Vendredi 9 décembre 1910

De Une correspondance familiale



Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Brunehautpré), à son fils Louis Froissart (Douai)


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Brunehautpré, 9 Décembre

Mon cher petit Louis,

Je repense bien souvent à notre bonne journée de voyage Douai passée en tête à tête et je t’assure que je ne regrette pas la peine que j’ai eue à gagner Douai. Le retour a été moins difficile, je n’avais qu’une demi-heure de retard, mais il ne s’est cependant pas fait sans incident, car la portière de l’auto s’étant ouverte dans les rues d’Hesdin, mon beau parapluie à pomme d’argent a été… rejoindre mes chapeaux et, pas plus que ceux-ci, il n’a été retrouvé ! C’est un vrai deuil, je l’avais depuis si longtemps, c’était un cadeau d’oncle[1] et j’y tenais beaucoup ! Vanité des vanités, tout est vanité… tu vois du moins que la perte de mon parapluie me lance dans de graves méditations.

J’ai été amenée à en faire bien d’autres encore cette semaine sur la vanité de la vie humaine car nous passons notre temps à enterrer des gens. Lundi matin, au moment où nous revenions d’enterrer la mère de M. le Curé de Brimeux[2], nous avons appris que la pauvre Olympe[3] était morte Dimanche matin, et Mardi matin nous apprenions la mort du père de Louise[4]. T’avais-je dit qu’Albert[5] avait reçu Samedi de mauvaises nouvelles et avait été avec l’auto qui conduisait Louise à Fressin. Georges et Albert sont rentrés le soir, en passant par Hesdin où ils m’ont prise, ennuyés plutôt qu’inquiets et le pauvre homme est mort Lundi soir. Nous avons donc été Mercredi avec les chevaux (n’ayant pas Georges), à Hesdin puis à Mouriez assister à 2 grand-messes et services solennels pour Olympe, puis Jeudi nous a conduits avec son auto à Fressin pour le service de Bruche. Aujourd’hui nous n’avons enterré personne !

Hier nous avons eu Paul avec Jean et Laure[6] à dîner ; ils étaient même arrivés avant notre retour. Mardi ton papa[7] avait été chasser à Clairmarais avec M. Lesaffre. Il a rapporté beaucoup de lapins. Vous en mangerez des pâtés.

Voilà l’emploi du temps. Lucie[8] revient demain soir, elle est contente d’Henri on lui a extrait une première dent sans douleur hier et on recommencera la semaine prochaine. Elle ne dit rien du retour définitif.

Ton papa a été très content des bonnes nouvelles que je lui ai données de toi et se joint à moi pour t’embrasser en t’engageant à continuer.

Émilie


Notes

  1. Alphonse Milne-Edwards.
  2. Eugénie Marie Josèphe Sailly, veuve de François Routier et mère du curé Félix Routier.
  3. Olympe Riquier.
  4. Louis Bruche, père de Louise Bruche, épouse de Georges Bénard.
  5. Albert Bruche.
  6. Paul Froissart et deux de ses enfants, Jean et Laure Froissart.
  7. Damas Froissart.
  8. Lucie Froissart, épouse d’Henri Degroote.

Notice bibliographique

D’après l’original.


Pour citer cette page

« Vendredi 9 décembre 1910. Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Brunehautpré), à son fils Louis Froissart (Douai) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_9_d%C3%A9cembre_1910&oldid=55780 (accédée le 9 août 2022).

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