Samedi 12 mai 1877

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1877-05-12 pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-05-12 pages 2-3.jpg


Paris le 12 Mai 1877.

Mon Père chéri,

C’est vraiment bien mal à moi de ne pas t’avoir écrit hier je ne sais comment le temps s’est passé ce qui est sûr c’est que je n’ai rien fait. Voici l’emploi de notre temps jour par jour depuis le départ de la dernière missive. J Mercredi soir c’était le dîner de famille M. et Mme Noël[1] sont venus naturellement et le soir Mme Brongniart[2] Jeanne et Charles nous avons joué aux petits jeux puis nous avons dansé jusqu’à 10h heure à laquelle tout le monde s’est séparé.

Jeudi jour de l’Ascension nous n’avons rien fait ; Jean[3] s’est réveillé avec un fort mal de tête et a passé sa journée au lit ; M. Dewulf[4] est même venu le voir mais cela n’a rien été heureusement. Tante[5] est donc restée auprès de lui pendant que nous allions à la grand’ messe avec Mme Pavet[6]. Nous avons ensuite lu et travaillé. Marthe[7] est venue puis vers 5h j’ai été avec tante faire visite à Mmes Dumas[8] et Mangon[9].

Hier notre journée a été plus remplie ; nous avons eu d’abord notre leçon de dessin car je ne sais si Emilie[10] t’a dit qu’elle a commencé à dessiner Mardi dernier et que par conséquent c’était déjà sa 2e leçon[11], nous nous installons toutes deux au même chevalet et cela nous amuse beaucoup, elle a déjà fait une feuille et une tête. A 12h1/2 nous avons quitté la maison en voiture, nous avons reconduit Jean chez sa maman[12] puis nous avons été chercher nos amies Berger[13] pour aller ensemble à la réunion annuelle de la société d’acclimatation où M. de Quatrefages[14] devait faire une conférence ou un rapport sur les migrations de peuples dans la Polynésie. Nos amies étaient libres nous les avons emmenées ; la séance a été très intéressante [  ] au théâtre du Vaudeville tout le fond de la scène était occupé par une immense carte d’Océanie faite pour la circonstance ; ensuite a eu lieu la distribution des récompenses ce qui a été un peu long.

L’empereur du Brésil[15] y était et comme il se trouvait juste en face de nous nous avons pu le contempler à notre aise il a c’est un beau vieillard avec une grande barbe blanche. Nous avons reconduit à 4h Marie et Hélène elles attendent leur mère[16] Jeudi prochain et sont toujours très contentes de leur voyage.

Au moment où nous arrivions au haut de l’escalier nous entendons sonner et comme de dignes filles d’Eve avant de rentrer dans nos chambres nous nous penchons au-dessus de l’escalier pour voir qui arrive juge de notre surprise en apercevant tante Eugénie[17]. Elle venait nous faire une petite visite et nous l’avons gardée à dîner elle est à Paris depuis Lundi mais elle n’a eu en fait que des courses et a encore beaucoup à faire et toutes ses visites.

Nous allons dans un instant partir chez nos amies, au cours de géographie : le Samedi est  une journée très remplie puis ce soir c’est la fameuse soirée chez Mme Dumas dont nous nous réjouissons beaucoup, Marthe malgré toutes les taquineries de ses oncle et cousins ira aussi, elle en est folle de joie. Mme Brongniart nous a promis d’emmener oncle[18] dans un coin et de lui faire faire force parties de dominos afin qu’il oublie l’heure et comme c’est une soirée exceptionnelle et la dernière de l’année je crois que ce bon oncle est tout disposé à l’oublier.

M. et Mme Noël conduiront le cotillon malheureusement cette dernière est très fatiguée et enrhumée et a une mine épouvantable, c’est décidément un genre que se donnent toutes les jeunes femmes mais cette mine-là devrait bien changer. Avis à tante Marie[19].

Adieu, mon Père chéri que j’aime si tu savais quelle envie nous avions de t’avoir ce soir je t’assure que tu ne te serais pas ennuyé et nous cela nous aurait fait tant de plaisir ! Enfin à bientôt j’espère que tu seras avec nous pour la Pentecôte.
Je t’embrasse de toutes mes forces,
Ta fille qui l’aime,
Mary

J’embrasse bon-papa et bonne-maman[20].


Notes

  1. Jean Baptiste Noël Dumas et son épouse Louise de Tournemine.
  2. Catherine Simonis, épouse d’Edouard Brongniart et mère de Charles et Jeanne Brongniart.
  3. Jean Dumas.
  4. Le docteur Louis Joseph Auguste Dewulf.
  5. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  6. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  7. Marthe Pavet de Courteille.
  8. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  9. Noëlie Dumas, épouse d’Hervé Mangon.
  10. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  11. Leçon avec Marie Louise Duponchel, professeur de dessin.
  12. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  13. Marie et Hélène Berger.
  14. Armand de Quatrefages.
  15. Pierre II du Brésil (1825-1891), empereur du Brésil de 1831 à 1889.
  16. Joséphine André, épouse de Louis Berger.
  17. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril et grand-tante de Marie Mertzdorff.
  18. Alphonse Milne-Edwards.
  19. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.
  20. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 12 mai 1877. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_12_mai_1877&oldid=42526 (accédée le 12 août 2022).

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