Samedi 20 avril 1878

De Une correspondance familiale


Lettre d’Emilie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1878-04-20 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-04-20 pages 2-3.jpg


Samedi saint 20 Avril 1878

Mon cher papa,

J’espère que tu n’auras pas été trop ennuyé de ne pas recevoir de lettre ce matin, c’est moins par oubli que par manque de temps, car lorsque nous sommes rentrées, l’heure de la poste était passée. Enfin ce qui me console, c’est que ma lettre t’arrivera tout à fait en œuf de Pâques, aussi vais-je la charger de toutes mes tendresses et de tous mes baisers pour toi d’abord avec mission de les distribuer autour de toi.

Nous n’aurons pas de cours d’anglais aujourd’hui ; Mme Audouin[1] nous a fait dire que Mme Foussé[2] était souffrante et qu’on craignait la rougeole. Cette pauvre Mme Foussé n’a vraiment pas de bonheur, la voilà encore prise et retenue pour longtemps.

Je n’ai rien de bien particulier à te raconter, tu sais que toutes les semaines se ressemblent et quand on en connaît une on connaît à peu de choses près toutes celles qui précèdent et toutes celles qui suivent.

Hier nous avons été chez la femme Lelong ; elle a été forcée de quitter sa chambre du boulevard saint-Michel et elle est installées maintenant dans une horrible petite mansarde près de la Sorbonne, elle s’est installée là sans demander conseil à personne et maintenant elle s’y trouve bien mal aussi tante[3] va-t-elle la faire déménager aussitôt qu’elle aura trouvé une bonne chambre plus près d’ici.

Papa, je suis prise en ce moment d’une rage de piano, j’en ferais bien toute la journée si les remords de tous les devoirs que je néglige ne me talonnaient pas. Nous n’avons pas eu notre leçon de piano hier à cause du Vendredi saint, je ne sais pas encore quelle jour Mme Roger[4] nous donnera.

Je voudrais bien que dans ta prochaine lettre tu nous parles de retour ; il me semble que tu pourrais bien prendre tes vacances de Pâques avec nous. Je crois que la semaine prochaine nous irons passer une après-midi à Bellevue[5] ce qui nous fait bien plaisir comme tu peux le penser.

Marie[6] a fait beaucoup de grands rangements et de grands nettoyages aujourd’hui j’aurais voulu que tu la voies avec ses gros bras tout rouges, sa robe relevée et ses cheveux tout [[7]], elle avait l’air d’être tout à fait à son affaire, elle aime bien nettoyer les choses à fond et elle s’y entend parfaitement ;

Nous profiterons de ce qu’il n’y a pas de cours d’anglais pour passer une bonne journée à la maison avec bonne-maman[8] qui va venir tout à l’heure ; malheureusement, cette bonne journée est déjà bien avancée car il est trois heures, c’est effrayant comme le temps passe vite ; si je pouvais trouver un bon moyen pour allonger les heures, je le paierais bien cher je t’assure.
La ménagerie est délicieuse en ce moment, elle est toute blanche et rose et le lilas commence à fleurir ; toutes les feuilles poussent avec une rapidité incroyable, d’un jour à l’autre on voit un changement énorme.

Adieu mon père chéri, chéri, je t’embrasse bien fort comme je t’aime ainsi que bon-papa et bonne-maman[9]
Ta fille Emilie

Nous allons entrer dans une série de Mariages ; Mlle Rizzetti[10] Mercredi prochain, Mlle Gosselin[11] le 7 Mai ; le moment qui suit Pâques, c’est toujours la saison des mariages.


Notes

  1. Antoinette Silvestre de Sacy, épouse de Paul Audouin.
  2. Céline Silvestre de Sacy, épouse de Frédéric Foussé et sœur d’Antoinette, professeur d’anglais.
  3. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  4. Pauline Roger, veuve de Louis Roger, professeur de piano.
  5. Bellevue, où habite la famille Baudrillart.
  6. Marie Mertzdorff, sœur d’Emilie.
  7. On peut lire le mot allemand "püzig", qui signifie ici burlesque.
  8. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  9. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  10. Adrienne Adèle Marie Rizzetti va épouser Jean Baptiste Weber.
  11. Adrienne Gosselin va épouser Emile Hyacinthe Chauffard.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 20 avril 1878. Lettre d’Emilie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_20_avril_1878&oldid=35446 (accédée le 8 août 2022).

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