Jeudi 28 mai 1795, 9 prairial an III

De Une correspondance familiale


Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à sa mère Rosalie Duval (Amiens)


lettre du 28 mai 1795, recopiée livre 2 page 7.jpg lettre du 28 mai 1795, recopiée livre 2 page 8.jpg


n° 87

Paris le 9 Prairial an troisième

Maman,

Nous[1] avons reçu avant-hier le trop petit pain, que vous nous avez fait passer par Madame Biston. Nous avons reçu aussi il y a environ une huitaine, celui que mon oncle de Quevauvillers[2] a eu la complaisance de nous faire passer, nous mangeons aujourd’hui le reste du dernier. Nous les avons fait aller autant que possible, à peine en recevons-nous douze onces de la section. Je suis maigre à faire peur. Le comité des finances vient d’arrêter que ceux des élèves qui voudraient se retirer pourraient le faire, qu’on leur conserverait leurs places à condition qu’ils s’engageraient à y revenir. Mon instruction en souffrira beaucoup, mais je suis décidé à retourner à Amiens pour un mois ou deux plutôt que de mourir de faim ici.

Vous sentez qu’avec mes cinq francs par jour je ne peux pas m’acheter une livre de pain de 12ll à 14ll. Je suis dans le moment le plus critique, vous le sentez par vous-même à Amiens. Vous ignorez l’espèce de vie que je suis obligé de traîner ici. Si Désarbret[3] n’avait eu l’amitié de me faire passer des fonds, croyez-vous que j’aurais pu subsister ? cependant, quand j’ai été nommé à l’école, je me rappelle bien que papa[4] m’avait promis de m’aider, il est vrai que vous m’avez habillé, de ce côté j’aurais bien tort de me plaindre. J’attends de vous que vous m’appreniez si vous pouvez me faire passer du pain. Dans le cas contraire, il est présumable que je ne me laisserai pas mourir ici.

Je vous embrasse, et attends votre réponse : d’ici ce temps, nous n’avons pour vivre que les deux livres et demie, trois livres au plus, de pain que vous nous avez fait passer.

Votre fils Constant

Le Fromage de Gruyère vaut ici 3ll la livre et 6ll


Notes

  1. Auguste Duméril (l’aîné) et Jean Charles Antoine, dit Duméril, vivent avec leur frère André Marie Constant Duméril.
  2. Antoine de Quevauvillers, beau-frère de Rosalie Duval.
  3. Joseph Marie Fidèle, dit Désarbret, frère d’André Marie Constant Duméril.
  4. François Jean Charles Duméril.

Notice bibliographique

D’après le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 2ème volume, p.  7-8

Pour citer cette page

« Jeudi 28 mai 1795, 9 prairial an III. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à sa mère Rosalie Duval (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_28_mai_1795,_9_prairial_an_III&oldid=40039 (accédée le 26 juin 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.