Vendredi 19 décembre 1873

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


Mon cher petit Papa,[1]

C'est bien mal à moi de ne pas t'avoir écrit hier j'espère bien que tu ne te seras pas inquiété car nous allons parfaitement la cause de mon retard n'est que le manque de temps.

Hier a été une journée de presse le matin ma chère sœur[2] avait encore un peu d'analyse à copier ce qu'elle a fait vite vite puis nous sommes parties en courant au catéchisme. On ne leur a pas rendu leurs analyses cela fait que nous ne connaissons pas sa place. Par contre elle a été interrogée tout le temps et a pas mal répondu. Sitôt le catéchisme fini nous avons été chez bonne-maman[3] pour déjeuner. Après le repas Mme Lima est arrivée et nous avons pris notre leçon d'allemand. A peine était-elle partie que nous étions ici. à 2h ½ Henriette Baudrillart est arrivée et nous avons passé ensemble une bonne heure et demie. à 4h nous l'avons reconduite rue de l'Odéon ce qui a fait notre promenade en rentrant nous avons trouvé M. Boussiard[4] tu vois que cela a été une journée bien remplie et qu'il nous a été bien impossible d'aller à Conflans[5] car même en nous dépêchant beaucoup après notre leçon d'allemand nous ne serions arrivés que juste à l'heure à laquelle on ne voit plus les enfants. Nous irons Dimanche.

Notre journée de Mercredi a été aussi bien employée. Le matin nous avons eu aussi Mlle Poggi[6]. puis rapidement nous avons mis chapeaux et manteaux et nous voilà parties sur une route que nous connaissons bien.

Nous ne sommes arrivées que juste pour le cours[7]. On a commencé par nous faire une petite allocution dans laquelle Mme Charrier[8] nous a dit qu'elle tenait beaucoup à la Clef de la Science[9] mais que les élèves trop fatiguées n'y sont pas forcées pourvu qu'elle le voient dans l'été. on la fera réciter dans un concours spécial mais comme ce concours se fera avec cachets tu comprends que je vais l'étudier j'en retiendrai ce que je pourrai et c'est si drôle que cela ne me donnera pas de peine à apprendre. Nous avons eu ensuite l'interrogatoire où j'ai été première on nous a aussi donné nos places je suis 1ère en dictée avec 2 fautes et seulement dans le Pautex[10] le morceau de littérature est sans faute c'est beau pour moi n'est-ce pas ? j'ai encore été seconde en style. Cependant je suis à la queue de ma division mais Mlle Bosvy me dit que cela ne signifie rien et que je rattraperai facilement mes 3 ou 4 cachets de différence.

J'étais à mon grand bonheur à côté de ma chère Marie Des Cloizeaux et nous nous sommes bien amusées.

Emilie[11] a été 1ère en analyse de vive voix 1ère également en écriture 2e en dictée (avec [16] fautes elle ne sait pas que je te le dis et m'avait simplement dit d'écrire qu'elle était 2e) 2e ou 3e en tableau d'histoire et 1ère en concours de vive voix sur l'histoire car bien qu'elle ait manqué deux fois c'est elle qui a le mieux su de sa division elle a déjà plus d'un grand cachet.

En sortant du cours nous avons été essayer nos manteaux qui seront très bien puis de là chez Mme Arnould[12] pour avoir des nouvelles de son père. Elle nous a reçues. M. Baltard[13] va un peu mieux mais son état est toujours très grave. Mais devine la nouvelle qu'elle nous a annoncée ? Paule[14] arrive aujourd'hui. M. Arnould est déjà là depuis Mardi il a loué un appartement && pendant ce temps les deux grandes filles[15] ferment la maison là-bas et se sont mis en route avec la femme de chambre et toute la famille pour venir passer tout l'hiver ici ! quel bonheur n'est-ce pas ? mais c'est un grand sacrifice de M. Arnould.

[Adieu] mon petit père chéri je t'embrasse bien fort en attendant que je puisse le faire pour vrai ce qui ne sera pas bien long car tu sais il faut que tu sois avec nous pour Noël.

Tu me demandes si nous n'avons besoin de rien. Je te serais bien obligée de m'apporter une petite crèche qui se trouve sur l'étagère de notre chambre ainsi qu'un petit groupe représentant la Sainte famille tu vois que d'après ces commissions il faut que tu sois ici le 25. Je te demanderai encore mes anciens devoirs de style qui sont dans le tiroir de gauche du secrétaire du salon car maintenant Emilie a les mêmes sujets que moi et nous aimerions comparer. Maintenant encore une fois adieu mon père chéri il va me rester que juste la place de t'embrasser

ta petite fille Marie M


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Emilie Mertzdorff.
  3. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  4. M. Boussiard, professeur d’écriture.
  5. Conflans où se trouvent en pension les petites Berger.
  6. Mlle Poggi, professeur de piano.
  7. Le cours des dames Boblet.
  8. Caroline Boblet, veuve d’Edouard Charrier.
  9. La Clef de la science, ou les Phénomènes de tous les jours expliqués, par le Dr Ebenezer Cobham Brewer (1810-1897), édition revue et corrigée par M. l'abbé François Moigno (1804-1884), Paris, 1865.
  10. Manuel de Benjamin Pautex.
  11. Emilie Mertzdorff.
  12. Paule Baltard, épouse d’Edmond Arnould.
  13. Victor Baltard, père de Mme Arnould.
  14. Paule Arnould, fille de Mme Arnould.
  15. Lucy et Mathilde Arnould.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 19 décembre 1873. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_19_d%C3%A9cembre_1873&oldid=35830 (accédée le 18 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.