Dimanche 20 juillet 1880

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité Duméril (épouse de Louis Daniel Constant Duméril) (Vieux-Thann) à Aglaé Desnoyers (épouse d’Alphonse Milne-Edwards)(Launay)

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Vieux-Thann 20 Juillet 1880

Ma bien chère Aglaé,

Hier nous avons reçu de notre bonne petite Emilie[1] une charmante lettre toute remplie d’affection pour ses vieux parents et la famille, nous l’en remercions mille fois, mais que cette chère enfant sache bien que les lettres qu’elle envoie à son bon père[2] nous étant communiquées, nous ne voulons pas qu’elle passe son temps à nous écrire, désirant qu’elle prenne une bonne dose de force et de santé. Je ne saurais te dire à quel point je jouis de te savoir à Launay avec ta bonne mère[3] à laquelle tu te consacres entièrement. Elle, femme d’élite qui a montré tant de mérite dans sa vie, a subi par suite de profonds chagrins un affaissement moral qui s’est surtout porté sur la mémoire, mais ce qui regarde le cœur, la sensibilité du cœur est resté en elle tout entier. Sa vie qui a été belle comme celle de M. Delaroche[4], lui ressemble en bien des points, même dans les accidents qui surviennent. M. Delaroche malgré le défaut de mémoire et son état d’affaissement de ses dernières années, reprenait toute la vivacité du cœur en parlant de ses parents. C’est samedi matin que Léon et sa femme[5] nous ont quittés pour leur grand voyage qu’ils font en s’arrêtant dans divers endroits afin de ne pas fatiguer Marie. Tous deux avaient le cœur bien gros en se séparant de la petite Hélène[6] laissée aux bons soins de Madame Stackler[7] qui compte aller sous peu à Albisbrunn[8]. L’air vivifiant de ce pays fait autant de bien aux enfants qu’aux grandes personnes. Marie après avoir été à Cauterets ira y rejoindre sa mère et sa petite, pendant ce temps Léon prendra gîte chez nous, ce qui permettra de fermer leur appartement. Depuis longtemps notre pauvre Léon a des granulations dans la gorge, cela lui occasionne de l’enrouement et une petite toux dont nous voudrions le voir débarrassé, mais grâce à Dieu le fond de sa santé est bon. Ma sœur[9] vient d’avoir une bronchite accompagnée de fièvre, nous avons été préoccupés de son état parce que nous savions qu’elle était très changée, enfin la voilà heureusement en bonne voie de rétablissement complet, il ne s’agit plus que de prendre des précautions qui lui sont recommandées par son médecin dont elle se loue beaucoup.
Hier nous avons soupé chez les Georges[10] qui nous ont fait, comme toujours, l’accueil le plus aimable et le plus affectueux, ce sont des cœurs excellents, Maria est charmante sous tous les rapports, elle sent si vivement les attentions qu’on a pour elle. Les douces paroles de ma petite Émilie à son adresse l’ont bien touchée, elle me charge de l’en remercier en l’embrassant de tout son cœur. Inutile de dire quels sont nos vœux pour ce jeune ménage que nous suivrons avec une tendre sollicitude.

Maintenant parlons de notre chère Marie de Fréville[11] dont toutes les lettres respirent le bonheur, aussi Charles[12] dont le dévouement et la tendresse à ses enfants sont hors ligne éprouve-t-il aujourd’hui une des plus vives satisfactions que puisse goûter un bon père : et la source de tout cela, c’est toi chère Aglaé, c’est ton excellent mari[13] devenu pour nous le plus parfait et le meilleur des amis. Marie et Émilie vous aiment tous deux comme on aime son père et sa mère. Que de tendres épanchements déposés dans ton cœur par nos chères petites filles dont nous sommes fiers car aujourd’hui elles présentent le résultat de l’excellente éducation que tu leur as donnée. Je suis heureuse de savoir que ma bonne Marthe[14] sera du voyage de Suisse où l’air est si salutaire à la santé, mais, et tu vas peut-être rire de mes craintes, j’ai toujours peur qu’on dépasse dans les excursions, la limite raisonnable qu’on devrait, suivant moi, assigner aux promenades. Gravir des endroits escarpés me cause de la frayeur à cause des accidents qui peuvent en résulter. Me voici à la fin de mon papier, je te quitte donc ma bien chère Aglaé en t’embrassant de tout cœur et me joins à mon mari[15] pour vous envoyer à tous les meilleures amitiés.
Félicité Duméril.

J’espère que tu as de bonnes nouvelles de tes chers voyageurs[16].


Notes

  1. Emilie Mertzdorff.
  2. Charles Mertzdorff.
  3. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  4. Probablement Michel Delaroche.
  5. Léon Duméril et son épouse Marie Stackler.
  6. Hélène Duméril, leur fille.
  7. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  8. Albisbrunn, station thermale près de Zurich.
  9. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  10. Georges Duméril et son épouse Maria Lomüller.
  11. Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville.
  12. Charles Mertzdorff, père de Marie et Emilie.
  13. Alphonse Milne-Edwards.
  14. Marthe Pavet de Courteille.
  15. Louis Daniel Constant Duméril.
  16. Marie Mertzdorff et Marcel de Fréville ?

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 20 juillet 1880. Lettre de Félicité Duméril (épouse de Louis Daniel Constant Duméril) (Vieux-Thann) à Aglaé Desnoyers (épouse d’Alphonse Milne-Edwards)(Launay) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_20_juillet_1880&oldid=39477 (accédée le 9 août 2022).

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