Jeudi 8 décembre 1870

De Une correspondance familiale

Lettre d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) à sa sœur Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1870-12-08.jpg


8 Décembre

Ma chère petite Nie, tu dois être bien ennuyée de ne pas recevoir très régulièrement nos lettres, mais nous le sommes bien plus de rester plusieurs mois sans nouvelles de vous tous. Ici on va parfaitement ; maman[1] vient de sortir acheter un bon tricot pour Julien[2] qui est toujours au fort d'Issy ; nos santés sont excellentes, et nous n'avons nullement à souffrir du siège ; en plus des rations qu'on reçoit nous avons une quantité de provisions auxquelles nous n'avons presque pas touché. Les oeufs et le lard sont devenus des objets de luxe qu'on ne voit plus mais nous en avons encore beaucoup ; nous avons mis des poules dans l'écurie et elles ont la gentillesse de pondre. Tu vois que nous ne sommes pas malheureux ; Albert Geoffroy[3] déjeune avec nous tous les matins et comme je te l'ai déjà dit Ernest Cécile et Noël[4] demeurent maintenant avec nous n'étant plus logé à la monnaie, mais c'est provisoire. Je ne te donne pas de nouvelle de toutes les santés puisqu'elles sont excellentes. Les journaux t'auront appris que nous avons eu des succès mais ce ne sont pas encore des victoires décisives, mais cela donne courage. Depuis 2 mois on a fait immensément à Paris pour la défense et l'organisation, maintenant nous avons des bataillons des jeunes gens de la garde nationale qui prennent < >, puis les hommes d'âge gardent les remparts. On a fait beaucoup de canons &&. En somme <l’esprit> de Paris est excellent, on ne pense qu'à <battre> les Prussiens et chacun donne ce qu'il peut. Il paraît que Marie Buffet[5] est à Tours et Constance[6] à Nantes. Nous n'avons pas de nouvelles de Mme Pavet[7]. Tâche de nous envoyer une dépêche car il est bien pénible de ne rien savoir sur <> nous vous aimons bien tendrement et vous embrassons mille fois.

Mme Duméril[8] va très bien ainsi que les siens ils sont bien courageux.


Notes

  1. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  2. Julien Desnoyers.
  3. Albert Geoffroy Saint-Hilaire.
  4. Ernest Charles Jean Baptiste Dumas, Noël Dumas son fils et son épouse Cécile Milne-Edwards.
  5. Marie Pauline Louise Target, épouse de Louis Joseph Buffet.
  6. Constance Prévost, épouse de Claude Louis Lafisse.
  7. Soit Sophie Silvestre de Sacy, veuve de Charles Pavet de Courteille, soit sa belle-fille Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  8. Eugénie Duméril, juste veuve d’Auguste Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Annexe

par ballon monté

Madame Mertzdorff

Vieux-Thann

haut-Rhin

Pour citer cette page

« Jeudi 8 décembre 1870. Lettre d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) à sa sœur Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_8_d%C3%A9cembre_1870&oldid=40162 (accédée le 11 août 2022).

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