Dimanche 18 mars 1877

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1877-03-18 pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-03-18 pages 2-3.jpg


Paris le 18 Mars 1877[1]

Mon Père chéri,

Merci pour ta bonne lettre de ce matin que nous attendions avec une vive impatience comme dans ton petit mot de Dimanche tu nous disais qu’il faisait un froid épouvantable je commençais à croire que l’encre aussi avait gelé et que, par conséquent, il t’était devenu absolument impossible de correspondre ; je vois qu’il n’en est rien et cela me réjouit car j’espère que bientôt nous pourrons avoir une bonne longue lettre de toi.

Tu me demandes au nom de mon oncle Léon[2] comment seront nos robes ; la description rapide et presque illisible que je t’en ai donné lui suffit-elle ? Pour plus de sûreté je vais la recommencer (écoute-moi pauvre petit père, mais cela ne doit pas t’intéresser beaucoup) :
Jupon de velours noir uni avec des polonaises[3] grises en étoffe à moi inconnue je te la désignerai sous le nom de fantaisie cette dénomination convient à tout maintenant. Cotte[4] en laine et cependant je crois bien qu’il y a un peu de soie dedans car cela brille ; nuance gris perle très clair relevée je suppose avec des nœuds de velours noir, pas de manteaux et chapeaux de paille blanche forme dans le genre de celle que nous avons toujours, garnis de velours noir et de fleurs de pommier rose est-ce tout ? Ah ! il reste les pieds mais ceux-là je ne sais encore comment il seront vêtus je pense que ces demoiselles ne tiennent pas à le savoir ; du reste ma robe est longue et tu auras la consolation de ne pas voir ces affreux pieds de canard.
J’espère que te voilà bien renseigné ; je ne pourrais pas te donner plus de détails nous ne serons pas très élégantes mais nous serons suffisantes je pense.

A mon tour maintenant de te faire des questions aussi indispensables ; c’est pour le coup qu’il faut que tu écoutes mon pauvre père et nous aimerions bien avoir les réponses le plus vite possible car le temps presse. Décidément en quoi consistera la noce ?
La cérémonie à l’église et un dîner n’est-ce pas ? Dansera-t-on le soir ? voilà ce qu’il faut absolument savoir avant notre départ car il nous faudrait des toilettes les nôtres sont fanées, ensuite admettant que l’on danse sera-ce en robe décolletée ou bien une petite soirée en robe ouverte devant ?
Enfin dis-nous je t’en prie bien tout tout ce qu’il y aura car ce serait ennuyeux une fois parties de n’avoir pas ce qu’il nous faut.
Tante[5] te serait bien reconnaissante de nous envoyer tout de suite ces détails car comptant partir Samedi prochain (quel bonheur !) il ne nous reste guère de temps pour nos préparatifs et je t’assure qu’il nous faudra encore fameusement nous dépêcher. Tu pourras dire à Mme Stackler[6] que nous avons un mantelet et que nous le lui porterons, ne désire-t-elle rien d’autre ? Hier nous avons été faire visite à Madame Gastambide[7]. Elle et sa fille[8] ont été charmantes, son fils[9] se mariera le 25 Avril, elle nous a répété que l’intention de M. Delaroche[10] était bien de venir en Alsace pour le mariage d’oncle Léon.

Mme L. Berger[11] est venue ici cette semaine mais nous étions sorties. Tout le monde ici va bien. M. Edwards[12] a commencé hier son cours à la Sorbonne et il en a été très fatigué. Bonne-maman D.[13] [est ici] et nous attendons Jeanne Brongniart, Marthe[14] et peut-être Hortense[15].

Adieu mon Père chéri que j’aime et embrasse de toutes mes forces, ainsi que bon papa et bonne maman[16]. ta fille Mary

Petit avis. Tu sais que mes lettres sont pour toi tout seul et qu’elles se refusent complètement à aller au-delà du moulin. Tu me le promets n’est-ce pas ?
I love you my dear father, oh yes I love you very much.


Notes

  1. Papier à monogramme (« MM » ?).
  2. Léon Duméril, qui va se marier.
  3. Polonaises : volants sur une robe longue.
  4. Cotte : jupe.
  5. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  6. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler, mère de la mariée.
  7. Emilie Delaroche, épouse d’Adrien Joseph Gastambide.
  8. Adrienne Gastambide.
  9. Jules Gastambide va épouser Elizabeth Dhombres.
  10. Henri Delaroche ?
  11. Probablement Julie André, épouse de Léonce Berger.
  12. Henri Milne-Edwards.
  13. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  14. Marthe Pavet de Courteille.
  15. Hortense Duval.
  16. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril, qui vivent au Moulin.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 18 mars 1877. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_18_mars_1877&oldid=42431 (accédée le 8 août 2022).

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