Mercredi 2 et jeudi 3 novembre 1870 (G)

De Une correspondance familiale

Lettre d’Eugénie Desnoyers (épouse de Charles Mertzdorff) (Vieux-Thann) à ses filles Marie et Emilie Mertzdorff (à Morschwiller chez leurs grands-parents)

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Mercredi 11h soir

Merci, mes bonnes Chéries, pour vos bonnes, longues et aimables lettres. En les lisant à père[1] j'ai fait comme vous, heureusement que nous ne m'avez pas vue car vous auriez dit : « Maman n'est pas plus raisonnable que nous » et cela vous aurait fait trop de plaisir ; aussi je vous le dis tout bas, dans le tuyau de l'oreille. Mais si j'ai été contente de recevoir de si nombreuses causeries de mes petites filles, d'un autre côté j'ai été triste de voir qu'elles ne pouvaient pas jouir de se trouver en ce moment chez leur chère bonne-Maman[2] mais je comprends,... bonne-maman comprend aussi... et je suis sûre qu'elle pardonne à tout le monde. Notre projet est d'aller vous trouver Vendredi matin avec père (vous pourrez lui souhaiter sa fête, je tâcherai de ne pas oublier le bouquet et le dessin d'Emilie) et... j'espère pouvoir vous ramener Samedi à la maison, si tout continue à être calme ici. Remerciez bien bonne-maman pour tout ce qu'elle fait pour vous ainsi que bon-papa qui a su trouver d'amusantes histoires à vous raconter. J'aime à penser que ces excellents petits gâteaux de Milan ne seront pas tous mangés et que je pourrai vous faire compliment sur votre talent de cuisinière.

Je ne trouve rien d'extraordinaire à vous raconter, ce matin je vous ai encore récrit en vous envoyant les lettres des amies[3] ; puis papa est monté dîner, nous sommes restés au salon à lire le journal allemand (pas moi) je raccommodais le linge de la lessive. Père a ensuite allumé son cigare et nous avons fait un tour de jardin oncle Georges[4] nous a accompagnés.

Comme le canon grondait encore nous avons cherché à savoir d'où cela pouvait venir ; nous sommes montés sur la terrasse et nous nous sommes persuadés que ce devait être le bombardement de Neuf-Brisach. Dans nos parages, rien de nouveau. Restée seule au jardin j'ai cueilli du réséda, d'après le bon exemple de bonne-maman, et j'en ai mis dans votre armoire ; j'espère que ça va répandre un doux parfum comme celui qu'Emilie trouvait à ses pantoufles après leur séjour auprès de cette charmante fleur.

Ce soir j'ai continué à raccommoder le linge, j'ai fini le cache-nez, ça marche très bien maintenant ; et même figurez-vous que père l'a essayé et trouve cela très commode ; ce sera une idée pour le jour de l'an, vous pourrez lui en faire un.

Dis à Cécile[5] qu'elle ne peut rien faire qui me soit plus agréable que de jouer avec vous, et que si j'ai parlé d'ouvrage c'était pour répondre aux craintes qu'elle m'avait exprimées Lundi de n'avoir rien à faire jusqu'à mon retour. Fais-lui bien mes amitiés.

Demain on arrachera les pommes de terre.

J'ai reçu une lettre de Mme Lafisse[6] elle est à Nantes chez les Emile Allain[7] avec sa pauvre mère[8]. Mme Duval[9] est toujours à Avignon, on a eu des nouvelles de Raymond[10] jusqu'au 27 Septembre, il était à Metz. De Paris nous ne savons rien depuis le 18.

Vous dormez depuis longtemps, mes bonnes chéries, je vais en faire autant mais avant je vais vous embrasser bien, bien fort et père aussi, prenez garde on va vous étouffer.

A bientôt et j'espère alors ne plus vous quitter, mais comme dit Emilie il faut accepter ce que Dieu nous envoie. Bonsoir mes deux choux, faites de bon rêve.

Votre maman amie

Eugénie M.

En embrassant bonne-maman de ma part, remercie-la pour ses deux bonnes lettres et pour tous les soins qu'elle prend de vous.

Ah, comment ai-je fait pour ne pas avoir encore fait compliment à ma Mie[11] de ce qu'elle se soit gargarisée si sagement, aussi j'espère que le mal de gorge va passer bien vite.

Il fait très froid.

Encore un petit bec à mes 2 petits rouges-gorges sans <galanterie> dirait oncle Léon[12].

Jeudi 8h Je viens de voir les amies, dis à bonne-maman qu'elles viendront probablement avec moi demain

Mille amitiés


Notes

  1. Charles Mertzdorff.
  2. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  3. Hélène et Marie Berger.
  4. Georges Heuchel.
  5. Cécile, bonne des petites Mertzdorff.
  6. Constance Prévost épouse de Claude Louis Lafisse.
  7. Emile Allain et son épouse Alice Lebreton.
  8. Amable Target, veuve de Constant Prévost.
  9. Bathilde Prévost, épouse d’Alphonse Duval.
  10. Raymond Duval.
  11. Marie Mertzdorff.
  12. Léon Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 2 et jeudi 3 novembre 1870 (G). Lettre d’Eugénie Desnoyers (épouse de Charles Mertzdorff) (Vieux-Thann) à ses filles Marie et Emilie Mertzdorff (à Morschwiller chez leurs grands-parents) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_2_et_jeudi_3_novembre_1870_(G)&oldid=35013 (accédée le 9 août 2022).

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