Vendredi 25 mars 1842

De Une correspondance familiale

Lettre d’Auguste Duméril (Paris) à son oncle Auguste Duméril l’aîné (Lille)

lettre du 25 mars 1842, recopiée livre 6, page 129.jpg lettre du 25 mars 1842, recopiée livre 6, page 130.jpg lettre du 25 mars 1842, recopiée livre 6, page 131.jpg lettre du 25 mars 1842, recopiée livre 6, page 132.jpg lettre du 25 mars 1842, recopiée livre 6, page 133.jpg lettre du 25 mars 1842, recopiée livre 6, page 134.jpg lettre du 25 mars 1842, recopiée livre 6, page 135.jpg


Montrer à Auguste

D’André Auguste Duméril

Avril 1842[1]

Mon bien cher oncle,

J’ai voulu attendre d’avoir soutenu ma thèse[2], pour vous envoyer le tableau que je me suis fait des avantages et des inconvénients respectifs des deux carrières entre lesquelles j’hésitais. C’est mardi que j’ai reçu le titre de docteur : les examinateurs ont mis une grande courtoisie et beaucoup de bienveillance dans leurs interrogations, et ils ont bien voulu me témoigner par une bonne note, que ma thèse ne leur semblait pas un travail par trop imparfait. Je vous en adresse un exemplaire, pensant que, quoique la dissertation, par elle-même, ne puisse vous offrir qu’un très mince intérêt, vous en trouverez peut être, à y voir le résultat d’un travail fort long, et, je crois pouvoir le dire, consciencieusement fait, par celui à qui vous venez de donner une preuve si manifeste de votre bonté, en lui permettant de voir en vous un second père.

Vous verrez par la récapitulation que j’ai faite des motifs qui m’ont porté à me décider à suivre la carrière des sciences et de l’histoire naturelle, en général, que j’ai cherché à être vrai avant tout, et à montrer les choses telles qu’elles sont en réalité. Il me semble bien, et ceci n’est pas une considération à négliger, que mes goûts s’arrangeront mieux de cette vie, que de celle de chirurgien, qui vous entraîne, sans qu’on puisse l’éviter, à vous occuper plus encore des intérêts étrangers que des vôtres, et qu’accompagnent souvent des craintes très vives pour la vie des malades, dont on est chargé. Je pense que ma cousine Eugénie appréciera l’éloignement de ces préoccupations. Lorsque j’étais si incertain sur la décision à prendre, relativement à la carrière que je devais embrasser, j’aurais voulu pouvoir m’aider des conseils sages et éclairés de M. Delaroche[3], dans le jugement duquel je sais que vous avez une grande confiance ; mais il était bien difficile de causer de tout cela par correspondance. Il vient d’arriver à Paris, et je me suis empressé de lui faire connaître ma décision. Il s’est toujours montré si bon et si bienveillant pour moi, que je n’ai pas cru devoir lui cacher, mais en le priant de garder la chose absolument secrète, le bonheur qui m’attend, grâce à la promesse que vous et ma chère tante[4] avez bien voulu me faire, pour l’époque où je serai en position de me marier.

J’ai eu la satisfaction de voir mon oncle approuver mes projets, tout en regrettant un peu pour moi la clientèle, parce qu’il se figure que mon caractère aurait peut-être convenu à ce genre de carrière : il comprend tous les motifs qui m’ont porté à suivre l’autre ; il voit aussi, dans cette union, cet avantage, dont je vous ai déjà parlé, et auquel j’attache beaucoup de prix, celui de resserrer les liens de votre famille et de la nôtre, déjà si unies. Mon oncle a rendu ma réception plus flatteuse, en voulant bien y assister.

