Vendredi 26 septembre 1890

De Une correspondance familiale



Lettre d'Alphonse Milne-Edwards (Launay près de Nogent-le-Rotrou) à sa nièce Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Vieux-Thann)


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26 Septembre 1890[1]

Chère Marie

Te voilà au milieu de tes chères montagnes, entourée de tous tes souvenirs d’enfance avec leur douceur et leur tendresse. Tu retrouves les mêmes vallées, les mêmes arbres, la fabrique, la maison et tout ce qui est choses. Mais que de changements quand l’esprit qui présidait et qui faisait vivre ces choses n’y est plus[2]. Que de vides partout, on ne peut s’habituer à ne plus trouver à ses côtés ceux que l’on a aimés, et sur qui on s’appuyait avec tant de confiance. De nouvelles affections se forment mais elles ne comblent pas les vides. Tes enfants[3] sont bien gentils, bien aimants c’est une vraie consolation que de les voir grandir et se développer d’esprit et de cœur mais comme on aimerait à en parler avec leur tante[4], recevoir ses conseils, écouter ses impressions toujours si justes. et cette petite Cécile[5] qu’elle n’a pas connu et qui aurait aussi eu une bien grande place dans son cœur. Enfin ce qui est, est et nous ne pourrons pas le changer. Nous coulons ici une existence paisible sans incidents qui méritent un récit. Madame Brouardel[6] est avec nous toujours excellente et aimable elle nous quittera demain Samedi.

La petite fille de la fermière[7] est toujours bien malade, elle a les humeurs froides et ne se guérit pas. Red Bess[8] va très bien et elle me montre beaucoup d’affection.

Je t’envoie une lettre de M. Legendre[9] relative à des propriétés à acquérir mais il est trop tard à moins que ce soit la Pie au nid. Quand M. le Conseiller[10] (à qui j’envoie mes affectueux compliments) viendra à Launay nous pourrons aller visiter les terres en question. Quand seras-tu à Paris, y passes-tu en allant dans le Pas-de-Calais ?

Je t’embrasse bien tendrement, ainsi que tous les tiens

AME  


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Charles Mertzdorff, décédé en 1883.
  3. Jeanne, Robert, Charles et Marie Thérèse de Fréville.
  4. Aglaé Desnoyers, épouse d'Alphonse Milne-Edwards, décédée en 1887.
  5. Cécile Dumas, née en 1889.
  6. Élisabeth Coudray, veuve de Pierre Brouardel.
  7. La fermière : Amélie Hubert, épouse d'Alexandre Guerrier qui est père de Noémie Guerrier.
  8. Red Bess, jeune jument.
  9. Maître Louis Eugène Legendre, notaire.
  10. Marcel de Fréville, nommé conseiller référendaire de 2e classe le 20 septembre 1890 à la Cour des comptes.

Notice bibliographique

D’après l’original.


Pour citer cette page

« Vendredi 26 septembre 1890. Lettre d'Alphonse Milne-Edwards (Launay près de Nogent-le-Rotrou) à sa nièce Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_26_septembre_1890&oldid=51892 (accédée le 19 août 2022).

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