Vendredi 4 novembre 1870 (A)

De Une correspondance familiale

Lettre d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) à sa sœur Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1870-11-04A.jpg


Ma chère petite Nie, il est probable que vous allez <entendre> parler d'une révolution dans Paris &. rassurez-vous, tout y est fort calme, seulement M. Flourens[1] et une poignée d'homme on prit le prétexte de Metz qui s'est rendu[2] et de la petite affaire du Bourget[3] pour faire un peu de bruit à l'hôtel de ville et chercher à prendre la place du gouvernement en demandant la commune[4]. Il n'y a pas eu un coup de fusil et tout est fort calme. Ainsi ne croyez pas tous les mensonges que vous apprendrez par l'entremise des Prussiens. Sous le rapport de la nourriture nous sommes encore très heureux et ne manquons de rien. Le morceau de bœuf n'est pas très gros mais nous avons à discrétion de la viande de cheval, du pain et des légumes sans compter toutes nos provisions. Tu vois que ns ne sommes pas bien à plaindre. Ce qui nous paraît dur c'est d'être sans nouvelles de vous, il est vraiment pénible de ne rien savoir sur ce qu'on aime. Je me réjouis de te savoir près de ton mari[5] car les séparations sont trop dures en ce moment. Maman[6] va bien elle est allé à la grand'messe aujourd'hui. Alphonse[7] est aussi en très bon état ainsi que nous tous car les santés sont excellentes. L'ambulance[8] marche bien, nos blessés guérissent et tout est pour le mieux. Jean[9] a une mine superbe et a maintenant une maîtresse tous les jours. Julien[10] est au fort d'Issy dans le bureau du génie, il vient de temps en temps et paraît content, il a bien meilleure mine qu'autrefois. Adieu ma chère petite Nie, je t'embrasse bien tendrement ainsi que tous les nôtres. Mille tendresses à nos chéries[11] que nous aimons tant et à ton cher mari[12]

AME


Notes

  1. Gustave Flourens.
  2. Bazaine capitule : la reddition de Metz est officielle le 31 octobre.
  3. Le village du Bourget, réoccupé par les Français, est repris par les Prussiens (30 octobre).
  4. Des Parisiens inquiets des négociations engagées par Thiers avec Bismarck manifestent contre Trochu et son gouvernement (31 octobre). Flourens est l’un des organisateurs de cette manifestation contre la politique du gouvernement de la Défense nationale.
  5. Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff s’était réfugiée en Suisse.
  6. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  7. Alphonse Milne-Edwards.
  8. Ambulance organisée par les habitants du Jardin des plantes.
  9. Le petit Jean Dumas.
  10. Julien Desnoyers.
  11. Marie et Emilie Mertzdorff.
  12. Charles Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Annexe

par ballon monté

Madame Mertzdorff

Vieux-Thann

haut-Rhin

Pour citer cette page

« Vendredi 4 novembre 1870 (A). Lettre d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) à sa sœur Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_4_novembre_1870_(A)&oldid=36044 (accédée le 13 août 2022).

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