Vendredi 26 juin 1812

De Une correspondance familiale

Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à sa belle-mère Rosalie Duval (Amiens)

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N°212

Paris 26 Juin 1812

Ma très chère Maman, quoique je doive une réponse à une bien aimable lettre de ma belle-sœur Reine[1], je ne veux pas reculer davantage le plaisir de m’adresser à vous, et vous voudrez bien être mon interprète auprès de votre fille pour lui témoigner le plaisir que m’a fait sa lettre et lui dire que je lui répondrai sûrement bientôt. Nous voulions vous écrire par Mme Creton, et nous n’avons pas su en trouver le temps, ayant été à la campagne à cette époque ; mais vous pourrez avoir par eux de nos nouvelles en détail car nous avons eu le plaisir de les voir plusieurs fois, mais nous n’avons pas pu avoir celui d’entendre Mlle Colombe sur le piano à mon grand regret, car je m’étais réjouie de connaître son talent sur cet instrument. Nous l’avons trouvée bien jolie et bien aimable et ses Parents doivent en être fort glorieux. Nous avons eu occasion de voir deux ou trois fois ces jours-ci une de ses amies Mlle Galhaut qui est bien intéressante aussi, et qui de même qu’elle est bien chérie de ses Parents. Cette famille parait bien respectable. C’est elle qui veut bien se charger de cette lettre, ainsi que d’un mouchoir de mousseline qui a déjà bien voyagé et qui est revenu ici lorsqu’il devait rester à Amiens. Il appartient à Mme Duval-Maressal[2] qui l’avait oublié chez Mme Dumont[3], laquelle nous avait prié de le lui renvoyer lorsqu’il se présenterait quelque occasion ; Nous l’avons longtemps oublié, enfin M. Duméril[4] le mit dans la caisse de livres qu’il fit partir au mois de Décembre dernier. Il joignit à cette caisse, (ou fit partir par la poste) une lettre qui donnait l’explication de chacun des objets qu’elle contenait ; mais il parait que cette lettre s’est perdue.

Vous savez ma chère maman que nous avons le plaisir d’avoir dans ce moment à demeure M. et Mme DeFrance d’Auxi le château[5]. Nous ne nous flattions plus de voir notre cousine, et nous avons été bien contents de voir qu’elle s’était déterminée à faire ce petit voyage ; Elle est peinée d’être séparée de tous ses enfants, cependant je crois qu’elle voit et qu’elle verra avec intérêt les curiosités que contient notre ville, seulement on n’a pas assez d’yeux ni assez de jambes pour voir tout, dans peu de temps. Il parait que M. Defrance a quelque lieu d’espérer qu’il obtiendra ce qu’il est venu solliciter.

Nous avons été bien contents d’avoir de vos nouvelles, par eux, qui venaient de vous quitter quelques heures avant. Ils nous ont fait grand plaisir en nous apprenant que mon beau-Père[6] fait un voyage heureux et agréable. C’est aussi par eux que nous avons appris l’heureux accouchement de ma belle-sœur Auguste[7] ; Nous ne comprenons pas comment mon beau-frère qui doit être bien joyeux d’avoir un fils ne nous a pas encore communiqué cette nouvelle ; il est cependant bien persuadé j’espère, de tout le plaisir qu’elle doit nous faire. Je désire qu’il nous adressera bientôt des détails sur la mère et sur l’enfant. Notre gros et grand Constant[8] (car il prospère dans tous les sens) est on ne peut pas mieux portant. Quant à moi je suis bien mieux depuis quelques semaines, mais je suis déjà d’une rotondité qui m’effraye presque, car je ne compte que 3 mois et demi tout au plus de grossesse et je ne peux pas m’empêcher de penser à la possibilité d’avoir deux enfants.

M. Duméril est très bien portant et n’a pas eu de migraines depuis deux mois à peu près ce qui lui fait espérer que cette disposition se dissipera peu a peu. Recevez ma très chère Maman l’expression de notre respectueux attachement, et veuillez présenter nos amitiés à ma sœur à mon frère et à Montfleury[9].


Notes

  1. Reine Duméril.
  2. Flore Maressal, épouse d’Augustin Duval.
  3. Rosalie Rey, épouse de Charles Dumont de Sainte-Croix.
  4. André Marie Constant Duméril, son mari.
  5. Louis Defrance et son épouse Basilice Leguay.
  6. François Jean Charles Duméril.
  7. Auguste (l’aîné), frère d’AMC Duméril, dont la femme Alexandrine Cumont vient d’accoucher de Charles Auguste.
  8. Louis Daniel Constant Duméril.
  9. Reine, Auguste (l’aîné) et Florimond dit Montfleury (l’aîné), sœur et frères d’AMC Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 3ème volume, p. 84-87)

Annexe

A Madame

Madame Duméril

Petite rue St Rémy

A Amiens

Pour citer cette page

« Vendredi 26 juin 1812. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à sa belle-mère Rosalie Duval (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_26_juin_1812&oldid=35965 (accédée le 17 août 2022).

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