Lundi 2 septembre 1816

De Une correspondance familiale


Lettre d’Alphonsine Delaroche (Le Havre) à son mari André Marie Constant Duméril (Paris)


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238 B

Lundi 2 Septembre 1816

C’est à toi mon cher ami que je m’adresse aujourd’hui, je te remercie des 2 pages que j’ai reçues de toi avant-hier ; je remercie aussi maman[1] de celles qu’elle y avait jointes ; Je pense qu’elle aura reçu en leur temps mes deux lettres, l’une courte et l’autre bien plus longue, mais remarquablement griffonnée. Si vous avez eu avant-hier et hier le même temps que celui qu’il a fait ici vous en aurez bien gémi pour nous ; hier surtout la pluie et le vent n’ont pas cessé. Aussi avons-nous passé notre dimanche le plus tranquillement possible, mon frère[2] n’est point allé en ville ; par moment il nous a fait la lecture. Nous avons travaillé Cécile[3] et moi, et les enfants ont assez bien passé leur journée avec un peu de peinture à leur manière et divers jeux. Avant-hier nous eûmes un dîner d’Anglais, Entre autre une famille, composée d’un M. (lequel est négociant) sa femme et sa sœur, cette première ne dit pas un mot de français, mais elle est jolie femme et très agréable, sa belle-sœur a un air un peu moins distingué mais parle fort bien le français. Parmi les Messieurs qui étaient à ce dîner était un M. Davidson qui vint te consulter un matin il y a quelques temps, et que je reçus d’abord pour lui dire que tu étais très pressé, et que tu reçus pourtant parce qu’il assura qu’il n’avait qu’un mot à te dire. Mon frère était alors à Paris et le reçut un moment, après que la consultation fut finie. Ce M. connaît Genève et la famille Odier[4], on le plaça près de moi à table, de manière que nous causâmes un peu ensemble. Il demeure au Havre avec son frère. Demain on aura à dîner des américains. Nous voudrions faire tous les jours une bonne promenade, mais si le temps reste aussi variant ces promenades seront bien contrariées et cela me contrariera beaucoup. Quant aux bains de mer on ne sait si on pourra y revenir.

Il est bien temps que je te parle de ton projet de m’enlever Auguste[5] ; il y a là-dedans du pour et du Contre. Je sens tout le plaisir que tu auras à le conduire à ta mère[6], et c’est pour cela que je n’y mettrai pas d’obstacle ; mais je ne comprends pas comment tu te tireras d’affaire avec ce petit, sans bonne, pendant le voyage, il me semble que ce sera pour toi un grand embarras et que le petit pourrait n’être pas fort bien, car le sexe masculin n’entend pas grand-chose aux petites douilletteries qu’il faut à un enfant de cet âge. Tu ne me dis pas non plus si c’est par la voiture publique ou avec ta chaise que vous viendrez. mais je présume que tu comptes toujours prendre cette première manière de cheminer. Cécile se chagrine de ce que ton séjour sera aussi court, je m’en chagrine aussi un peu, et je croyais bien que dans le cas où tu ne ferais pas de Jury à Rouen tu resterais un peu plus au Havre. Toujours se réjouit-on bien de te voir. J’espère que depuis mon départ tu n’auras pas eu de migraine, et que maman toi et ma Tante[7], vous êtes tous en bonne santé. Méchamment et en Egoïste je voudrais presque que tu éprouvasses un peu d’ennui afin que tu goûtasses une véritable et grande joie quand tu te retrouveras chez toi avec ta compagne et tes enfants. Tu as sûrement quelques invitations à dîner ; Je languis de savoir si vous pourrez arranger ce dîner des Duroveray et des Rham.

Constant[8] comme je l’avais prévu est assez paresseux ici ; J’espère pourtant que j’obtiendrai un peu plus que je n’ai obtenu jusques à présent. Il a bon appétit et bonne mine ainsi que son frère qui est doux et très gentil.

Adieu mon très cher Mari. Je t’embrasse et t’aime avec tendresse.


Notes

  1. Marie Castanet, veuve de Daniel Delaroche.
  2. Michel Delaroche.
  3. Cécile Delessert épouse de Michel Delaroche.
  4. La famille Odier compte parmi ses membres Louis Odier (1748-1817), professeur de médecine à l’Académie de Genève depuis 1799, promoteur de l’hygiène publique dans cette ville.
  5. Auguste, âgé de quatre ans, fils cadet d’AMC Duméril.
  6. Rosalie Duval.
  7. Elisabeth Castanet.
  8. Louis Daniel Constant, fils aîné d’AMC Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril à sa femme, p. 146-149)

Pour citer cette page

« Lundi 2 septembre 1816. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Le Havre) à son mari André Marie Constant Duméril (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_2_septembre_1816&oldid=40357 (accédée le 15 août 2022).

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