Lundi 4 janvier 1802, 14 nivôse an X

De Une correspondance familiale

Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son frère Désarbret (Amiens)

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n° 140

Mon cher ami, il y a longtemps que j'ai l'intention de t'écrire et que je remets de jour en jour, je ne sais trop pourquoi, le plaisir que je trouve à le faire. il y a longtemps que j'avais commencé une lettre qui est restée à moitié faite sur mon bureau. j'ai mandé cela à Reine[1], par manière d'acquit, elle te l'a redit et elle m'annonce que tu ne m'as pas cru. ma foi je ne vois pas pourquoi je chercherais à te le prouver. je sais bien que je te dois trois ou quatre réponses. en voilà une enfin par laquelle tu sauras que je fais toujours mes deux cours d'anatomie et d'histoire naturelle. que tous les jours, et par arrangement, je dîne chez Cuvier et que j'y travaille à la suite de l'anatomie comparée. que presque tous les soirs je suis occupé à l'école de médecine pour des examens ou dans les sociétés savantes.

en parlant d'examen le Citoyen Terral, pour lequel tu m'as écrit et je me suis intéressé, a soutenu son premier et s'en est tiré avec honneur[2]. Le même jour et immédiatement après, le 12, Lousier a soutenu sa thèse. il avait pris pour sujet une question anatomique et Physiologique : celle de la sécrétion du lait qu'il a traitée de manière à se faire beaucoup d'honneur[3].

L'affaire de Duméril[4] a été jugée hier. il l'a perdue. je ne suis arrivé à l'audience que vers la fin, pendant la réplique de Saladin. Mais ce qui m'a paru bien étonnant c'est que les juges ont fait mine de conférer et que le jugement qui était sur le bureau écrit d'avance, et les avocats non entendus, a été lu par le président à la suite de cette simagrée de conciliabule dont il paraissait être le résultat.

Auguste[5] m'a dit ce matin qu'il écrirait ce soir à la maison. dis à Reine que je lui écrirai un de ces soirs. que Madame Beaurain m'a remis une lettre pour elle mais qu'elle est trop grosse pour que j'en charge la poste. à la première occasion je répondrai à Montfleury. en attendant rappelle-moi à l'amitié de sa femme[6].

Adieu je t'embrasse ainsi que Papa et Maman[7].

ton frère C. Duméril

14 Nivôse an dix.


Notes

  1. Reine Duméril, leur sœur.
  2. Cette dissertation de Pierre Terral, Essai sur l'érysipèle, est immédiatement publiée.
  3. Cette Dissertation anatomique et physiologique sur la sécrétion du lait de E. E. Lousier est également publiée.
  4. Jean Charles Antoine dit Duméril, leur frère.
  5. Auguste Duméril (l’aîné), leur frère.
  6. Florimond dit Montfleury (l’aîné), leur frère, a épousé Félicité Vatblé en 1797.
  7. François Jean Charles Duméril et Rosalie Duval.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 2ème volume, p. 98-100)

Annexe

au citoyen Joseph Duméril, avoué

petite Rue Saint Rémy n° 4804

A Amiens

Pour citer cette page

« Lundi 4 janvier 1802, 14 nivôse an X. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son frère Désarbret (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_4_janvier_1802,_14_niv%C3%B4se_an_X&oldid=40554 (accédée le 18 août 2022).

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