Dimanche 20 juillet 1884

De Une correspondance familiale

Lettre d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Lille) à sa nièce Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Launay près de Nogent-le-Rotrou)


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Lille Dimanche 20 Juillet

Ma chère petite fille,

Que de compliments nous avons à t’adresser[1] ; tu retrouveras tes forces certainement plus vite qu’Émilie[2], qui cependant va parfaitement ; mais elle ne cherche pas autant à s’occuper, et trouve même agréable de dormir bien des fois dans la journée, elle ne lit jamais, et ne souhaite nullement tricoter. Elle mange cependant très bien pour elle ; j’ai demandé à la sœur si elle verrait inconvénient à lui donner en plus de son Bordeaux, un vin fortifiant ; c’est ce qu’on va faire. Mais je te le répète, elle est en très bonne voie, et si nous ne te voyions pas si forte cette fois, nous la trouverions vigoureuse. En ce moment elle dort, après avoir pris son chocolat, et sa soupe, en attendant son déjeuner ; on l’a encore changé de chambre lit, elle a une belle camisole brodée celle des sœurs ; ses draps et taies d’oreiller à ourlets à jour ; enfin elle est magnifique, la fenêtre est ouverte ; du reste le temps est plus agréable depuis 3 jours, il fait moins étouffant. Jacques passe une grande partie de ses journées et ses nuits dans son moïse avec la sœur, dans la chambre d’enfant ; c’est là où on lui fait ses toilettes et où il prend tous les 2 jours ses bains. La nuit Émilie dort, et n’est réveillée que par la sœur quand on lui apporte Jacques ; si elle avait besoin de quelque chose elle sonnerait, et Damas qui est dans son cabinet, les portes ouvertes, préviendrait la sœur ; il nous semble qu’elle a ainsi plus d’air ; c’est pour cela que nous la laissons seule. Les yeux de Jacques sont tout à fait bien, M. Cuignet[3] ne viendra qu’après demain. C’est une affaire qui semble terminée. Nous en sommes bien heureux. Je t’envoie cette petite mèche des cheveux de ce jeune homme, qui t’intéresse si vivement. Il me semble grossir ; il est en excellente santé, et digère on ne peut mieux. Émilie a tant de lait qu’elle pose une serviette de chaque côté et cependant il lui arrive encore des malheurs. Dans ces conditions la sœur ne parle pas de biberon la nuit ; du reste tant que Jacques avait mal aux yeux, il était préférable de ne lui pas donner de mélange, surtout n’étant pas près d’une ferme. Puis Émilie a tant de lait qu’il la gêne quand il ne coule pas… Émilie se réveille, elle lit sa messe ; c’est un grand progrès. Damas est bien gentil pour sa femme, et aux petits soins.

Je constate de plus en plus que de son côté Émilie ne trouve rien de plus parfait, et de plus charmant comme que son mari ; sa figure s’épanouit quand elle l’aperçoit. Je crois qu’il est impossible qu’elle soit plus heureuse, elle apprécie toutes les qualités de Damas et en est fière. Que pouvons-nous souhaiter de plus ? C’était le bonheur que nous demandions à Dieu pour cette chère enfant ; il nous a exaucé autant que possible, il voulait seulement la rendre heureuse un peu plus loin de nous que nous ne l’aurions voulu. Oublions-nous donc, mon enfant chérie, et remercions le bon Dieu de tout le bonheur qu’il donne à cette chère fille. Ton mari[4] a bien raison tu as pour elle le cœur d’une mère ; mais tu sais, et sauras dans l’avenir, combien de sacrifices on demande aux pauvres mamans.

La petite Descat va mieux cependant. M. Hallez[5] est venu hier avec M. Jules Descat et M. Parenty fils.

Damas ferait bien je crois d’emporter à son prochain voyage les assiettes pour les faire cuire, c’est rue Saint-Jacques en face de la Sorbonne. Jean[6] vous donnerait le n°.

Damas part à [4]h pour Campagne et reviendra demain soir, c’est assez te dire que tout va bien. Je n’avais pas demandé à Louise[7] d’aller à Launay ; j’en avais parlé seulement à ton oncle[8] en le priant d’en dire 1 mot à Louise. Elle y serait je crois allée si Marthe[9] n’avait pas [eu à] recommencer ses leçons.

Mme Dumas[10] a-t-elle pris les [ ] rouges et jaunes de la salle à manger ? [ ] Marcel a-t-il trouvé la petite table. A-t-on entortillé des groseilliers ? Il me semble qu’ayant pas mal de dragées il serait plus aimable d’en donner à la famille Target. N’est-ce pas ton avis. Émilie se joint à moi pour t’embrasser bien tendrement. Mes meilleures amitiés à Marcel. Merci de sa visite à papa[11].

AME

Merci de tes bonnes lettres, elles nous font tant de plaisir. Marthe doit aller à la mer en même temps que nous je crois.


Notes

  1. Marie a accouché de Charles de Fréville le 5 juillet.
  2. Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (« Damas ») et sœur de Marie, a accouché de Jacques Froissart le 9 juillet.
  3. Le docteur Ferdinand Louis Joseph Cuignet.
  4. Marcel de Fréville.
  5. Le docteur Louis Hallez.
  6. Jean non identifié, possiblement un domestique ?
  7. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille ?
  8. Alphonse Milne-Edwards.
  9. Marthe Pavet de Courteille.
  10. Cécile Milne-Edwards, épouse d'Ernest Charles Jean Baptiste Dumas plutôt que sa belle-mère Hermine Brongniart, épouse de Jean Baptiste Dumas?
  11. Henri Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Dimanche 20 juillet 1884. Lettre d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-edwards (Lille) à Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Launay près de Nogent-le-Rotrou) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_20_juillet_1884&oldid=53629 (accédée le 8 août 2022).

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