Samedi 15 avril 1876

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité Duméril, avec un ajout de son époux Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller), à leur petite-fille Marie Mertzdorff (Paris)

original de la lettre 1876-04-15 pages 1-4.jpg original de la lettre 1876-04-15 pages 2-3.jpg


Morschwiller 15 Avril 1876.

C’est demain, ma chère et bonne petite Marie que tu auras tes dix-sept ans accomplis, et je viens tant en mon nom qu’en celui de ton bon-papa[1] t’offrir tous les vœux que les parents forment continuellement pour le bonheur de leurs enfants. Tu nous as toujours donné ainsi que ton excellente sœur[2] de vives jouissances. Cette éducation parfaite que tu reçois auprès de ta bonne tante[3] est une garantie pour ton avenir ; nous prions Dieu pour toi, ma chère enfant, afin que dans le cours de la vie, tu sentes sans cesse dans la pureté de ton cœur et le témoignage de la conscience ce calme et cette sérénité que donne l’accomplissement du devoir.

Le jour où tu passais ton examen écrit, tu ne sortais pas une seconde de ma pensée, ma chère petite Marie, et combien j’ai été heureuse en apprenant son heureux résultat. A présent il s’agit de l’examen oral. Préparée comme tu l’es, il me semble que tu dois avoir confiance ; un cours présente ce grand avantage d’habituer à vaincre l’émotion de parler devant plusieurs personnes qui écoutent. Le jour de son examen, ma nièce Adèle[4] était si complètement avec les questions données, qu’elle a su se mettre en dehors de la crainte qui paralyse tant les moyens. Bonne petite Marie, bonne petite Emilie, combien je prie Dieu pour vous deux afin que dans la vie les choses soient pour vous telles que je le désire.

Voilà ta tante Eugénie[5] et ses enfants retenus à Besançon encore pour quinze jours parce que le successeur de mon neveu Félix a obtenu un congé afin de faire suivre à Paris un traitement aux yeux d’un de ses enfants ; tu comprends le désarroi qu’il y a maintenant dans la maison où presque tout est emballé, et avec les enfants[6] on a besoin de tant de choses qu’on n’a plus sous la main dans ce moment.
Ta petite filleule[7] souffrante de la gorge a de l’enflure au cou. Ce temps si pénible que nous avons cause bien des indispositions.

Les travaux à la maison du Moulin n’avancent pas autant que nous le voudrions, le cimentier qu’on réclamait depuis longtemps étant arrivé avec ses ouvriers, a été obligé de s’en aller à cause de la pluie, nous ne pouvons donc pas encore songer à notre déménagement et cependant nous avons une si grande envie de faire le voyage de Paris où tant de personnes nous attirent, inutile de donner leurs noms. Adieu ma bien chère et bonne petite Marie, je t’embrasse de tout cœur ainsi que ta tante, ma petite Emilie, Monsieur Alphonse[8]. Quand tu verras ta bonne-maman Desnoyers[9] embrasse-la bien pour moi ainsi que ta tante Louise[10]. J’envoie mille choses affectueuses à Madame Dumas[11] et fais bien des vœux pour la santé du cher petit Jean et de sa bonne mère.

Ici nous allons bien pour la santé, grâce à Dieu ton bon-papa reprend des forces mais il doit continuer à se soigner. Il me charge de bien embrasser de sa part ses chères petites-filles et de le rappeler au bon souvenir des habitants de la rue Cuvier

Félicité Duméril

N’ayant rien à ajouter à la lettre de ta bonne-maman qu’elle vient de me donner à lire je me contente de la formule employée dans les actes notariés Approuvé l’écriture ci-dessus & d’autre part.   

C. Duméril


Notes

  1. Louis Daniel Constant Duméril.
  2. Emilie Mertzdorff.
  3. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  4. Adèle Duméril, épouse de Félix Soleil.
  5. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril et mère d’Adèle Duméril.
  6. Marie, Léon, Pierre, Louise et Auguste Soleil.
  7. Louise Soleil.
  8. Alphonse Milne-Edwards.
  9. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  10. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  11. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas, et mère de Jean Dumas.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 15 avril 1876. Lettre de Félicité Duméril, avec un ajout de son époux Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller), à leur petite-fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_15_avril_1876&oldid=52329 (accédée le 12 août 2022).

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