Vendredi 10 avril 1795, 21 germinal an III

De Une correspondance familiale

Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son frère Désarbret (Amiens)

lettre du 10 avril 1795, recopiée livre 2 page 5.jpg lettre du 10 avril 1795, recopiée livre 2 page 6.jpg lettre du 10 avril 1795, recopiée livre 2 page 7.jpg


n° 86

Paris le 21 germinal an troisième de la république

Je suis bien tardif, mon bon ami, à répondre à ta dernière ; je ne cherche point d’excuse. Tu ne doutes point j’espère, que je l’eusse fait plus tôt, si j’en avais eu le loisir. Oui j’ai l’étoffe, les doublures, et les nouvelles preuves de ton attachement ; comment te remercier de tout cela, ma foi, je serais trop bête pour pouvoir t’exprimer les sentiments que cette conduite et cet acte de bonne amitié ont dû me faire éprouver ; ainsi, j’aime mieux me taire que de ne point rendre comme je le désirerais la reconnaissance que j’éprouve. Je travaille, il est vrai, mais ne crains rien, on n’en fait jamais plus qu’on ne peut. Je me porte bien, je dois profiter de mon peu de disposition sans courir sur toutes les routes à la fois. Je suis content des deux mois derniers, je m’aperçois, très sensiblement, que j’ai fait quelques progrès[1]. Cette idée me flatte, m’encourage. Encore une décade, je quitte le scalpel et me livre à une autre partie, pour le semestre de floréal à Vendémiaire. Quelle sera-t-elle ? je n’en sais rien en vérité. Six cours : Botanique, chimie, accouchement, médecine légale, et histoire de la médecine, clinique interne, pathologie. La chimie probablement, mais le citoyen Baudelocque veut absolument que je me livre à sa partie. Il m’a même annoncé que ce serait moi qui serais son aide. Que faire dans tout cela, je l’ignore.

J’ai lu ton projet ; il contient des idées excellentes, mais il faut t’avouer que dix élèves au plus sont en état de répondre aux questions dont tu me parles. Et que sur ces dix il n’y en a pas trois peut-être qui puissent donner la solution satisfaisante d’une question de clinique interne. Les uns sont chimistes, chirurgiens, anatomistes, physiciens, littérateurs etc., peu se sont livrés à plusieurs parties. J’ai dans ma division par exemple, un médecin, deux avocats, un professeur de physique, un curé ou vicaire. Hommes instruits, mais seulement dans la partie qui était de leur ressort. T’ai-je dit que l’on m’avait proposé de rédiger, de concert avec les professeurs, le journal des leçons. J’ai refusé, motivant que je n’étais point propre à toute les parties. Le projet a échoué, dans un autre temps nous verrons. On me propose aussi de faire cet été des leçons particulières desquelles je pourrais retirer quelque profit, je craindrais qu’elles ne m’empêchassent de profiter des autres cours.

Il est vrai que nos appointements sont très peu considérables, nous dépensons dix francs par jour, et nous en gagnons cinq. On nous fait espérer que nous serons augmentés. Les élèves viennent de l’être, ils reçoivent 1 500ll au lieu de 1 200ll, si nous le sommes dans la même proportion, nous aurons 2 400ll. J’ai mes appartements aux cordeliers. Ce sont trois pièces assez jolies, mais je ne les habiterai point, je vais demeurer avec mes frères[2], ils te diront tous nos petits arrangements.

Adieu conserve-moi ta bonne amitié, songe bien que tu n’as pas affaire à un ingrat.

Constant Duméril.

Rue des Citoyennes 18. 1238, enclos du Luxembourg

section, Mutius Scaevola[3].

J’ai reçu une lettre de la société d’émulation de Rouen, qui a repris sa séance, elle me demande si je désire encore être compté au nombre de ses membres, ce qui la flatterait. Je lui dois réponse. Adieu.


Notes

  1. André Marie Constant Duméril étudie à l’Ecole de santé de Paris.
  2. Auguste Duméril (l’aîné) et Jean Charles Antoine, dit Duméril, frères d’André Marie Constant Duméril.
  3. Mutius Scaevola, nom d’une section révolutionnaire de Paris. Cette section s’appela d’abord section de Luxembourg, elle prit le nom de Mutius Scaevola en brumaire an II (novembre 1794) et reprend son nom primitif en prairial an III (avril 1795).

Notice bibliographique

D’après le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 2ème volume, p. 5-7

Pour citer cette page

« Vendredi 10 avril 1795, 21 germinal an III. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son frère Désarbret (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_10_avril_1795,_21_germinal_an_III&oldid=35700 (accédée le 14 août 2022).

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