Vendredi 22 septembre 1876

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) à Aglaé Desnoyers (épouse d’Alphonse Milne-Edwards) (Biarritz)

original de la lettre 1876-09-22 pages 1-4.jpg original de la lettre 1876-09-22 pages 2-3.jpg


Maison du Moulin 22 7bre 1876.

Bien des jours se sont passés sans que j’aie pris la plume pour t’écrire, ma bien chère Aglaé, mais si je ne l’ai pas fait c’est que je me suis reposée sur les lettres de mon mari[1] qui sait si bien donner des détails complets sur tout ce qui intéresse. Nos chères petites filles Marie et Emilie[2] que je remercie tant pour tout ce qu’elles nous ont écrit, nous ont envoyé des lettres qui nous sont précieuses comme celles de leur père[3] et de leur petite tante[4]. Nous ignorions complètement l’indisposition de ton bon père[5] et sommes heureux de ne l’avoir apprise que lorsque nous apprenions en même temps son rétablissement. Dis bien à tes chers parents, quand tu leur écriras, combien nous sommes avec eux par la pensée et parle-leur de tous les vœux que nous faisons pour leur santé. Nous avons su par une lettre de Charles que Monsieur Edwards[6], avait été tout à fait content du résultat obtenu pour la santé de notre chère petite Marie, elle ne tousse plus, la gorge s’est tonifiée, mais ce qu’on voudrait à présent c’est qu’elle prît de bonnes joues roses.

Il faut que je te dise, ma bonne Aglaé, que dernièrement mon mari écrivant à notre parent Henri Delaroche dont nous connaissons si bien l’amitié pour nous, lui reparlait de la jeune personne du Havre à laquelle on avait pensé vaguement pour Léon[7]. Je vais te copier le passage de la lettre reçue avant-hier de ce bon cousin et qui répond à notre demande. C’est pour moi un besoin que Charles et toi vous soyez tenus au courant de nos préoccupations.

« Havre 19 7bre 1876.

Nous voyons, cher Constant, avec un vif intérêt tout ce que tu nous dis de Léon. S’il se décidait à nous faire une visite au Havre nous serions charmés de le voir et de le recevoir à la Côte. Il retrouverait la jeune personne en question pour laquelle je ne sache pas qu’il y ait rien de nouveau. A propos de Léon il faut que je te dise que pendant son dernier séjour au Havre, Madame Mantz[8] la grand-tante de Jules Roederer[9] nous a parlé avec beaucoup d’éloges d’une demoiselle Stackler[10] de Mulhouse qui, d’après tout ce qu’elle nous en a dit, pourrait fort bien convenir à Léon. C’est la fille d’un médecin[11] et elle est catholique. Madame Mantz nous dit qu’elle a de charmantes qualités, qu’elle est bien de figure, sans être très jolie et qu’elle doit avoir une certaine fortune, mais vous en savez sans doute, et pouvez en tout cas en savoir vous-mêmes beaucoup plus long sur son compte. J’ai tenu cependant à ne pas tarder davantage à vous faire part de notre conversation avec Madame Mantz. »

Inutile de dire que nous nous sommes empressés de faire part de tout cela à Léon. J’aurais souhaité aller chez Madame Mantz mais il préfère en parler d’abord à Jules Roederer qui est attendu à Mulhouse pour la fin de ce mois. Il me semble qu’il y aurait là bien des choses qui militeraient en faveur de ce mariage si toutefois la jeune personne est d’une bonne santé. Ce serait pour Léon un bien grand avantage d’épouser une Alsacienne puisqu’il est destiné à rester en Alsace.

Connaître la langue et les usages d’un pays donne de la facilité pour tout ce qu’on veut faire. Je me laisse aller à l’espoir, après tant de déceptions, que cette affaire réussira mais j’ai peut-être tort de trop caresser cette idée. Cette préoccupation du moment n’ôte rien à celle qui se rattache à mon neveu Paul[12] et à Mlle Mathilde[13], puisse Dieu permettre que rien n’arrête l’accomplissement de ce mariage qui se ferait sous des auspices si heureux par la réunion des grandes qualités que possèdent ces jeunes gens qui semblent nés l’un pour l’autre.

Je te dirai, ma bonne Aglaé, que notre petite maison est jolie, commode, et d’une bonne distribution, le jardin est charmant, les yeux aiment à s’y complaire. Que je voudrais que vous fussiez installés dans votre nouvel appartement, j’y pense souvent en craignant pour toi la fatigue à laquelle entraîne un déménagement. Adieu ma bien chère Aglaé, mon mari te remercie mille fois de ta bonne lettre et se joint à moi pour embrasser bien fort la petite mère, le bon père et les chers enfants Marie, Emilie et petit Jean[14].


Notes

  1. Louis Daniel Constant Duméril (« Constant »).
  2. Marie et Emilie Mertzdorff.
  3. Charles Mertzdorff (« le bon père »).
  4. La destinataire : Aglaé Desnoyers-Milne-Edwards (« la petite mère »).
  5. Jules Desnoyers, époux de Jeanne Target.
  6. Henri Milne-Edwards.
  7. Léon Duméril.
  8. Emilie Sophie Caroline Mantz, épouse de Jules Roederer.
  9. Jules Emile Roederer.
  10. Marie Stackler.
  11. Xavier Stackler (†).
  12. Paul Duméril.
  13. Mathilde Arnould.
  14. Jean Dumas.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 22 septembre 1876. Lettre de Félicité, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) à Aglaé Desnoyers (épouse d’Alphonse Milne-Edwards) (Biarritz) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_22_septembre_1876&oldid=35910 (accédée le 13 août 2022).

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