Dimanche 22 décembre 1878

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1878-12-22 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-12-22 pages 2-3.jpg


Paris 22 Décembre 78.

Ah, mon Père chéri, que je maudis la neige ! Je t’assure qu’elle nous a bien vivement désappointées et contre l’ordinaire tes 2 lettres reçues hier matin ont été fort mal accueillies ; nous comptions si bien sur toi ! A quand ton voyage est-il remis maintenant ? nous espérions un petit mot de toi ce matin mais nous n’avons rien reçu. Ce serait si gentil de t’avoir en ce moment ! et il faut que la neige vienne t’arrêter juste le jour où tu vas partir ! c’est trop peu de chance. Ici je te dirai que nous nous ressentons peu du froid ; il y a encore dans le jardin une mince couche blanche qui est restée depuis le commencement mais c’est à peine si elle recouvre la terre et rien n’est venu s’y ajouter ; dans les beaux quartiers il y a longtemps qu’il n’en est plus question on a arrosé et tout a été enlevé du coup.

Je t’écris du cabinet d’oncle[1] où je suis en compagnie de Marthe[2] qui écrit aussi ; Emilie[3] et tante[4] sont au Conservatoire (moi qui me réjouissais tant de n’y pas aller pour rester avec toi !). Je viens de recevoir la visite de M. Mme Bonnard, Pierre et Andrée[5] qui venaient je pense avec l’intention de te trouver, et aussi de visiter le jardin et peut-être de rendre visite à tante, mais c’était faire d’une pierre trois coups mais les 3 coups sont tombés sur moi et ont par conséquent manqué ; j’ai pu cependant leur donner des billets de jardin.
L’oncle va bien, la tante aussi, Charles[6] était comme d’habitude resté au collège. Ils auront vacance le jour de Noël et 8 jours au jour de l’an, je crois que la maman trouve que c’est beaucoup.
Il paraît que M. Munsch[7] est sur le point d’acheter une étude aux environs de Langres, les Mairel[8] doivent trouver que c’est bien loin. Je crois que le mariage[9] n’aura lieu qu’au printemps.
Dédée suit maintenant un petit cours 3 fois par semaine qui l’amuse beaucoup.

Je ne sais ce que j’ai à te dire, mon Père chéri, mais Jeudi nous étions si bien persuadées que c’était notre dernière lettre que depuis nous n’avons plus pensé à ce qui pourrait t’intéresser. Voilà comme on n’est jamais sûr des choses je crois qu’Emilie en cachetant sa lettre aurait parié tout ce qu’on aurait voulu que nous ne te réécririons pas et aujourd’hui me voilà encore la plume à la main… heureusement que ce n’est que la neige qui est cause de ton retard et j’espère que le retard ne sera pas bien long.

Vendredi nous avons vu Paulette[10], elle continue à mieux aller et on commence à étendre ses permissions, elle peut maintenant marcher un peu et monter l’escalier, sa santé est toujours admirable, c’est incroyable qu’elle résiste à tout cela cependant sa figure a maigri on voit qu’elle a beaucoup souffert. Je crois qu’il est difficile de mieux supporter ses souffrances qu’elle ne le fait, jamais elle ne se plaint, jamais elle ne parle d’elle, elle a toujours sa bonne gaieté ordinaire.

Adieu, mon Père chéri ou plutôt au revoir car tu sais que la voie est bien vite déblayée et s’il ne neige plus tu vas pouvoir te mettre en route.
en attendant, je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que bon-papa et bonne-maman[11]. Pauvre bonne-maman, j’ai été bien triste d’apprendre le petit accident qui lui est arrivé pourvu qu’elle se repose un peu !
ta fille qui t’aime de tout son cœur.
Marie


Notes

  1. Alphonse Milne-Edwards.
  2. Marthe Pavet de Courteille.
  3. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  4. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  5. Elisabeth Mertzdorff, son époux Eugène Bonnard et deux de leurs trois enfants, Pierre et Andrée (Dédée) Bonnard.
  6. Charles Bonnard.
  7. Paul Édouard Munsch.
  8. Alphonse Eugène Mairel et Joséphine Müller.
  9. Fanny Mairel épouse Paul Édouard Munsch en avril 1879.
  10. Paule Arnould.
  11. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 22 décembre 1878. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_22_d%C3%A9cembre_1878&oldid=39505 (accédée le 18 août 2022).

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