-dîner me faire une visite ; La semaine dernière il fut invité à dîner, et hier dimanche il vint dans la matinée faire visite, il vint promener avec nous, et au retour de la promenade mon frère le retint à dîner. Il est très occupé, ce qui est une chose très importante, il paraît encore un peu triste d’être séparé de tout son monde ; Je vois pourtant qu’au total son genre de vie ne lui déplait pas, et il est très bien portant. Il se réjouit extrêmement de voir sa sœur. Il n’a pas encore perdu l’habitude de dire (moi), mais il est bien à croire que peu à peu cela arrivera, au reste tu sais qu’il ne le dit pas avec un air de présomption ce qui fait qu’on le lui pardonne mieux.

Nous avons visité avant-hier une bonne partie de la ville, et des bassins, et nous fûmes au bout de la jetée. dimanche nous avons fait une jolie promenade du côté de la campagne de M. Armand[6].

Ce 10 Septembre. Ce n’est qu’hier soir, depuis que tout ceci est écrit que je me suis rappelée que tu fais le voyage de Laon avant celui du Havre et que c’est justement hier soir que tu as dû partir. Je vais envoyer cette lettre à maman afin qu’elle en prenne lecture plutôt que de lui redire les mêmes détails, et après cela elle te la fera parvenir à Laon, ou te la gardera si elle juge qu’elle ne puisse pas arriver assez tôt dans cette ville pour t’y trouver encore.

J’espère bien que tu m’écriras quelques lignes à travers ton Jury. Si M. Cloquet[7] est avec toi je te prie de lui faire mille compliments de ma part. J’avoue que ce n’est pas sans quelque chagrin que je vois son affaire se terminer d’une manière si rapide ; connaissant aussi peu la Demoiselle, qu’il le fait, il me semble que c’est mettre à la loterie ; mais j’espère, que vu tout son mérite, le ciel permettra que cette union soit pour son plus grand bonheur.

Je ne peux pas penser sans émotion à toute celle qu’éprouvera cette nouvelle.

Adieu mon bien bon ami. Constant[8] a eu du rhume ces jours-ci mais avec des vêtements chauds, de l’eau et du lait chaud en se couchant cela n’a point eu de durée, il est très bien aujourd’hui il a même assez bon teint, il a un excellent appétit, Auguste de même ; ce cher petit a une mine resplendissante aussi je crois qu’à son arrivée ici tu ne seras pas mécontent de son air.

Si l’on a donné par erreur de l’eau de Sedlitz au lieu d’eau de Seltzer[9], il n’est point étonnant qu’elle agisse comme médecine.


Notes

  1. Marie Castanet, veuve de Daniel Delaroche.
  2. André Marie Constant Duméril assure un cours au Muséum.
  3. Michel Delaroche.
  4. Cécile Delessert épouse de Michel Delaroche.
  5. François Etienne Duroveray, époux d’Elisabeth Delessert.
  6. Armand Delessert.
  7. Hippolyte Cloquet.
  8. Louis Daniel Constant, et Auguste, fils d’AMC Duméril.
  9. L’eau de Sedlitz (village de Bohême), eau minérale chargée d'une assez forte proportion de sulfate de magnésie, est purgative. L’eau de Seltzer (ou Seltz), eau minérale naturellement gazeuse à haute teneur en bicarbonate de soude, est rafraîchissante, apéritive et légèrement diurétique ; elle provient de sources allemandes (en Hesse), mais vers 1830, pour répondre à une forte demande, on commence à fabriquer de l’eau de Seltz artificielle, par adjonction de dioxyde de carbone.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril à sa femme, p. 159-163)

Annexe

A Monsieur

Monsieur C. Duméril

Président du Jury de Médecine,

à la Préfecture à Laon

Département de

Pour citer cette page

« Lundi 9 et mardi 10 septembre 1816. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Le Havre) à son mari André Marie Constant Duméril (Laon) via sa mère à Paris », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_9_et_mardi_10_septembre_1816&oldid=40632 (accédée le 10 août 2022).

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