Lundi 19 octobre 1874

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1874-10-19 pages 1-4.jpg original de la lettre 1874-10-19 pages 2-3.jpg


Paris le 19 Octobre 1874.

Mon père chéri,

J’ai bien des excuses à te faire de ne pas t’avoir écrit hier mais c’est que, vois-tu, nous avons passé toute notre journée à Montmorency. Tu sais peut-être que Samedi nous avions rendez-vous avec Hortense[1] et qu’elle devait venir ici pour quelques jours. En effet Samedi pendant que tante[2] aidait cette malheureuse Mme Dumas[3] dans son déménagement qui n’a été fini qu’hier à midi avec bien des ennuis car les déménageurs étaient ivres et le nouveau propriétaire y a mis les ouvriers avant même qu’elle n’eut <pris> ses affaires et qu’ils ont enlevé le paravent de sa chambre et une partie de l’escalier. Oncle[4] nous a emmenés Emilie[5] Jean[6], Marthe[7] et moi à l’exposition rétrospective du costume[8] où nous avons trouvé Hortense et sa tante[9]. Nous avons visité ensemble une partie de l’exposition. D’abord tout le bas où se trouvent en général les fleurs est plein des étalages de marchands de bijoux & ce qui est très bien arrangé et très joli puis on monte par un grand escalier fait pour la circonstance pour les costumes. Nous avons vu le XVIII le XVII et le XVIe siècle il est très luxueux et très intéressant. Nous en sommes sortis à 4 h bien fatigués car rien n’est plus fatigant que les expositions. Pour revenir nous avons pris le bateau. Hier Dimanche nous avons été à la messe de 8 h et en sortant tante a offert à Mme Brongniart[10] de nous donner Jeanne[11] ce qu’elle a accepté avec bien grand plaisir car elle devait passer la journée à la maison. Nous étions donc à 8 : oncle, tante, Hortense, Jeanne, Marthe, Jean, Emilie et moi. Nous avons été prendre l’omnibus au collège de France puis le train de 10h moins 5 . Nous remplissions un wagon. Pour passer le temps nous avons joué à reconnaître nos billets et des petits bouts de papier. Puis arrivés à Enghien nous sommes montés à pied et nous avons trouvé bon-papa et bonne-maman[12] très bien nous attendant.

Nous avons déjeuner et je t’assure qu’on y a bien fait honneur il y avait une galette immense qui avec le goûter a presque disparu. Après le déjeuner nous avons été dans le jardin et nous avons fait une partie de cache-cache qui a duré jusqu’à ce que nous été n’en pouvions plus alors on s’est assis devant la maison et on a joué à des petits jeux puis quand nous avons été bien reposés nous avons été sur la pelouse du grand jardin où nous avons joué à colin-maillard pendant qu’Hortense visitait en détail avec bon-papa le musée ce que nous avions fait peu de temps avant en gros. Le petit balcon dans l’intérieur est fini le vitrage aussi et bon-papa commence à ranger ses antiquités.

Puis après avoir bien joué à colin-maillard nous avons goûté puis sommes redescendus à Enghien à pied bien contents de notre journée. Pour rentrer nous avons pris l’omnibus du chemin de fer de l’est avec correspondance pour Jardin des Plantes nous n’avons pas attendu du tout.

Ce matin nous venons de prendre notre leçon de piano[13], il fait un temps affreux ce qui paraît bien triste après la série de beaux jours que nous avons eue aussi je crois bien que nous ne sortirons pas.

Mon petit père chéri, si tu savais combien je t’aime, combien je pense à toi et combien je voudrais que tu sois avec nous.

Je crois que je n’ai plus rien  à te dire je t’embrasse donc bien fort. Hortense t’embrasse bien Emilie aussi

ta fille.

Marie

Tout le monde te fait dire bien des choses.


Notes

  1. Hortense Duval.
  2. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  3. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  4. Alphonse Milne-Edwards.
  5. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  6. Jean Dumas.
  7. Marthe Pavet de Courteille.
  8. Cette exposition se tient au Palais de l’Industrie, aux les Champs-Élysées.
  9. Constance Prévost, épouse de Claude Louis Lafisse.
  10. Catherine Simonis, épouse d’Edouard Brongniart.
  11. Jeanne Brongniart.
  12. Jules Desnoyers et son épouse Jeanne Target.
  13. Leçon de piano avec Mlle Poggi.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 19 octobre 1874. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_19_octobre_1874&oldid=51514 (accédée le 9 août 2022).

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