Jeudi 31 juillet 1879

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1879-07-31 pages 1-4.jpg original de la lettre 1879-07-31 pages 2-3.jpg


Paris 31 Juillet 1879.

Mon Père chéri,

Voilà bien longtemps que je ne t’ai écrit et cependant si tu savais combien je pense à toi ; mon esprit voyage sans cesse et va bien souvent te faire des petites visites seulement il a quelquefois bien de la peine à te trouver car je ne sais pas si tu as déjà commencé ta saison de Wattwiller et alors je me promène sur les grandes routes demandant si on n’a pas vu mon papa et crois moi c’est très fatigant car tout le monde ne répond pas la même chose et je crois que je n’aurai de renseignements précis qu’en m’adressant directement au cher voyageur. Mais il est midi et en toute sûreté je peux venir assister à ton dîner dans la salle à manger de Vieux-Thann, je suis certaine de t’y trouver. Comme il fait chaud depuis quelques jours, mon Père chéri, tout le monde est bien content mais moi qui n’aime pas la chaleur je commence un petit peu à gémir ; on nous avait annoncé pour hier une tempête mais nous n’avons eu que du soleil ; aujourd’hui le ciel est gris et il fait très lourd, peut-être quelque petit nuage va-t-il fondre sur nous ? Ce temps doit être bien bon pour la campagne.

Hier malgré la chaleur nous avons fait plusieurs courses indispensables comme préparatifs de départ je n’entreprendrai pas de te les énumérer car je pense que cela t’intéresserait fort peu de savoir que nous avons stationné longtemps au bon Marché, que tante[1] nous a acheté 2 très jolies ombrelles grises légères, &&&&& je passerai donc notre journée sous silence ; nous avons fini seulement en allant en voiture voir Jeanne Pavet[2] à Vaugirard ce que nous n’avions pas fait depuis longtemps, elle paraît comme toujours très gaie et très heureuse. Le soir nous avons eu la famille à dîner ainsi que tante Eugénie[3] et M. Brongniart[4]. Tante Eugénie est repartie ce matin à 8h pour Flers[5], elle alla va parfaitement bien et je ne comprends pas (cela l’étonne elle aussi !) comment elle a pu si bien résister à la vie fatigante qu’elle mène a menée à Paris. Il lui est arrivé quelque chose de bien bizarre, figure-toi (c’est bien hardi à moi de me lancer dans de telles descriptions par lettre car jamais tu ne comprendras pas en dépit des mes alors et mais que je vais prodiguer) donc tante Eugénie reçoit il y a quelques jours une lettre de sa cousine Mme Devot[6] lui racontant avec beaucoup de détails le mariage du frère de son gendre, M. Hervouët[7], qui venait d’épouser une jeune fille[8] de Nantes ; tante E. lit tout cela avec beaucoup d’intérêt puis n’y pense plus. Elle couchait à l’hôtel au 3e étage n’ayant à côté d’elle qu’une seule chambre habitée et un peu ennuyée de cette solitude elle demande au garçon quels sont ses voisins ; celui-ci lui répond que c’est un jeune ménage qui arrive de Bretagne ; ce mot là rappelle à tante E. la lettre qu’elle vient de recevoir et tout en riant au rapprochement qu’elle veut faire elle demande le nom des jeunes époux, juge de sa surprise en apprenant qu’ils s’appellent M. et Mme Hervouët ! Elle leur fait dire aussitôt qui elle est et combien elle serait heureuse de les voir et le lendemain matin un Monsieur vient frapper à sa chambre ; en le voyant tante E. s’écrit ô mon Dieu Monsieur que nous ressemblez à mon cousin je croirais le voir ! Mais Madame je suis en effet moi-même votre cousin, je suis arrivé cette nuit pour voir mon frère et sa femme et ayant appris que vous étiez leur voisine je m’empresse de venir vous voir. Est-ce drôle ? Il faut être en voyage pour qu’il vous arrive de ces aventures-là. Il paraît que M. Hervouët était venu voir l’année dernière tante Eugénie au Borysthène[9] et que cet hôtel lui ayant paru bien il l’avait indiqué à son frère.

Adieu, mon Papa chéri, je t’embrasse de tout mon cœur comme je t’aime and you know it is very very much !
your Mary

J’embrasse bien fort bon-papa et bonne-maman[10]. Emilie[11] a très envie de prendre un bain froid, nous irons peut-être cette après-midi.


Notes

  1. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  2. Jeanne Pavet de Courteille, en pension.
  3. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  4. Probablement Edouard Brongniart.
  5. Flers, où vit sa fille, Adèle Duméril-Soleil.
  6. Clémentine Declercq, épouse de Félix Devot et mère d’Adèle.
  7. L’époux d’Adèle Devot, François Hervouët, a un frère Henri Hervouët.
  8. Françoise Ménard, épouse d’Henri Hervouët.
  9. L’hôtel du Borysthène se trouve rue de Vaugirard.
  10. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  11. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 31 juillet 1879. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_31_juillet_1879&oldid=40095 (accédée le 14 août 2022).

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