Constant[5], que je suis toujours sûr de trouver quand il y a quelque marque d’amitié à me donner, y était aussi, avec Constant Say et mes amis Bibron et Joseph Fabre. J’ai à vous remercier, pour ma part, de la lettre que mon frère a reçue de vous jeudi dernier, et dans laquelle vous lui donnez des détails que, d’après votre désir, il m’a transmis, sur la dot de ma cousine. J’y ai vu une nouvelle preuve de votre bonté, puisque vous en portez le chiffre à 50 000 F. J’ai su positivement par Monsieur Delaroche que j’ai à moi 35 000 F, qui, à 5 % d’intérêt, rapportent 1 750 F. Les 40 000 F, sur hypothèques à 4 ½ % et les 10 000 à 5 % forment un intérêt de 2 300 F ; la réunion de ces deux sommes, jointes aux 3 000 F, que je gagnerai quand je me marierai formeront un revenu de 7 000 F. Or, voici le calcul que j’ai fait, et il me semble qu’avec les avantages résultant de la vie en commun, et l’absence de loyer, cette somme sera très suffisante, au moins pendant les deux ou trois premières années, en supposant, ce que j’espère bien ne sera pas, que je ne viendrai pas à gagner davantage, pendant ce laps de temps. Une pension de 200 F par mois couvrirait, je crois, les frais de nourriture pour trois personnes, en y comprenant une domestique qui, étant à nos gages (qui), nous coûterait 400 F. Le blanchissage, payé par nous, ne s’élèverait sans doute pas au-delà de 300 F. Je compte, pour le tailleur 500 F, pour la couturière et la marchande de modes 500 F, pour le bottier et le cordonnier, et pour les petits accessoires de toilette 300 F. Nous dépenserons sans doute une assez grande quantité de bois à brûler j’estime cette dépense à 200 F. Enfin, je compte pour dépenses courantes, imprévues etc. 200 F, par mois. L’addition de ces différentes sommes donne 7 000 F,

Pension 2 400 F

Domestique 400 F

Blanchissage 300

Tailleur 500

Couturière-Modes 500

Bottier-Cordonnier-Gants 300

Bois à brûler 200

Dépenses courantes 2 400

______

7 000

Quelques-unes de ces dépenses sont peut être portées un peu haut, et pendant une année ou deux le jeune ménage, bien fourni, n’aura probablement pas occasion de dépenser 2 400 F pour des frais imprévus ou d’entretien. Avec les goûts simples et modestes d’Eugénie et les miens, qui sont analogues, je le dis sans vouloir m’en faire un mérite, il ne serait pas impossible, je crois, de faire quelques économies.

J’ai écrit au commencement de la semaine à Auguste[6], et j’étais heureux de pouvoir lui parler de mon bonheur ; c’en est un pour moi, en outre, de penser que plus tard, le frère et les deux sœurs, qui s’aiment tant, vivront réunis, mais ce bonheur se complète, par l’espoir que vous vous déciderez, avec ma tante, à vous rapprocher de vos trois enfants, de vos deux gendres et de votre bru, qui éprouveront une si vive satisfaction à vous voir près d’eux.

Maman a été fort touchée et très reconnaissante de la lettre que ma cousine Eugénie lui a adressée. Je la remercie beaucoup, pour ma part, d’avoir donné ce témoignage d’affection à une tante et à un oncle qui sont toujours disposés à l’aimer de tout leur cœur.


Notes

  1. Cette indication portée au moment de la copie est erronée. Il est fait allusion dans la lettre du 7 avril 1842 à cette « missive du 25 ».
  2. Thèse soutenue le 22 mars 1842. Le texte remanié de la thèse de doctorat d’Auguste Duméril paraît en 1846 : L'évolution du fœtus (imp. de Fain et Thunot, 164 p.).
  3. Michel Delaroche, oncle d’Auguste.
  4. Alexandrine Cumont.
  5. Louis Daniel Constant Duméril, frère d’Auguste.
  6. Charles Auguste Duméril, cousin d’Auguste.

Notice bibliographique

D’après le livre de copies : lettres de Monsieur Auguste Duméril, 1er volume, « Lettres relatives à notre mariage », p. 129-135

Pour citer cette page

« Vendredi 25 mars 1842. Lettre d’Auguste Duméril (Paris) à son oncle Auguste Duméril l’aîné (Lille) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_25_mars_1842&oldid=35947 (accédée le 14 août 2022).

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