Dimanche 12 et lundi 13 juin 1881

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris)


Fs1881-06-12 pages1-4-Charles.jpg Fs1881-06-12 pages2-3-Charles.jpg


Dimanche soir 12/13 Juin 81.

Ma chère Marie

Nous devons dans nos montagnes avoir un peu plus mauvais temps & plus froid que vous Parisiens. l’on m’assure que dans la vallée la gelée d’il y a 2 ou 3 jours a fait pas mal de dégâts, heureusement qu’il n’y a pas beaucoup de champs & de jardins car Pommes de terre & légumes sont à replanter.

Ce froid ne m’empêche pas d’aller à Wattwiller tous les deux jours & avec quelque précaution, je ne pense pas qu’il y ait inconvénient, du reste aujourd’hui déjà, il fait plus chaud & nous espérons que la chaleur va revenir ; la vigne est assez belle & il nous faut le bon soleil pour les faire mûrir.

Il y a bien peu de monde à Wattwiller c’est réellement désolant pour Lehmann[1].

Comme le soir je me fais servir du thé dans ma chambre, je n’ai occasion de voir personne, ce qui m’enchante comme tu le sais.

Ce Dimanche soir Mme Stackler[2] a quitté Vieux-Thann pour passer un ou 2 jours à Vesoul chez son frère[3], puis avec Mme Borel[4] elles iront visiter leur autre sœur[5] qui se trouve dans une maison de santé à Nancy.

Cette dernière est très mal.

Fin de la semaine, si cette dernière santé n’est pas un empêchement, elle sera auprès de son fils[6] où elle séjournera probablement assez longtemps.

Marie Léon[7] est un peu fatiguée depuis 2 jours, je ne lui ai pas trouvé bonne mine Vendredi dernier au Jardin. tandis que Hélène[8] va admirablement bien. Je ne sais pas encore ce que fera Léon & je crois que rien n’est encore fixé.

C’est demain qu’Émilie[9] passe la fin de son examen, je penserai à elle mais suis sans grandes inquiétudes.

En ce moment la rougeole règne à Thann & il paraît qu’elle n’est pas bonne, il y a déjà quelques enfants de perdus, pauvre sœur Bonaventure qui à peine sortie du typhus a dans sa maison la rougeole & a perdu un petit enfant de 2 ans qui était déjà bien rachitique, cela n’empêche qu’elle en souffre bien la bonne sœur.

Bon-papa[10] a-t-il trouvé l’appartement tant cherché, si cependant il ne trouvait pas à sa convenance il nous reviendrait au Moulin c’est ce que me disait Marie Léon avant-hier en tournant dans notre petit jardin.

Hier j’étais à Mulhouse pour affaires. Barbé[11] m’a fait admirer sa petite maison qu’il fait construire pour lui qui a 68 ans ! il en est enchanté & la parfaite Rosine aussi

pour ne pas manquer mon bain Michel[12] m’attendait à Cernay.

Puisque c’est mon tour à payer j’ai fait ajouter ma contribution à l’argent que Marcel[13] me réclame pour mes titres. C’est donc un chèque de 4 200 F que je t’adresse pour ton Mari qui aura la bonté de l’encaisser chez Offroy.

De Vieux-Thann je n’ai pas de grandes nouvelles à t’adresser l’on s’occupe à ce qu’il paraît d’élections Municipales qui vont avoir lieu cet automne.

Notre docteur[14] continue ses succès, depuis quelques jours il y a quelques ouvriers à mon hôpital qui peu à peu prend tournure & s’achève, nous pouvons bientôt songer à le meubler c’est un provisoire qui est encore passablement coûteux, mais qui peut durer longtemps, lorsque vous viendrez cet automne je pense que les sœurs y seront déjà.

Je ne sais rien des Berger[15], à la Maison Rich[16] quantité d’ouvriers sont occupés.

Embrasse bien Marcel pour moi comme je t’embrasse de tout cœur ton père

ChsMff

Ma chère amie, je viens de relire le petit billet de Marcel, je ne sais pas pourquoi j’avais en tête que c’est 2000 F qu’il me demandait mais c’est 6000, il faut donc que demain matin j’ajoute un nouveau chèque de 4000 F

les 2 chèques de 4 000 F sont [avités]

Je termine ma lettre tout en songeant à Émilie qui doit en ce moment sortir de son examen.

Tu me diras de suite si ma lettre avec les 8 200 est arrivée.

Notes

  1. Charles Xavier Lehmann.
  2. Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  3. Auguste Hertzog.
  4. Joséphine Hertzog, épouse de Jean Paulin Émile Borel.
  5. Adélaïde Aimée Hertzog.
  6. Henri Stackler.
  7. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.
  8. La petite Hélène Duméril.
  9. Émilie Mertzdorff.
  10. Louis Daniel Constant Duméril.
  11. Victor Barbé.
  12. M. Michel, cocher de Charles Mertzdorff.
  13. Marcel de Fréville.
  14. Louis Disqué.
  15. La famille de Louis Berger et son épouse Joséphine André.
  16. Maison pour le jeune couple Marie Berger - Paul Henri Rich.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Dimanche 12 et lundi 13 juin 1881. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_12_et_lundi_13_juin_1881&oldid=42611 (accédée le 8 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.