Samedi 14 janvier 1882

De Une correspondance familiale

Lettre d’Émilie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


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14 Janvier 1882[1]

Mon bon Père,

c’est de chez bonne-maman[2] que je t’écris, car je n’ai pas pu le faire avant de partir et nous devons passer une partie de la journée à Bellevue. Notre pauvre bonne-maman s’est encore enrhumée Jeudi ; elle s’est mise tout d’un coup à éternuer et à se moucher, aujourd’hui, bien qu’elle ne soit pas plus souffrante on a jugé plus prudent qu’elle reste dans son lit, elle n’a pas mauvaise mine et je ne crois pas qu’elle ait la fièvre, mais elle a un gros rhume qu’il faut soigner. Du reste tout le monde y passe cette année, Paris tout entier tient son mouchoir à la main ; pour faire comme tout le monde, je me suis mise à pleurer et à éternuer hier, mais je ne pense pas prolonger cette cérémonie bien longtemps.

Hier Marie[3] est venue nous voir toute seule, sa fille[4] est débarrassée de tous les ennuis de sa grippe, et a repris son amabilité naturelle, pourtant il a fait trop humide tous ces jours-ci pour qu’on ose la sortir.

Je reviens de Bellevue ; nous avons passé plus d’une heure chez Mme Baudrillart[5] une heure de plaisir par conséquent et qui plus est, on a promis qu’Henriette[6] viendrait dîner Mercredi.

Oncle[7] a vu hier M. Schoeffele[8] qui paraît-il est tout à fait mécontent de toi, parce que tu n’as pas été lui faire une visite de jour de l’an ; et oncle a ajouté : Tu feras bien de prévenir ton père qu’il ne doit pas manquer d’y aller à son prochain voyage (pour mes 21 ans, tu sais) car le pauvre homme avait l’air bien fâché.

Je me suis aperçue que je n’avais pas mis dans ma dernière lettre la carte de M. Berger[9] que je t’annonçais, je t’en fais mille excuses, mais je ne pourrai pas te l’envoyer encore aujourd’hui parce que je ne sais pas où tante[10] l’a mise. Du reste je crois que c’était pour t’annoncer le mariage d’Hélène[11].

C’est ce soir que les conférences de la Sorbonne recommencent, car il n’y en a eu que deux dans le courant du mois de Décembre. Je ne sais pas encore si nous irons entendre M. Faye[12], mais cela m’étonnerait car tante aura probablement envie de se reposer après cette journée, cependant M. Edwards[13] a déclaré ce matin qu’il prendrait une voiture cela fera peut-être pencher [la balance].

Adieu mon papa chéri, chéri que j’aime, je t’embrasse de tout mon cœur.

Tua figlia,

Émilie

Nous avons acheté les rideaux de bonne-maman Duméril[14], ils sont déjà chez elle mais pas encore posés parce qu’il faut les raccourcir un peu, on les achète tout faits au Louvre[15].


Notes

  1. Lettre sur papier-deuil.
  2. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  3. Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville et sœur d’Emilie.
  4. Jeanne de Fréville.
  5. Félicité Silvestre de Sacy, épouse d’Henri Baudrillart.
  6. Henriette Baudrillart.
  7. Alphonse Milne-Edwards.
  8. Hypothèse : Louis Schoeffel (vers 1815-1887), teinturier dans le Bas-Rhin.
  9. Louis Berger.
  10. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  11. Hélène Berger épouse Émile Poinsot en avril.
  12. L'astronome Hervé Faye.
  13. Henri Milne-Edwards.
  14. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  15. Les Grands Magasins du Louvre, ouverts sous le Second Empire.


Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Samedi 14 janvier 1882. Lettre d’Émilie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_14_janvier_1882&oldid=35346 (accédée le 17 août 2022).

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