Lundi 1er juillet 1861

De Une correspondance familiale


Lettre de Félicité Duméril et de sa fille Caroline, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à leur nièce et cousine Adèle Duméril (Paris)


original de la lettre 1861-07-01 pages1-4.jpg original de la lettre 1861-07-01 pages2-3.jpg


Vieux Thann 1er Juillet 1861[1]

Reçois toutes nos félicitations, ma bien chère Adèle, sur le beau succès que tu viens d'avoir et qui doit causer une bien grande joie à tes bons parents[2], tu le vois, les enfants peuvent donner de ces moments remplis de la plus délicieuse émotion que le père et la mère n'oublient jamais et qu'ils s'empressent d'inscrire parmi les jours les plus heureux. Nous t'embrassons autant que nous t'aimons, et hier nous parlions sans cesse de toi, nous te voyions, nous voyions ton entourage que tu sais rendre si heureux, continue ma bien chère Adèle, et les nobles et bons sentiments qui te distinguent seront constamment chez toi les compagnons fidèles de l'instruction et de l'intelligence. Combien je comprends l'émotion de mon frère[3] lorsque tu es allée lui annoncer la bonne nouvelle. Une douleur comme la sienne doit absorber et ébranler toute la famille, il n'y a certainement que la piété qui puisse apporter quelque soulagement à des chagrins aussi profonds. Je vois sans cesse notre chère Adine, son énergie, son courage, son attachement à sa famille et ses solides qualités se présentent sans cesse à mon esprit. Dernièrement en lui écrivant un petit mot je me sentais tout émue et ma plume tremblait entre mes doigts. Quelque tristes que soient les nouvelles concernant sa santé, nous prions bien fort ton bon père de nous tenir au courant de tout ce qui y a rapport.

Caroline va t'écrire quelques lignes dans cette lettre je ne te dirai rien par conséquent de ma bonne fille ni de ses fillettes[4] que je trouve de plus en plus gentilles. Je te quitte ma chère enfant en t'embrassant de tout cœur ainsi que tes bons parents et ma bonne mère[5].

F. Duméril

Je ne puis te dire, ma chère Adèle, combien j'ai joui en recevant la bonne nouvelle que tu m'as annoncée, j'avais bien bon espoir que ton succès serait complet mais enfin tant de circonstances peuvent survenir sans qu'on s'y attende que l'on est bien heureux d'avoir une certitude et de sentir les épreuves derrière soi. Je te félicite du fond du cœur d'avoir si bien conservé tes facultés et d'avoir vu récompenser ainsi publiquement toutes les peines que tu as prises depuis longtemps ; tes bons parents ont dû éprouver un bonheur bien grand, plus vif peut-être encore que le tien car il n'y a rien de plus doux pour les parents que le succès de leurs enfants ; dis bien à mon oncle et à ma tante combien nous avons partagé leur joie et reçois particulièrement les félicitations de Charles[6] qui a pris un vif intérêt à ton succès

Je n'ai pu te répondre plus tôt parce que depuis deux jours nous étions en fête, fête qui n'a lieu que tous les cent ans, en l'honneur de St Thiébaud et du miracle qui a amené la fondation de Thann ; malheureusement le temps a été affreux et la ville qui était entièrement décorée et pavoisée n'a guère eu de chance. L'évêque[7] était ici et hier à la procession on comptait 200 prêtres dont 30 en habits d'officiant, on ne peut se faire une idée du monde que cette fête a attiré de la Lorraine, des Vosges et de tous les villages de l'Alsace car St Thiébaud est un saint en grande vénération.

Toutes nos santés sont bonnes ici ; voilà que ma petite Mimi passe d'excellentes nuits depuis que ses dernières dents sont percées ; elle mange aussi beaucoup plus, enfin elle est le mieux possible ; quant à sa petite sœur, c'est un vrai roger bon temps[8] ; elle rit toujours et trouve toujours quelque chose pour s'amuser. Je te prierai ma chère Adèle, de bien remercier Emilie[9] de sa bonne lettre à laquelle j'ai été bien sensible, sois aussi je te prie l'interprète de nos sentiments de respect et d'affection auprès de bonne-maman, de tes parents, de mon oncle et de ma tante[10] et reçois pour toi-même avec nos plus tendres amitiés les meilleurs baisers de ton affectionnée

Crol

Comme toi nous avons des poules qui nous intéressent beaucoup et de plus des petites oies qui se développent étonnamment vite. Mille choses affectueuses à Emilie Sergent et à Antonine[11]. Ne nous oublie pas auprès de Louise[12]


Notes

  1. La lettre est rédigée sur papier deuil.
  2. Eugénie et Auguste Duméril.
  3. Charles Auguste Duméril, époux d’Alexandrine (dite Adine) Brémontier, gravement malade.
  4. Marie et Emilie Mertzdorff.
  5. Alexandrine Cumont, veuve d’Auguste Duméril l’aîné.
  6. Charles Mertzdorff, époux de Caroline.
  7. André Raess (1794-1887), évêque de Strasbourg.
  8. Un roger-bontemps (orthographe du Littré) désigne familièrement quelqu'un qui est toujours de bonne humeur.
  9. Probablement Emilie Sergent.
  10. Caroline mentionne ici les personnes déjà citées par sa mère : Alexandrine Cumont, Eugénie et Auguste Duméril, Charles Auguste et Alexandrine (Adine) Duméril.
  11. Antonine de Gérando Teleki.
  12. Louise, domestique.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 1er juillet 1861. Lettre de Félicité Duméril et de sa fille Caroline, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à leur nièce et cousine Adèle Duméril (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_1er_juillet_1861&oldid=41217 (accédée le 13 août 2022).

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