Vendredi 11 et samedi 12 mai 1866

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à son épouse Eugénie Desnoyers (restée à Paris dans sa famille)

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DÉPARTEMENT du Haut-Rhin

mairie du Vieux-Thann   

Vieux-Thann, le Vendredi 11 Mai 1866[1]

Je n'ai rien, Amie chérie, de particulier à te dire. Si je t'écris ce n'est que pour que tu saches que ton petit bonhomme vit encore.

Il est 10 h, je viens de quitter ma mère[2] à laquelle j'ai conté ma journée un peu fatigante. Comme je te l'avais dit, hier Wattwiller m'a possédé jusqu'à 4 h du soir, de 8 h du matin. Bien des choses s'y sont décidées, ameublements, administrateur, choix de Demoiselles de comptoirs, Domestiques etc. Mais nos constructions n'avancent pas & les visiteurs curieux toujours très nombreux sont bien désappointés de ne trouver que décombres.

En rentrant j'ai lu courrier & journaux & n'ai pas trouvé de faire le moindre petit tour de jardin. Ce matin, d'assez bonne heure, j'étais à la fabrique, décider, causer machines avec les Bonheur frères car toute la famille est ici maintenant. A 9 h, j'étais par ma faute (oubli de dire à Vogt) à pied au chemin de fer, à pied à Morschwiller & idem pour le retour. J'en suis revenu à 6 h un peu plus content que la dernière fois. Mais c'est toujours une rude épine. Un voyage comme tu sais passablement fatigant.

En rentrant j'ai trouvé la voiture & me suis fait conduire chez les Henriet ; je n'aurais pas trouvé un autre moment pour les voir. Madame[3] est assez bien, l'appétit manque, ce sont toujours les mêmes & vraiment ils se donnent bien du mal pour être malades. Marie[4] a bonne mine mais je la trouve maigrie. M. le Maire[5] n'a toujours pas bonne mine, il continue à tousser. Pauvres gens !

J'ai trouvé bonne-Maman Duméril[6] occupée au mieux, en arrivant elle venait de se lever pour prendre un bain de pieds. Comme elle est tout l'opposé des Henriet, elle se disait aller bien mieux, cependant à Dîner, au lieu de manger avec nous elle s'est fait servir une tasse de chocolat & n'a fait qu'y toucher. Son estomac ne va pas, elle se trouve toujours faible, fatiguée. Elle dit que c'est le sang qui la tourmente, c'est probablement un changement qui s'opère. Mais elle n'a pas bonne mine & est plus maigre, si possible ! M. Duméril ne va un peu mieux mais non encore comme il voudrait.

Léon[7] travaille en l'absence de son Monde. Je ne te parle pas affaire ; car nous mangeons en ce moment la petite réserve qui nous restait. Encore 8 jours & nous végèterons comme nous l'avons fait si longtemps cet hiver.

A ce contre temps, il n'y a que patience à opposer. Si tu me demandais ce que fait ta Thérèse[8], je serais bien embarrassé de te le dire. Je l'entrevois un instant entre 7 & 8 h. et puis ne rentre plus à la maison qu'à 10 h du soir, où je trouve toutes choses parfaitement prêtes. Un Pacha ne saurait être mieux servi que ton humble serviteur, qui n'est pas très fier en se couchant dans ce vide. Depuis quelques jours, je me réveille de bon matin & suis sur pieds à l'entrée des ouvriers. C'est édifiant ?

Demain, je reste avec mon monde ici la matinée seulement, l'après-midi je le passerai à Wattwiller (l'éternelle) pour mettre en train les tranchées des conduites d'Eau, chambres d'Eaux & faire faire un travail assez difficile à la grosse tour. Il est probable que je ne rentrerai qu'à 8 h, c'est pourquoi je t'écris encore ce soir pensant bien ne le pouvoir demain.

Mon ambition est de passer 2 ou 3 heures à la montagne dimanche prochain.

Je suis très aise que vous alliez à Launay Lundi prochain. Vous prolongerez ainsi votre séjour & aurez le temps de mettre un peu d'ordre dans ce Taudis. Le temps passe si vite, j'ai encore peu fait ici & cependant je suis pressé d'aller vous rejoindre. Il est plus que probable que je quitte Mercredi Soir et soit à Launay Jeudi à Midi. Mais à ce sujet, je t'écrirai encore lorsque tu <seras> dans tes domaines.

Bonsoir il est tard, à demain la fin.

Ce matin. Ma Mère te prie de demander à ta mère[9] la recette de l'onguent omnicurative. Pour que nos dames puissent faire des largesses. Le tems est à la pluie ! Georges[10] vient de me demander la Montagne pour ses pompiers ! Adieu ma partie à moi et la gloriette !

Tout à toi

Charles Mertzdorff

Embrasse embrasse embrasse

Samedi matin.


Notes

  1. L’en-tête est imprimé.
  2. Marie Anne Heuchel, veuve de Pierre Mertzdorff.
  3. Célestine Billig, épouse de Louis Alexandre Henriet.
  4. Marie Henriet.
  5. Louis Alexandre Henriet est maire de Thann.
  6. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril, grand-mère des petites Mertzdorff.
  7. Léon Duméril, fils de Félicité et Louis Daniel Constant.
  8. Thérèse, cuisinière chez les Mertzdorff.
  9. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  10. Georges Heuchel.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 11 et samedi 12 mai 1866. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à son épouse Eugénie Desnoyers (restée à Paris dans sa famille) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_11_et_samedi_12_mai_1866&oldid=35717 (accédée le 18 août 2022).

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