Vendredi 11 et samedi 12 novembre 1881 (B)

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


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Adresse de bonne-maman[1] : 22 rue des fossés Saint-Jacques.

Que je suis donc fâchée, mon cher Papa, de n’avoir mis à exécution ni hier ni aujourd’hui le projet bien arrêté que j’avais de t’écrire ; je pense cependant tant à toi ! je te suis si reconnaissante des longues lettres que tu m’adresses chaque jour ! je voudrais que tu puisses à tout moment savoir que la pensée de ta fille est auprès de toi et voilà que je ne te l’écris même pas ! vraiment je m’en veux beaucoup et je t’en demande bien pardon en te sautant au cou pour t’embrasser de tout mon cœur.

Je ne sais comment le temps passe, je m’agite et je ne fais pas ce que je voudrais ; hier j’ai fait de grands rangements et à la fin de la journée je n’ai eu que le temps de passer bien vite une robe et de courir en omnibus chez Hortense[2] qui était de passage à Paris et que j’ai heureusement pu apercevoir. Sa dernière fille (la seule que j’aie vue) est charmante. Aujourd’hui je suis beaucoup sortie ; j’ai été d’abord à Saint-Augustin à un l’enterrement de la petite fille d’un conseiller à la Cour[3], c’était comme tu le vois une triste cérémonie. Ensuite j’ai fait plusieurs visites, entre autres à bon-papa et bonne-maman qui s’installent peu à peu ; peut-être demain coucheront-ils chez eux mais j’en doute ; j’espère qu’ils seront bien, c’est petit mais gentil ; le salon surtout est ma pièce de prédilection. Il n’y a malheureusement pas moyen de les aider à ranger ; bonne-maman fait tout par elle-même et je suis émerveillée de la manière dont elle supporte tant de fatigues, certes notre génération ne vaut pas la sienne. Bon-papa aussi est admirable, en plus de ces déballages qui le font être debout toute la journée, il fait de grandes courses à pied comme ce soir où il vient de venir dîner de son appartement ici en passant par Montrouge !

Mais je ne te parle que de nous et cependant tu sais si nous sommes occupés de la petite Hélène[4] ! Nos grands-parents ont été bien contents hier de voir M. Stackler[5] et d’avoir par lui beaucoup de détails sur leur chère malade. Il est très heureux que tante Marie[6] soit partie mais comme c’est cruel pour elle ! je la plains de tout mon cœur. Quel bonheur que la petite chérie aille de mieux en mieux ; combien on se réjouit de la savoir guérie ! Pauvre Père tu es entouré de préoccupations, je t’en supplie, souviens-toi de ce que je t’ai déjà instamment demandé : en allant à Nancy[7] fais le petit crochet de venir nous embrasser, nous achèverons de guérir ton rhume et cela ne te prendra pas beaucoup de temps. Je voudrais savoir que tu vas déjà tout à fait bien ; écris-nous bien comment tu te sens, n’est-ce pas ??

Et puis passe par ici, je t’en conjure.

Adieu, mon cher petit Papa, je t’embrasse de tout mon cœur comme je t’aime,

Marie

Samedi. Encore un bon baiser avant de faire partir ma lettre écrite hier soir. L’absence de lettre ce matin nous fait penser que c’est bon signe. Bon-papa et bonne-maman couchent ce soir chez eux. Nous allons tous bien, mille tendres amitiés,

Marie

Jeanne[8] souffre de ses dents, ce qui la rend un peu pâle et grognon mais elle va bien cependant. Nous avons été Mercredi soir entendre l’opéra par le téléphone et nous sommes rentrés ravis ; c’est bien curieux. Je t’écris sans avoir ta lettre qui après nous avoir réjouis ici est partie porter les nouvelles au Jardin. La maison voisine du pavillon Poussielgue[9] est à vendre, cela nous ennuie un peu car si on bâtissait dans la partie jardin qui y tient nous perdrions presque toute notre vue.


Notes

  1. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril. Le couple revient s'installer à paris
  2. Hortense Duval, épouse de Marcel Aubry, mère d’Yvonne et Marie Thérèse Aubry.
  3. Hypothèse : Henriette de Benoist, fille d'Henri de Benoist et de Madeleine Durand de Villers, petite-fille du général Jean Jacques Paul Durand de Villers et du député Victor de Benoist, née et décédée le 27 octobre 1881.
  4. Hélène Duméril, à Vieux-Thann, atteinte de fièvre typhoïde.
  5. Le docteur Henri Stackler, oncle de la malade.
  6. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril et mère d’Hélène., séjourne à Mulhouse.
  7. Nancy où vit Émilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel et sœur de Charles.
  8. Jeanne de Fréville, fille de Marie.
  9. Le pavillon au 15 rue Cassette de l’orfèvre Placide Poussielgue-Rusand (1824-1889), fabricant d’objets liturgiques.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Vendredi 11 et samedi 12 novembre 1881 (B). Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_11_et_samedi_12_novembre_1881_(B)&oldid=35719 (accédée le 12 août 2022).

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