Vendredi 16 octobre 1874

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1874-10-16 pages 1-4.jpg original de la lettre 1874-10-16 pages 2-3.jpg


Vendredi 16  8bre 74.

Ma chère Marie ta lettre reçue hier matin me donne de bonnes nouvelles de vous tous. C'est toujours avec grand bonheur que je reçois de ces bonnes nouvelles de tante, Oncle[1], enfants[2] & grands-Parents[3]. etc. etc.

De mon côté que constate que tout le monde va bien, par Léon[4] j'ai des nouvelles de Morschwiller[5] – bonnes – j'aurais dû y aller cette semaine, mais j'étais Mercredi à Mulhouse où j'avais à faire & où j'ai rencontré bien des amis que je n'avais plus vu depuis longtemps. Quoiqu'assez régulièrement je me félicite à chaque voyage à la bourse de m'y être décidé, j'ai chaque fois à combattre une espèce de répugnance à me déplacer & de faire cette grosse corvée qui me coûte toujours beaucoup.

J'ai expédié hier Marie Girol[6] avec ses 2 enfants à Châlons, elle doit y être ce soir, la pauvre enfant est dans la plus grande misère & quoiqu'un peu par leur propre faute & l'inexpérience des hommes ils sont bien intéressants.

Quoiqu'un assez grosse charge je ne m'en plaindrai pas, surtout si je réussis à trouver une assez bonne position au Mari[7].

A ce dernier j'ai dû télégraphier hier que le nouveau patron de Nancy n'est pas chez lui en ce moment & qu'il doit retarder de 8 jours son voyage pour aller le voir. Pour ne pas retarder d'autant les enfants, je me suis décidé à les envoyer de suite avec leur mère ; c'est une petite dépense en plus, mais enfin c'était mieux.

Les affaires reprennent un peu partout, en France comme ici & tout le monde paraît un peu remonté. Morschwiller reçoit pas mal à faire & il en est de même ici.

J'étais hier au moulin, le bâtiment nouveau est sous toit, sa construction a du reste duré assez longtemps, mais les machines qui doivent le meubler & que l'on fait ici ne seront pas achevées cette année. Que c'est long !

De la maison je n'ai pas grand chose à vous dire, il y a toujours peu de tapage & la paix la plus complète y règne. Les serres sont en réparation pour l'hiver & quoique nous ayons encore de grandes chaleurs dans la journée le Jardin prend sa couleur d'automne les feuilles tombent & vont remplacer l'Eau des bassins vides. Dans une 15 il faudra se mettre à la choucroute c'est toujours le légume que l'on rentre en dernier – puis la neige. Cependant toujours pas de pluie quoique le baromètre soit depuis plusieurs jours à Variable, les rivières sont sans eaux depuis longtemps à toutes les fermes de l’Ochsenfeld, l'on va chercher la moindre goutte d'Eau à la rivière. A Morschwiller l'on a peine assez pour les lavages qui se font mal.

Mais en somme il est encore plus facile de travailler ainsi qu'il ne le sera dans quelques mois par des froids de 15°. C'est alors que le métier n'est pas rose.

A Aspach-le-haut il y a eu un incendie de 5 maisons & un pauvre enfant[8] de quelques mois y est resté. J'y ai envoyé deux pompes qui ont rendu des services. l'on ne connait pas la cause de l'accident. la mère venait de sortir à 3h après-midi laissant son enfant dans son lit, lorsque le feu s'est déclaré. Ces pauvres gens ne sont plus assurés depuis 1 mois. les autres le sont. De ville & village je ne sais absolument rien je suis comme tu vois un pauvre nouvelliste.

Ma santé est bonne & je me donne pas mal de mouvement. Ma tête commence à vouloir travailler un peu, ce qui me fait plaisir & je l'encourage.

Georges[9] s'occupe maintenant un peu des ateliers & je pense que dans quelques mois il sera au courant de tout ; mais il est encore toujours bien endormi.

Rien n'est encore décidé pour Dimanche. M. Stoecklin[10] voulait que j'accompagne les Heuchel qui se feront conduire à Morschwiller, mais je préfère rester à la maison & si j'y suis seul je me propose de passer une bonne journée à ranger & coller des Cartes. Tu vois que chacun prend ses plaisirs où il les trouve.

J'allais oublier de te dire que M. Stoecklin a acheté une maison à Epinal & que décidément pour le printemps prochain ils quittent ce qui n'est pas bien agréable pour les Grands-parents Heuchel[11].

baisers & amitiés à tous de ton père qui t'aime bien

Charles Mertzdorff


Notes

  1. Aglaé Desnoyers et son époux Alphonse Milne-Edwards.
  2. En particulier Marie et sa sœur Emilie Mertzdorff.
  3. Jeanne Target et son époux Jules Desnoyers.
  4. Léon Duméril.
  5. Morschwiller, où vivent les Duméril.
  6. Marie Reisser, épouse de Xavier Jules Oscar Girol et mère de Xavier Charles Oscar et Paul Xavier Girol.
  7. Xavier Jules Oscar Girol.
  8. Le nourrisson Ignace Alphonse Haffner, né 5 octobre 1874, fils de Ignace Haffner, 40 ans et de Madeleine Schnebelen, 34 ans, décédé le 13 octobre 1874.
  9. Georges Duméril.
  10. Jean Stoecklin, époux d’Elisa Heuchel.
  11. Georges Heuchel et son épouse Elisabeth Schirmer, grands-parents de Jeanne Heuchel, comme les Stoecklin.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 16 octobre 1874. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_16_octobre_1874&oldid=35799 (accédée le 14 août 2022).

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