Samedi 27 décembre 1879

De Une correspondance familiale


Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) à Aglaé Desnoyers (épouse d’Alphonse Milne-Edwards) (Paris)


original de la lettre 1879-12-27 pages 1-4.jpg original de la lettre 1879-12-27 pages 2-3.jpg


Vieux-Thann 27 Xbre 1879.

Merci mille fois, ma bien chère Aglaé, de la bonne lettre que tu viens de m’écrire, elle renferme les détails les plus précieux sur le jeune homme en question[1] et sur l’honorabilité de sa famille, il y a même dans la réunion des renseignements obtenus ce que bien rarement on peut trouver dans ce monde, aussi je me laisse aller à de douces pensées en priant Dieu sans cesse qu’il nous éclaire et nous bénisse. A présent il nous tarde de savoir quelle impression vous a faite à tous le jeune homme. Que dit Charles[2] ? ce bon père tout en ayant le désir de marier son enfant est cependant effrayé comme nous tous du changement qui se fait dans la position d’une jeune fille quittant une position douce et tranquille pour en prendre une remplie de responsabilité et de charges, je sais bien que ceci se trouve contrebalancé par les jouissances que Dieu met dans un ménage chrétien, entre deux époux se comprenant et s’appuyant l’un sur l’autre dans le chemin de la vie. Madame Gastambide[3] dit dans une de ses dernières lettres au sujet du mariage de sa fille[4] : ce petit ménage est toujours fort tendre, plus nous connaissons notre gendre plus nous l’aimons et je remercie Dieu d’avoir réuni ces deux natures si sympathiques l’une à l’autre. En lisant ce passage je l’appliquais au grand sujet qui nous occupe en ce moment.

Tu sais par M. Jaeglé[5] le mieux marqué dans l’état de M. Heuchel[6], nous avons donc tout lieu d’espérer que cette fois encore sa forte constitution saura comme l’Eté dernier triompher du mal dont il a tant souffert.
Avant-hier notre petite Hélène[7] a été toute heureuse d’un petit arbre de Noël préparé et arrangé pour elle, sans cesse elle venait nous prendre par la main pour nous faire admirer les divers objets qui pendaient à l’arbre, mais c’est surtout un grand berceau roulant ou plutôt voiture qui a absorbé son attention. On a mis dedans l’Alsacienne donnée par sa marraine[8], on y mettra plus tard les autres poupées, son bonheur est de faire rouler ce berceau dans toutes les pièces. Notre chère belle-fille a pris malheureusement la grippe dont on ne se débarrasse pas facilement cet hiver à cause de la rigueur du froid.
J’espère qu’à Paris on va bien et que toi et M. Alphonse[9] vous ne vous ressentez plus des indispositions que vous avez eues, que Dieu veuille qu’il en soit ainsi chers et si bons amis, je vous quitte en vous embrassant comme je vous aime ainsi que Charles et [nos] chères petites[10]. Mille choses affectueuses de notre part à chacun des membres de la famille. J’ai reçu hier une charmante lettre de notre amie Mlle Dumaine[11], elle se plaint du froid qu’elle ne supporte pas facilement.

Félicité Duméril

Nous avons reçu de fort bonnes nouvelles de Flers[12]. La petite Louise[13] parait être devenue une petite fille modèle.

Mon mari[14] qui rentre à l’instant de la fabrique me dit que ce pauvre M. Heuchel a eu une crise violente cette nuit qui a fort alarmé sa femme[15], le docteur[16] venu le matin n’a pas été fâché que cette crise ait eu lieu, elle s’est manifestée par d’abondantes transpirations et de fréquents besoins d’uriner. Le docteur croit même que cette crise peut être favorable à l’état général.


Notes

  1. Marcel de Fréville, que Marie épousera en avril 1880.
  2. Charles Mertzdorff, alors auprès de ses filles à Paris.
  3. Emilie Delaroche, épouse d’Adrien Joseph Gastambide.
  4. Adrienne Gastambide a épousé Alphonse Chauvet en 1878.
  5. Frédéric Eugène Jaeglé.
  6. Georges Heuchel.
  7. Hélène Duméril.
  8. Émilie Mertzdorff.
  9. Alphonse Milne-Edwards.
  10. Marie et Émilie Mertzdorff.
  11. Clémentine Dumaine.
  12. La famille Soleil vit à Flers.
  13. Louise Soleil.
  14. Louis Daniel Constant Duméril.
  15. Élisabeth Schirmer épouse de Georges Heuchel.
  16. Le docteur Pierre Léon Bornèque.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 27 décembre 1879. Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) à Aglaé Desnoyers (épouse d’Alphonse Milne-Edwards) (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_27_d%C3%A9cembre_1879&oldid=35546 (accédée le 16 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.