Jeudi 12 octobre 1916

De Une correspondance familiale


Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (Camp de La Braconne)


original de la lettre 1916-10-12 pages 1-4.jpg original de la lettre 1916-10-12 pages 2-3.jpg


12 Octobre[1]

Mon cher Louis,

J’espère que tu continues à bien aller et que ton peloton s’achève sans accroc. Quand viens-tu en permission ?

Nous avons définitivement quitté Saint-Cloud[2] Samedi. J’ai achevé le déménagement et rendu la maison avant-hier Mardi.

Nous avons eu également avant-hier une consultation du Docteur Mayet pour le petit Marc[3]. Il a été aussi rassurant que possible et il est certain que ses pieds se redresseront complètement. Tout au plus devra-t-il porter des chaussures plus fortes jusqu’à 3 ou 4 ans mais ne sera même pas retardé pour marcher. On ne peut commencer aucun traitement avant 6 semaines le petit étant encore trop jeune. Il faudra donc qu’Élise vienne avec lui fin 9bre. C’est bien le Docteur Mayet dont tu connais le fils aviateur.

Made[4] est rentrée Lundi soir. Elle est majestueuse !... et (il y a des grâces d’état) Guy ne la trouve pas très forte. Patrice et Bernard[5] sont tout à fait gentils. Ce dernier s’est beaucoup débrouillé, parle bien et devient très indépendant. Il riposte vigoureusement quand Patrice le cogne et cela se produit fréquemment. Made n’y fait pas attention, c’est ce qu’elle peut faire de mieux.

J’ai été fort occupée depuis Samedi, la bonne de Jacqui[6] étant partie dès Samedi au lieu de Lundi comme c’était convenu. Nounou[7] étant restée à Saint-Cloud pour nettoyer la maison et Jeanne s’étant fait Samedi soir contusionner le pied par une auto qui aurait bien pu lui passer sur le corps ! Nous avions heureusement Mme Chérifat et Françoise, mais j’ai dû m’occuper beaucoup de Jacqui, le promener notamment car Elise a encore besoin de repos. C’est ce qui t’explique mon silence.

Nous ne faisons pas de projets de départ Made nous ayant déjà donné hier une petite alerte qui nous a fait demander le soir même la sœur[8] qui doit la soigner. Nous croyons néanmoins qu’elle en a encore pour 15 jours. J’aurais pourtant bien voulu aller voir la pauvre Lucie[9] qui va mieux et est cependant bien fatiguée. Henri ne viendra pas avant le 20, aussi restera-t-elle tout le mois à Wimereux. Le temps est assez beau pour qu’elle profite encore de l’air de la mer. Elle va tous les jours à pied à la plage et a renvoyé l’auto à Brunehautpré.

J’ai correspondu avec Dagens au sujet de son lorgnon. Il croit sa vue changée et devait passer une visite de l’oculiste. En me répondant il me faisait espérer sa visite pour aujourd’hui. Tout de suite je l’ai invité à déjeuner lui disant que nous nous mettrions à table à midi ½ sans l’attendre. Il n’est pas venu et je crois qu’il ne viendra pas du tout, car il est déjà 4 h. J’aurai probablement demain une lettre.

Nous n’avons pas de nouvelles de Pierre[10] depuis le 5. Il attendait un nouveau matériel de 105 et en était très heureux. Il doit être en plein dans l’action. Déjà il s’étonnait de n’avoir aucun accident à déplorer ayant eu une pièce retournée par un obus.

De Michel[11] rien depuis le 3. Il était au calme.

5 h. Dagens arrive. Il va très bien et est à Paris pour la journée. Il t’envoie ses amitiés.

Georges Dumas est venu Dimanche en permission de 24 heures avec un commencement d’entérite. Ton papa[12] a usé d’autorité pour le faire entrer Lundi à l’hôpital du Lycée Buffon. Il était furieux mais ton papa lui a rendu un service que tu apprécies j’en suis sûre en lui évitant de traîner à la caserne.

Je t’embrasse très tendrement, mon cher enfant.

Emy


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Saint-Cloud où a séjourné Elise Vandame, épouse de Jacques Froissart.
  3. Marc Froissart.
  4. Madeleine Froissart, épouse de Guy Colmet Daâge, enceinte.
  5. Patrice et Bernard Colmet Daâge (4 et 2 ans).
  6. Jacques Damas Froissart, 2 ans.
  7. Nounou, Jeanne Veillet, Françoise Giroud (veuve de Jean Marie Cottard), Marie Élisabeth Chérifat font partie du personnel au service des Froissart.
  8. Probablement sœur Julie.
  9. Lucie Froissart, épouse d’Henri Degroote.
  10. Pierre Froissart, frère de Louis.
  11. Michel Froissart, frère de Louis.
  12. Damas Froissart.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 12 octobre 1916. Lettre d’Emilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (Camp de La Braconne) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_12_octobre_1916&oldid=56459 (accédée le 13 août 2022).

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