Vendredi 6 novembre 1812

De Une correspondance familiale


Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à ses parents François Jean Charles Duméril et Rosalie Duval (Amiens)


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N° 215 A

Paris le 6 novembre 1812

Mes Chers parents, je ne vous annonce pas encore l’accouchement de ma femme[1], quoique nous soyons à peu près à l’époque et que l’arrivée de cette lettre ait pu vous faire soupçonner l’événement. Je suis de retour près d’elle définitivement depuis sept jours. je me suis hâté de terminer ma besogne[2] voulant la tirer de l’inquiétude de se voir accoucher par un autre que par moi. je sais que ma femme vous a parlé du reste de ma première tournée. la seconde n’a pas été moins agréable. je suis resté à Nantes neuf jours pleins et j’y ai reçu de toutes parts l’accueil le plus aimable. à Angers où je n’ai fait que passer deux fois on m’a comblé d’honnêteté. Dix personnes sont venues au-devant de moi à Ingrandes, à six lieues de distance. j’ai trouvé là un souper, des lits préparés et le lendemain des chevaux et nous sommes allés en cavalcade de 12 visiter les mines de Houille à Montrelais à une lieue et demie de là. nous y sommes descendus et à notre retour nous avons trouvé un excellent déjeuner les choses étaient préparées de manière que le même jour j’étais à dîner chez le Préfet[3] où j’étais attendu. à orléans j’aurais pu dire comme le général des Capucins qui se rendait de Paris à Versailles et qui trouvant toute la route éclairée par les réverbères s’imaginait que cette illumination était pour lui et qui s’humiliait en disant en vérité c’est trop d’honneur pour un Capucin. ici cependant j’avais été l’occasion d’un très grand dîner de 40 couverts donné par la Société des Sciences après une séance où le Président de la cour Impériale présidait et où assistaient le Maire[4], l’évêque[5], le recteur de l’académie etc. on me fit des compliments auxquels je ne m’attendais guère et auxquels je répondis vaille que vaille. après vint ce grand dîner où la place d’honneur m’était réservée à la droite du Président. enfin j’ai eu dans tout ce voyage honneur et Profit. Car tous frais faits il m’est resté près de 1 600 francs.

Je me suis en général très bien porté. je recommence lundi mon cours et je ferai leçon tous les jours pendant deux mois.

Le Cousin Dumont[6] que j’ai vu avant-hier m’a montré la lettre de mon père il s’est chargé de sentir le vent du bureau. je dois l’aller voir tout à l’heure.

Ma femme est aussi bien que son état le comporte. le petit[7] est on ne peut mieux. j’embrasse Désarbret, Reine, Montfleury et Rosalie[8]. ma femme en fait autant et vous présente ainsi que moi ses plus tendres amitiés. en vous adressant ses remerciements pour les bonnes lettres qu’elle a reçues de vous en mon absence.

Veuillez Présenter mes amitiés à ma Cousine Duval et à son mari[9].

C.


Notes

  1. Alphonsine Delaroche.
  2. André Marie Constant Duméril rentre de tournées de jurys de médecine.
  3. Abdon Hély d’Oissel, préfet du Maine-et-Loire de février 1809 à juin 1814.
  4. Crignon-Desormeaux, maire d’Orléans de 1800 à 1815.
  5. Il s’agit sans doute de Jacques Raillon, nommé évêque d’Orléans par Napoléon en 1810 ; mais le pape Pie VII refuse de lui donner l’investiture canonique. Il est donc à la tête du diocèse comme administrateur, avec le titre de vicaire capitulaire.
  6. Charles Dumont de Sainte-Croix.
  7. Louis Daniel Constant Duméril.
  8. Joseph Marie Fidèle dit Désarbret et Florimond dit Montfleury (l’aîné), frères d’AMC Duméril ; Reine et Rosalie leurs sœurs.
  9. La seule cousine germaine portant le nom de Duval est Adélaïde, épouse de Frédéric Magnier.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 3ème volume, p. 93-95)

Annexe

A Madame

Madame Duméril

Petite rue St Remy N° 4

à Amiens.

Pour citer cette page

« Vendredi 6 novembre 1812. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à ses parents François Jean Charles Duméril et Rosalie Duval (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_6_novembre_1812&oldid=36075 (accédée le 15 août 2022).

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