Vendredi, fin novembre ou décembre 1870

De Une correspondance familiale

Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller)

original de la lettre 1870-11ou 12 page1.jpg original de la lettre 1870-11ou 12 pages2-3.jpg


Vendredi soir

Chère bon-papa,

En rentrant j'ai eu le bonheur de trouver deux lettres venant de Paris l'une du 17[1], l'autre du 20[2]. Je m'empresse de vous les envoyer, car elles sont autant, et même presque plus pour vous.

Vous verrez que c'est le Dimanche 12 qu'à dû cesser de vivre votre pauvre frère[3], et que ce jour-là maman[4] nous a écrit, mais la lettre n'est pas parvenue ainsi que bien d'autres. Vous verrez aussi combien Mme Auguste[5] et Adèle[6] sont courageuses, au-dessus même

« de ce qu'elles pouvaient espérer. La pensée de la certitude, du bonheur dont jouit M. Auguste donne à toutes deux un calme dont elles remercient Dieu. De même qu'il nous a rendues heureuses pendant sa vie, me disaient-elles, il nous rend heureuses après sa mort. »

Voilà des paroles bien consolantes.

Je vous les transcris parce qu'elles se trouvent écrites juste au haut de la page que j'ai eu tant de peine à ouvrir que le papier s'en ressent. Vous verrez de même dans la lettre de papa, le petit morceau de papier déchiré est le bas de cette même page. Ces lettres renferment des détails qui nous intéressent tous vivement. On voit que chacun s'est plu à rendre justice, dans sa mesure, aux mérites et aux vertus de M. votre frère, et qu'il emporte avec lui les regrets et l'affection de tous.

Pour les autres détails contenus dans ces 2 lettres vous verrez vous-mêmes. Ayons confiance, ne désespérons pas de notre France.

Nous sommes rentrés à bon port, sans avoir eu froid, grâce aux bons soins de bonne-maman[7], nous avons trouvé de bonnes boules chaudes dans la voiture. Nous avons été bien heureux de notre journée passée avec vous.

Nous espérons que vous recevrez bientôt une bonne lettre de Léon[8].

Bonsoir, aux chers Parents, nous vous embrassons de cœur

Vos enfants[9] et petits-enfants[10]

Eugénie M.


Notes

  1. La lettre de Jules Desnoyers du 16 novembre.
  2. Lettre de Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers, du 20 novembre.
  3. Auguste Duméril.
  4. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  5. Eugénie Duméril, épouse d’Auguste Duméril.
  6. Adèle Duméril, épouse de Félix Soleil et fille d’Auguste.
  7. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  8. Léon Duméril.
  9. Eugénie Desnoyers et son époux Charles Mertzdorff.
  10. Marie et Emilie Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi, fin novembre ou décembre 1870. Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi,_fin_novembre_ou_d%C3%A9cembre_1870&oldid=36123 (accédée le 25 juin 2022).

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