Dimanche 20 décembre 1874

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1874-12-20 pages 1-4.jpg original de la lettre 1874-12-20 pages 2-3.jpg original de la lettre 1874-12-20 pages 5-6.jpg original de l'enveloppe 1874-12-20.jpg


Bonjour mon père chéri,

Il est 9h je viens d’aller au catéchisme où j’ai vu mon cher Friquet[1] recevoir un cachet d’or et maintenant me voilà bien installée dans le cabinet d’oncle[2] auprès du feu et ayant à côté de moi une provision de livres dans lesquels j’aurais bien de quoi travailler pendant une année et dont le poids écraserait bien un homme (pourvu qu’il ne soit pas bien vigoureux). Seulement comme je commence par venir bavarder avec toi il est fort probable que je n’en ouvrirai pas les ¾.

Pendant que Vendredi bien fatigué tu t’installais dans ton petit salon et qu’ensuite tu te fourrais dans ton lit avec un peu mal à la tête devine où étaient tes filles[3] ? Je te vois d’ici te creuser l’imagination : où donc ont-elles bien pu aller ces petites coquines ? Cherche bien petit père. Chez bonne-maman Desnoyers[4] – Non – dîner en ville – Pas plus, tu n’y es pas cherche quelque chose de très surprenant de tout à fait extraordinaire.

Mais tu ne trouves pas et comme je ne suis pas Mme Sévigné je ne te ferai pas chercher plus longtemps. Et bien Vendredi soir nous montions à 8h ½ dans une voiture avec tante et oncle[5] et nous disions au cocher de nous mener où ? Au nouvel Opéra ! oui mon petit papa tes filles à l’opéra. Mais rassure-toi à l’opéra pas encore dans ses fonctions avant qu’il ne soit habité par ses acteurs et actrices car alors il est probable que nous ne nous dérangerons pas de si tôt pour y aller.

C’était splendide et je ne m’en faisais aucune idée. Nous avons tout visité. L’escalier d’abord est une des plus jolies choses, puis le foyer encore est admirable seulement tout ceci est tellement doré tellement riche et au-dessus de ce que l’on peut s’imaginer que cela en était fatiguant ; nous avons ensuite été sur la scène, dans le foyer des danseuses, dans les coulisses. Ce qu’il y a d’aussi intéressant que le monument ce sont les dessous de la scène ; figure-toi père chéri que sous le plancher il y a une fosse de 4 étages avec des trappes des tuyaux, des rouleaux des cordes && pour les décors c’est effrayants et <   > machine intéresse <de près> serais fort amusé.

Nous étions au lit à 11h et nous nous étions joliment amusées n’est-ce pas qu’oncle et tante ont été bien bons de nous faire voir cela. A . Hier Samedi nous avions suivant notre louable coutume encore beaucoup à faire ; j’ai eu Mlle Duponchel[6] puis nous avons été chez Mme Roger[7] en sortant de là nous avons de grandes hésitations entre la < > et le plaisir ; mais nous n’avons pu résister à monter chez Paulette[8] l’embrasser elle allait mieux et ne souffrait plus elle comptait faire un pas Lundi. De là nous avons été chez Marie Des Cloizeaux que nous avons trouvée et chez laquelle nous avons passé un bon moment. Vendredi rien d’extraordinaire ; Jeudi comme cette pauvre Paule était cloué sur son canapé nous y avons été passer notre moment.

Le temps continue à être à la neige cependant il n’en tombe pas et nous n’avons plus que notre ancienne couche qu’on ne voit du reste plus que dans notre quartier un peu moins civilisé. Aujourd’hui il a fait du verglas.

Bonne-maman Desnoyers était un peu fatiguée aujourd’hui mais elle n’est pas malade et nous espérons qu’elle va se lever.

Merci mon père chéri pour ta bonne lettre reçue ce matin et qui nous annonce ta chère arrivée que nous attendons avec joliment de l’impatience. Quelle débauche comment aujourd’hui tu as dîné en ville (ou plutôt en village) j’espère ! Voilà longtemps que nous n’avons de nouvelles de nos amies[9] ce sont-elles qui sont en retard.

Si vous êtes là-bas dans les changements de curés nous le sommes aussi à St Médard. M. de Geslin est nommé à Notre-Dame et nous ne savons encore par qui il peut être remplacé[10] il nous a fait ses adieux aujourd’hui au catéchisme.

Demain nous avons à dîner ici la famille Brongniart, M. Bureau[11] et Louise[12] ainsi que M. et Mme Grandidier[13] tu vois que de monde ! no

A revoir mon père chéri si je ne veux pas me faire tourner en ridicule je crois que je ferais bien de te quitter et d’ouvrir un ou deux des nombreux livres dont je me suis escortée. Je t’embrasse donc bien tendrement ainsi que bon-papa et bonne-maman Duméril[14].

Ta fille Marie

Mertzdorff

Je continue <   > nous faisons des sorbets avec de la neige et des confitures d’airelles.


Notes

  1. Emilie Mertzdorff.
  2. Alphonse Milne-Edwards.
  3. Marie et Emilie Mertzdorff.
  4. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  5. Aglaé Desnoyers et son époux Alphonse Milne-Edwards.
  6. Marie Louise Duponchel, professeur de dessin.
  7. Pauline Roger, veuve de Louis Roger, professeur de piano.
  8. Paule Arnould.
  9. Marie et Hélène Berger.
  10. Ernest Marie de Geslin sera remplacé par Ernest Dumas.
  11. Probablement Edouard Bureau.
  12. Louise non identifiée.
  13. Alfred Grandidier et son épouse Jeanne Louise Marie Vergé.
  14. Félicité Duméril et son époux Louis Daniel Constant Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Annexe

Monsieur Mertzdorff

Vieux-Thann  

Haute Alsace

Pour citer cette page

« Dimanche 20 décembre 1874. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_20_d%C3%A9cembre_1874&oldid=39472 (accédée le 18 août 2022).

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